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Villes moyennes : en finir avec la deuxième voiture
Comment parler du retour de la voiture dans les petites villes alors qu'elle n'en est jamais partie ? C'est le constat que dresse l'étude du Gart « Mobilité et villes moyennes, état des lieux et perspectives » dirigée par deux élus, Anne Gérard, élue du Grand Poitiers et Sébastien Martin, président du Grand Chalon présentée le 1er octobre aux RNTP de Lyon. « Qu'on le veuille ou non, la voiture est et restera pour longtemps encore le mode de déplacement avec lequel les autorités locales devront compter », écrivent les auteurs, qui ont auditionné une quinzaine de professionnels et utilisé les nombreuses statistiques du Gart pour se focaliser sur les villes de 50 000 à 200 000 habitants.
Dans ces collectivités, la part modale de la voiture oscille entre 60 et 75 %. 42 % des ménages en moyenne possèdent même deux véhicules quand ce n'est pas trois… De ce fait, les cris d'alarme lancés au lendemain des élections municipales de 2014 tombent presque à plat. L'abandon des projets de tramway à Amiens ou à Caen, les places piétonnes retransformées en parking, etc., ne signaient pas de « retour » de la voiture. Mais ces événements ont eu le mérite de déclencher cette étude instructive, qui servira d'outil méthodologique aux adhérents du Gart. « La situation est beaucoup plus compliquée qu'on ne le pense, le thème d'un recul des politiques durables est à nuancer, commente Guy Le Bras, directeur général du Gart. Beaucoup des projets abandonnés l'ont été parce qu'ils n'avaient jamais pu recueillir de consensus. » Consensuelle, la ligne 2 du tram d'Angers a bien passé l'épreuve de l'alternance. Conflictuel, et mal tracé, le tram d'Amiens, lui, a été emporté dans le changement de majorité. Un tram qui rendait le centre-ville impossible à traverser…
Or le fond du problème, c'est la place de la voiture dans les centres-villes. Le modèle de mobilité durable qui fonctionne dans les grandes agglomérations ne peut être forcément calqué aux villes moyennes. C'est pourtant ce qu'on a généralement fait jusqu'à présent, à grands renforts de tramways. Dans ces agglos de taille intermédiaire, inutile notamment de plaider pour l'abandon de l'automobile. « Il faut plutôt réussir à convaincre les ménages d'abandonner leur deuxième voiture, poursuit Guy Le Bras. Une voiture pour laquelle ils dépensent beaucoup d'argent. » Des sommes colossales même puisque dans une ville comme Chalon-sur-Saône où le taux de motorisation est de 1,2 véhicule, à 5 000 euros la dépense annuelle moyenne, la facture globale du deuxième véhicule atteint environ 60 millions d'euros pour les 60 000 habitants. La somme permettrait de mener à bien pas mal de projets…
L'étude remet aussi les pendules à l'heure sur les commerces de cœur de ville. L'adage mille fois entendu, « no parking, no business » est battu en brèche par les faits. Toutes les statistiques concordent pour dire que 80 % des clients des magasins de centre-ville sont des piétons, des cyclistes ou des utilisateurs des TC. Leur panier moyen est peut-être inférieur à celui de l'automobiliste, mais comme ils reviennent plus souvent, au total ils consomment davantage.
Dans sa dernière partie, l'étude passe en revue diverses solutions spécifiquement adaptées aux agglomérations de taille moyenne, des plus classiques aux plus originales. Avec par exemple la nécessité d'optimiser les réseaux existants, de rechercher des modes plus flexibles, en s'appuyant sur l'expérimentation, de développer les services d'autopartage et de covoiturage. Ou encore de développer l'innovation de services (l'info-voyageurs par exemple) plutôt que l'innovation de produit, tout en gardant bien en perspective qu'on ne bannira pas la voiture, mais qu'on en rationalisera l'usage. Et que moyennant des campagnes de sensibilisation, les bi ou trimotorisation des foyers finiront pas n'être qu'un vieux souvenir…
C. N.
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