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Grand Paris. Ligne 12, ligne 14 : les raisons du retard
Ce sera donc deux ans de retard. Pour la ligne 14 mais aussi pour la 12. Le prolongement de la ligne 14 sera prêt mi-2019…
(voir notre précédente lettre confidentielle), celui de la 12 à la fin de la même année. Protestation des politiques. Sur des tons différents. Jean-Paul Huchon a demandé prudemment à la RATP "d'étudier toutes les conditions permettant d'optimiser chaque étape des deux calendriers" afin "d'avancer au maximum" la mise en service des tronçons concernés. Annick Lepetit, députée socialiste de Paris, virulente, dénonce le « mistigri » des explications fournies, et demande à la RATP et au Stif « quels moyens alternatifs entre 2017 à 2019 ils comptent mettent en œuvre pour les milliers d’habitants et de salariés qui seront déjà installés au nord des Batignolles. » Pour Brigitte Kuster, maire UMP du XVIIe arrondissement, « on est mis devant le fait accompli, et tardivement » En cause, rappelle l’AFP, l'accès au futur éco-quartier des Batignolles, qui accueillera 6.500 habitants et 12.700 emplois, avec le futur Palais de justice de Paris, dont la livraison est prévue mi-2017.«Des milliers de personnes vont venir vivre et travailler ici. Le quartier tout entier a été pensé en fonction du métro », regrette l'élue.
Christophe Najdovski, adjoint EELV à la maire de Paris chargé des Transports demande à la RATP « de tout mettre en oeuvre pour rattraper ce retard et se rapprocher de l’objectif initialement fixé afin de soulager les usagers de la ligne 13.»
Plus au nord, Patrick Braouezec, président de Plaine-Commune, intercommunalité concernée par les deux prolongements, juge les retards inacceptables et déclare : "Nous ne pouvons nous contenter de si peu d’explications. Comme dans tout projet de transport, ces contraintes administratives et techniques liées aux acquisitions foncières, au dévoiement des réseaux etc. sont connues par les maitres d’ouvrage, et doivent donc être anticipées. »
Sur ce volet technique, concernant la ligne 14, Christian Galivel, DGA en charge des projets et des investissements à la RATP, a rappelé dans le Parisien le 24 octobre, que l’avant-projet présenté au conseil du Stif et validé en décembre 2012 fixait déjà l’achèvement du chantier pour la fin 2018 et non en 2017. Certes, on avait alors demandé à la RATP d’optimiser, et de gagner si possible un an… Cependant, un proche du dossier relève, parmi d’autres exemples, que la RATP n’a toujours pas pu acquérir un immeuble à Saint-Ouen et qu’elle ne pourra pas commencer les travaux tant qu’elle ne sera pas propriétaire du tréfonds. Qu’à Clichy St Ouen, la déviation de canalisations d’une importante usine de la CPCU produisant de la vapeur d’eau sous pression prend pour des raisons de sécurité beaucoup de temps. Ou encore que le marché de génie civil pour la gare de Clichy St Ouen, sous le RER C, vient tout juste d’être approuvé par le CA de la RATP, le 24 octobre, après l’avoir été le 1er octobre par le conseil du Stif, où siègent de nombreux élus.
Quant à la ligne 12, on remarque à la RATP qu’une grande partie du retard — 16 mois — est dû aux retards dans la déviation de réseaux concessionnaires s’enchaînant en cascade : direction de l’eau de Seine –Saint-Denis, ERDF, Orange.
Loin d’être une exception, les retards dans la réalisation des projets sont une tradition. Pour en rester aux deux lignes concernées, le prolongement de la ligne 12 jusqu’à Front-Populaire, avait figuré au contrat de projet Etat région 2000- 2006 et ce prolongement a été déclaré d’utilité publique en 2004. Il n’a été inauguré qu’en décembre 2012.
S’agissant de la ligne 14, la Cour des comptes, dans son rapport particulier sur la Régie autonome des transports parisiens, délibéré le 7 mai 2009, écrivait à propos de la ligne 14 :
« La première phase, Madeleine – Grande Bibliothèque, n’a été inaugurée que le 15 octobre 1998, avec 27 mois de retard par rapport à l’avant-projet et trois ans de retard par rapport au schéma de principe. Le tronçon Madeleine – Saint-Lazare (deuxième phase) a été mis en service le 16 décembre 2003, avec cinq ans et demi de retard par rapport au dossier de DUP et un décalage de huit ans par rapport au schéma de principe. La station Olympiades a été ouverte au public le 26 juin 2007, avec six mois de retard par rapport à son avant-projet, en raison d’un effondrement de chantier, mais avec 12 ans de retard par rapport au schéma de principe initial.»
Concernant les causes, la Cour écrivait :
« La RATP n’avance que des causes externes pour expliquer ces importants retards :
– des aléas naturels (crue de la Seine de l’hiver 1993-1994, anomalies géologiques et complications dues à la nature des terrains.-
– des aléas administratifs (délais des autorisations d’entreprises de chantiers, limitation de horaires de travail, recours d’un riverain contre la DUO de 1991, annulée) ;
– des aléas économiques (faillites d’entreprises, notamment de second œuvre).
Mais, remarquait la Cour, apportant la réponse du berger à la bergère : « La RATP porte une responsabilité dans les retards, pour étude insuffisante des sols, sous-estimations des délais administratifs ou choix d’entreprises fragiles. Elle omet les difficultés de développement et de mise au point du système de conduite automatique des trains, qu’elle a sous-estimées et qui ont conduit à une forte augmentation des coûts »
Dans ce vaudeville des retards, les politiques jouent un grand rôle, en annonçant la plupart du temps des délais intenables auxquels ils tiennent parce qu’ils s’inscrivent dans leur mandat ou dont ils ne se soucient pas parce qu’ils ne seront plus alors en fonction, mais qui laisseront d’eux une image de volontarisme. Il serait étonnant que les récentes annonces du Premier ministre concernant l’accélération du Grand Paris dérogent à la règle. Manuel Valls demande que le grand axe nord-sud soit prêt en 2024 au lieu de 2027. On dira que la candidature française à l’Exposition universelle de 2025 conduira à respecter les délais. Argument classique. Ni vrai ni faux. La ligne 1 du métro parisien devait ouvrir pour l’Exposition universelle de 1900. Ce ne fut que partiellement le cas. Mais sans l’Expo, dira-t-on peut-être aurait-on attendu plus longtemps le métro…
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