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Pierre Mongin avait alerté le préfet sur l’intégrisme à la RATP
Refus de serrer la main des femmes, de prendre le volant et de s’asseoir sur le même siège qu’aurait occupé une conductrice, et même d’obéir à une femme si elle occupe une position hiérarchique supérieure, ce sont quelques-uns des faits dénoncés par des conductrices de bus de la région parisienne depuis plusieurs années auprès de la direction de la RATP. Mais sans que des sanctions tombent dans les dépôts de bus concernés, notamment à Nanterre-Charlebourg et Pavillons-sous-Bois.
« Ces femmes ont vécu des situations dramatiques. Certaines ont eu du cran, comme Ghislaine Dumesnil qui a alerté sa hiérarchie. Ca a commencé fin 2012. Mais leurs propos ont été très vite récupérés par le site Riposte Laïque, ce qui les a décrédibilisées, rappelle Christophe Salmon, le secrétaire général de la CFDT-RATP. Pourtant, c’est une réalité dans l’entreprise. Il y a des comportements, des attitudes qui ne respectent pas la laïcité. Certains agents ne saluent plus les femmes, c’est devenu une habitude et cela ne semble même plus choquer. »
Certains syndicats présents dans ces dépôts de bus ont été noyautés par des intégristes islamistes. « Que ce soit SUD, la CGT, ou même FO qu’on appelait à un moment, à Nanterre, Force Orientale, des syndicats sont rentrés dans le communautarisme : pour gagner les voix de communautés, il y a eu une surenchère de promesses électoralistes sur les salles de prière, les douches pour faire les ablutions… », raconte une autre source syndicale.
Et dans les métros ? « Les salafistes veulent être visibles, ils veulent le contact avec le public. C’est pour cela que travailler dans le métro les intéresse moins que de conduire des bus », explique une source policière.
Il y a plusieurs années, la RATP a diversifié ses recrutements, en allant notamment dans les quartiers difficiles pour que l’entreprise ressemble davantage à notre société. Parfois avec des choix « discutables » à en croire Le Parisien du 17 novembre qui ajoute : « Pour éviter le caillassage des bus dans certains quartiers, elle a embauché des “grands frères” au profil peu recommandable. »
Selon le journal, la RATP serait ainsi devenue une des entreprises qui emploierait le plus de personnes faisant l’objet d’une fiche S de surveillance. La RATP a très vite publié une mise au point, rappelant que « les principes de neutralité et de laïcité sont appliqués à l’ensemble de ses agents ».
« Il y a eu des faits contraires à la clause de laïcité qui est contenue dans les contrats de travail depuis 2005 », a fini par reconnaître la RATP le 18 novembre. Il y a deux ans, la RATP a en plus adopté un guide de la laïcité pour aider les managers à gérer les situations difficiles, ce qui semble démontrer la reconnaissance d’un problème. « Cette charte de la laïcité a une valeur de règlement avec sanctions à la clé. Les sanctions peuvent aller jusqu’au licenciement », avait expliqué en janvier dernier à VR&T Pierre Mongin, qui était alors président de la RATP. VR&T l’avait interrogé en aparté, à l’occasion de ses vœux à la presse, sur ces faits dénoncés par des conductrices de bus : « Ce sont juste des vidéos relayés par le FN qui circulent sur Internet. Jamais nous n’avons entendu parler de ce type de faits qui sont inacceptables », nous avait-il alors déclaré.
Pourtant, en 2014, Pierre Mongin avait-il fini par prendre la mesure du problème ? Au début de cette année-là, il avait réclamé une réunion sur cette question avec le préfet de police de Paris. Par ailleurs, en octobre 2014, un fonctionnaire de police a été détaché et installé à la RATP. Aujourd’hui, Elisabeth Borne rappelle « qu’elle fera preuve de la plus grande fermeté sur ce sujet ». Selon Les Echos du 19 novembre, elle pourrait annoncer prochainement la création d’un poste chargé des questions d’éthique englobant la laïcité.
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