Des experts demandent l’arrêt du Grand Paris Express

43 milliards, c’est l’enveloppe que représente le Nouveau Grand Paris tel qu’il a été défini le 6 mars 2013 par Jean-Marc Ayrault…  

et conforté par Manuel Valls le 13 octobre 2014. Le Premier ministre en a même partiellement accéléré la réalisation, sans convaincre grand monde qu’il s’agissait d’autre chose que d’un effet d’annonce. Sur les 43 milliards, 27 sont prévus pour le réseau de métro automatique du Grand Paris Express et 16 pour le plan de mobilisation de la région. Certains experts et anciens hauts responsables réunis dans le Cercle des Transports viennent de mettre les pieds dans le plat. Dans un document intitulé « Réorienter les priorités du réseau du Grand Paris », ils souhaitent tout bonnement qu’on remette à plus tard les lignes 15 et suivantes du Grand Paris Express, qu’on donne la priorité à la modernisation de l’existant, et qu’on limite la réalisation de nouvelles infrastructures au prolongement nord de la ligne 14 et au prolongement ouest d’Eole

Selon eux, contrairement à une idée reçue, le réseau ferroviaire existant « ne souffre pas d’insuffisance globale, à l’exception de la ligne A du RER et de la ligne 13 du métro ».  La question qui fait mal, c’est la qualité de service. Ils jugent qu’elle « peut être augmentée fortement et rapidement pour limiter le nombre et l’importance des perturbations, parallèlement à la remise en état de l’infrastructure ». Ils suggèrent particulièrement la mise en place d’un pilotage automatique (semblable, en plus moderne évidemment à ce que connaît le métro parisien depuis les années 60). Mais, regrettent-ils, « les possibilités offertes par les nouvelles technologies ne sont pas ou peu prises en compte dans les programmes annoncés »

Ils remarquent d’autre part que « l’engagement accéléré d’un  programme d’investissement aussi important que celui du Nouveau Grand Paris conduit in fine à un fort accroissement de la dette publique. » D’autant qu’ils soulignent « l’accroissement inquiétant des dépenses de fonctionnement entraîné par la construction de lignes nouvelles » qui n’est pas supportable dans la durée. « L’amortissement des matériels et les coûts de maintenance et de fonctionnement liés à ces nouveaux services peuvent être évalués à moyen terme à près de 2 milliards d’euros, soit une augmentation de 25% de la dépense annuelle. » Ils ne pourraient être financés que par une augmentation des taux du VT, une « forte augmentation » du Passe Navigo ou une augmentation des impôts locaux. Des coûts regrettent les auteurs, rarement pris en cause et sur lesquels ils tentent d’attirer l’attention des responsables politiques.

Ne voulant pas apparaître comme donneurs de leçon, ils demandent un « audit par des experts indépendants pour approfondir la réflexion », espérant voir confié un tel audit à «  un opérateur de niveau international, ayant maîtrisé les techniques les plus modernes » Du niveau, peut-on penser, de l’opérateur de Hong Kong MTR.

La priorité à l’existant, la modernisation des RER, autant de sujets qui doivent aller droit au cœur des dirigeants de la SNCF, Mobilités comme Réseau. Pour autant, la SNCF ne sort pas indemne. Elle serait invitée à revoir drastiquement ses méthodes d’exploitation. Et à faire un saut technologique important, auquel l’invitent d’ailleurs, notamment en Ile-de-France des dirigeants comme Jacques Rapoport ou Yves Ramette, venus de la RATP.

« Réorienter les priorités du réseau du Grand Paris » a été élaboré par un groupe de travail présidé par Jean-Didier Blanchet. Il a pour rapporteurs  Jean-Noël Chapulut et Olivier Paul-Dubois-Taine. Martial Bellon, Philippe Essig, Claude Gressier, Jean-Pierre Orfeuil, Rémy Prud’homme et Alain Sauvant ont été membres de ce groupe de travail où les Ponts et Chaussées sont en force. Les auteurs du rapport n’en sont pas à leur coup d’essai. En avril 2012, un document réalisé en partie par les mêmes auteurs, « Transport et dette publique » avait épluché les  grands projets d’infrastructure et fait apparaître aussi l’importance des coûts de fonctionnement à venir. La commission Duron, quelques mois plus tard, invitait à revoir complètement les priorités.

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 http://cercledestransports.olympe.in/wordpress/wp-content/uploads/2014/11/DOSSIER_GRAND_PARIS_122014.pdf

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