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La voiture diesel Euro 6 n’est pas « propre »
En théorie « propres » – comme le clament les constructeurs –, les véhicules personnels diesel à la norme Euro 6 sont dans la pratique très polluants. Les rejets de NOx (oxydes d'azote) et de particules testés sur banc d'essai sont en effet très sous-évalués par rapport à ce qu'il se passe réellement une fois sur la route. C'est la conclusion d'un récent rapport de la fédération européenne Transport & Environment (T&E), intitulé Don't breathe here, qui montre qu'en moyenne les émissions réelles des véhicules diesel Euro 6 sont cinq fois supérieures aux normes limites européennes. Le rapport est sous-titré Le tueur invisible, difficile d'être plus clair.
Ce n'est pas la première fois qu'un tel constat est dressé, l'Ademe avait déjà tiré la sonnette d'alarme il y a quelques années. Mais l'alerte est cette fois plus précise. Toutes les marques sont concernées. Au final, seul un véhicule sur dix respecte la limite légale en vigueur pour tous les véhicules neufs depuis le 1er septembre dernier. « L’écart persistant entre les émissions officielles et réelles des véhicules diesel s’explique par l’utilisation, par les constructeurs, de systèmes de traitement des gaz d‘échappement bon marché, moins efficaces pour les voitures vendues en Europe, où les procédures de test sont en outre inefficaces », explique le Réseau Action Climat (RAC).
T&E pointe en effet l'obsolescence des tests d'homologation. Concernant les systèmes de traitement, T&E constate que les mêmes constructeurs réussissent mieux outre-Atlantique où les normes antipollution sont plus drastiques. Greg Archer, le responsable véhicules propres de T&E l’affirme : « Les fabricants d'automobiles vendent des diesels propres aux Etats-Unis et les tests d'homologation devraient exiger que les fabricants les vendent aussi en Europe. » Ce d'autant qu'un système efficace ne coûte que 300 euros…
Cet expert ne savait pas à ce moment-là que certains diesels américains n'étaient pas si propres que ça. Le 18 septembre, l’Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) a en effet révélé que Volkswagen (VW) aurait pratiqué la triche à grande échelle entre 2009 et 2015 en équipant ses véhicules VW et Audi d'un petit logiciel espion permettant de contourner les tests d’émission de polluants, notamment de dioxyde d’azote. Le software enclenchait un mécanisme interne de limitation des gaz polluants permettant au véhicule de passer le test sans encombres. Mais une fois le test achevé, le système antipollution se désactivait, le véhicule libérant alors dans l’atmosphère jusqu’à 40 fois plus d’émissions que le seuil autorisé.
Quelque 482 000 Volkswagen et Audi diesel vendues aux Etats-Unis depuis 2008 sont concernées. Selon un responsable de l'EPA, le constructeur encourt une amende pouvant aller jusqu'à 18 milliards de dollars, soit 16 milliards d'euros. La marque n'a pas tardé à se manifester en ordonnant l’ouverture d’une enquête externe. En déclarant « je regrette personnellement, et profondément, que nous ayons déçu la confiance de nos clients et du public », Martin Winterkorn, le président du directoire du groupe automobile reconnaît de fait que l'accusation n'est pas fantaisiste. Il a promis de coopérer avec les autorités américaines « pour établir les faits rapidement et de façon transparente ».
En Europe, un nouveau test des véhicules diesel en conditions réelles est bien prévu, mais il ne s'appliquera pas avant 2018 au plus tôt à toutes les nouvelles voitures. « En attendant, les constructeurs automobiles continuent à essayer de retarder et affaiblir l'introduction des tests en exigeant d'autres changements aux règles qui viennent d'être acceptées en juillet », relève encore T&E.
Face à cette situation, le RAC alerte : « Le non-respect de la législation par les constructeurs automobiles est l’une des principales causes de la crise de la qualité de l’air dans les villes européennes qui coûte des dizaines de milliers de vies et plus de 100 milliards d’euros en France chaque année. » Et demande à l'Europe la mise en place du nouveau test sur route « avant 2018 et sans échappatoires » ; à la France, de saisir l'opportunité de la loi de finances de 2016 pour poursuivre l'alignement fiscal du gazole sur l'essence ; et aux collectivités locales de créer des zones à circulation restreinte…
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