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Pour acheter 700 RER, Valérie Pécresse veut recourir au crédit-bail…
1 000 bus en plus, 700 RER neufs en tout ! Valérie Pécresse veut « engager la révolution des transports ». La tête de liste Les Républicains au conseil régional d'Ile-de-France promet d'augmenter de moitié l'effort d'investissement de la région pour les transports. 18 milliards d'euros sur la mandature au lieu de 11,5.
Elle veut donc acheter près de 700 RER neufs, soit, précise-t-elle, 407 de plus que les 280 déjà programmés. Elle s'en prend à la gauche qui avait promis en 2010 un renouvellement complet des trains en 2016 : promesse non tenue. Celle qu'elle fait en 2015 pour 2021 est-elle plus tenable ?
Elle propose le recours au crédit-bail. Et d'ailleurs, glisse la candidate, Guillaume Pepy a demandé à plusieurs reprises au Stif, mais en vain, de cesser d'acheter les trains cash, pour accélérer le renouvellement de matériel. Le crédit-bail permet d'étaler le paiement sur la durée de vie du train, d'environ 30 ans. Selon les calculs publiés par Valérie Pécresse, « en 2021, une fois tous les trains modernisés le Stif devra rembourser 516 millions d’euros par an (y compris ses engagements financiers actuels), une somme inférieure de 29 millions d’euros à celle inscrite dans le budget 2015 pour les investissements dans le matériel roulant ferré (545 millions d’euros.) »
Bonne idée, mais l'affaire n'est pas si simple, ni peut-être si neuve. Rappelons que, selon une décision du Stif remontant au 7 novembre 2011, 107 rames de tramways destinées aux lignes T3, T5, T6, T7 et T8 ont été déjà achetés en crédit-bail, sur 33 ans, pour 378 millions d'euros.
Qui plus est, la ressource n'est pas inépuisable. Selon Pierre Serne, vice-président Transports et Déplacements du conseil régional (candidat EELV tête de liste en Val-de-Marne), le Stif est déjà au maximum de ce qu'il peut emprunter auprès de banques ou d'établissements publics comme la BEI ou la CDC. S'il veut lever des fonds sur les marchés financiers, le Stif devra se soumettre à la notation des agences, comme le fait aujourd'hui la région. La dette du Stif et celle de la région pourraient se trouver alors consolidées, selon une hypothèse émise par Jean-Paul Huchon ou Pierre Serne, qui envisagent depuis quelque temps la possibilité de tels emprunts. Pas sûr que le Stif, avec ou sans la région, aligne de bons ratios lui permettant d'emprunter ce qu'il veut.
Rappelons d'autre part que les livraisons des matériels ne sont pas de ces questions qu'on résout en un claquement de doigt. Certes, comme le relève Valérie Pécresse, les commandes de trois matériels sont en cours et des options peuvent être levées, selon elle, pour 159 Francilien, 42 Regio 2N et une trentaine de MI09. Bombardier, fournisseur des deux premiers matériels, serait heureux que ces options soient levées. Même chose pour les MI09, les RER commandés à un consortium Alstom/Bombardier sous Nicolas Sarkozy. Mais le gros du renouvellement des RER est attendu grâce au RER 2N NG destiné pour commencer au prolongement d'Eole à l'ouest. Or, la commande n'est pas encore passée. Si tout va bien ce nouveau train, dont les offres doivent être remises par les constructeurs mi-décembre, sera choisi au second semestre 2016. Les industriels interrogés par la candidate estiment que les nouveaux matériels peuvent être livrés à partir de 2018. Cela semble rapide, pour un train nouveau. Et que va-t-on livrer alors ? Une rame de présérie. Reste la phase d'homologation, reste ensuite le célèbre déverminage dont malgré tous les serments on ne sait pas faire l'économie. Tout cela risque de prendre… un certain temps. Et la phase de production industrielle suppose qu'on évite les stop and go ravageurs, pour tenir compte des capacités des sites et des personnels disponibles. Les cadences de livraison de l'usine Crespin de Bombardier donnent une idée de ce qu'on peut produire. Crespin sort aujourd'hui 3 Franciliens par mois, soit 33 par an (sur 11 mois) mais passe l'an prochain, pour lisser la production dans l'attente de levées d'option, à 2 rames par mois (22 par an, toujours sur 11 mois). Ce lissage programmé, vu le tassement des commandes, devrait conduire Crespin à ne plus produire, tous matériels confondus, que 350 voitures en 2018 au lieu de 700 aujourd'hui. En revanche, en cas de levées d'options, on estime, chez Bombardier, pouvoir fournir, dans le cadre des moyens actuels, une cinquantaine de Francilien par an. On pourrait doubler aussi la production des MI09, ou augmenter très sensiblement celles desRegio 2N. Mais 700 trains neufs annoncés par Valérie Pécresse, cela veut dire 140 trains par an pendant cinq ans. A condition que l'on commence les livraisons au lendemain de l'élection. Pas sûr, vue les rythmes réels, que l'on puisse renouveler le parc le temps d'une présidence, à moins que Valérie Pécresse ne souhaite, non seulement être élue, mais en plus battre le record de longévité de Jean-Paul Huchon…
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