Autocars longue distance. Naissance d’un 5e opérateur

Le monde des autocars se met en ordre de bataille. Après Eurolines, IdBus, Megabus et Starshipper, un nouvel opérateur est en train d’être créé par de petites entreprises sous la forme d’une association entrepreneuriale à but lucratif : l’Atif (Association des transporteurs indépendants de France).

Le 18 février dernier, à Lourdes, la décision a été prise de créer cette association qui a vocation à accueillir des exploitants indépendants de toutes tailles. Le bureau a été désigné (trois transporteurs en font partie, Thibault Vayron, président et fondateur, qui a également créé l’association Liberbus à Lille, Marie-Noëlle Duparcq, secrétaire des Autocars Sobetra à Pau, et Maurice Duclos, trésorier des Voyages Duclos à Toulouse). Ne reste plus qu’à déposer les statuts avant le 27 avril, date d’une réunion de présentation aux adhérents. Pour l’heure, une dizaine de participants sont déclarés présents. Les fondateurs espèrent que leurs rangs grossiront au fil du temps.

Selon Thibault Vayron, l’association pourrait débuter son activité cet été, pour peu que soit adoptée la loi autorisant la concurrence pour les trajets d’autocars longue distance. Mais il faudra encore aussi attendre les décrets d’application.

D’ici là, un site, buspascher.com, doit être créé pour gérer les réservations. Parmi les axes visés figurent prioritairement Paris – Lille, Paris – Toulouse et Paris – Lourdes, qui correspondent aux secteurs géographiques des membres du bureau de l’association. « Les lignes seront plus faciles à lancer via l’association qui peut recourir à des contrats aidés », estime Thibault Vayron. L’Atif devrait réaliser elle-même 10 % des dessertes (et acheter à terme des autocars) et en sous-traiter 90 % aux transporteurs. Les bénéfices et les pertes seront mutualisés.

Thibault Vayron connaît déjà bien la ligne Paris – Lille : en 2011, sa compagnie, Covabus a proposé pendant neuf mois des liaisons entre les deux villes (principalement pour les étudiants) avant de devoir arrêter sous la pression de la Dreal (Directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement) et de la SNCF qui était alors en train de préparer le lancement de sa filiale iDBus. Motif invoqué : les liaisons nationales par autocar ne sont pas autorisées par la loi.

Avec l’évolution de la législation, l’entrepreneur souhaite relancer cette liaison sous l’égide de l’Atif, avec des tarifs tournant autour de 15 euros, 17 euros maximum, ce qui permettrait d’être moins chers que le covoiturage. « Notre concurrent n’est pas le train mais le covoiturage, rappelle Thibault Vayron. Pour être compétitif, nous devons proposer des prix plus bas que le prix moyen proposé dans le cadre du covoiturage. Le voyageur bénéficie en plus de la fiabilité du car, puisque un grand nombre de cas, covoitureurs ou covoiturés ne se présentent pas au moment du départ ».

A Paris, il prévoit que les cars s’arrêtent porte de la Chapelle. Arrivés à Lille, il se peut que les cars poussent le voyage jusqu’à Mouscron, une ville frontalière côté Belgique. « Nous le ferons pour une raison purement fiscale, si nous sommes obligés de payer la TVA alors qu’on ne la paie pas sur les liaisons internationales », poursuit Thibault Vayron.

A terme, il envisage de nouer des partenariats locaux avec des commerçants, principalement des fast-foods comme McDonald’s ou Quick, en guise de gares routières. Avantage de ces fast-foods : il y en a partout en France, ils sont généralement bien situés en centre-ville, ouverts jusque tard la nuit et ils proposent sièges, restauration et wi-fi. Soit tout ce que recherchent les voyageurs, et cela sans coûter un sou aux autocaristes.

L’autocariste estime que son association pourrait créer plusieurs milliers emplois relativement vite, principalement des postes de conducteurs mais aussi des accompagnateurs (dans certains cars des accompagnateurs pourraient seconder le conducteur).

Reste que ce projet laisse dubitatives d’autres organisations professionnelles. Selon un membre de l’une d’elles, ça paraît difficile à tenir, et encore plus à assumer financièrement. Quand on voit que la SNCF vient juste d’apporter plus de 47 millions supplémentaires au capital d’iDBus, cela donne une idée de la puissance de feu nécessaire…

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