Le plan Digital SNCF, un an après

Ce n’est pas encore l’heure du bilan pour le plan Digital, lancé par la SNCF en février 2015, et qui devait s’étaler sur 18 mois. Mais, un an après son démarrage, il est tout de même temps de regarder les avancées de ce plan de transformation numérique porté par Yves Tyrode CDO – pour Chief digital officier –, autrement dit, directeur du Digital à la SNCF.

Au lieu de procéder à travers un plan stratégique à 36 mois, la SNCF a choisi de travailler en mode start-up, sur un temps plus court, 18 mois, divisés en trois « saisons », avec un maître mot, l’utilisateur, qu’il soit usager des trains de la SNCF ou employé de l’entreprise. Car un projet du plan, baptisé Net, qui vise la couverture 4G des installations, doit non seulement servir les voyageurs dans leurs déplacements, mais aussi les agents SNCF dans l’exercice de leurs métiers. Malgré quelques retards annoncés pour l’installation du Wi-Fi à bord des trains, Yves Tyrode se félicite d’avoir noué le dialogue avec les quatre opérateurs, dans une interview à FrenchWeb. La SNCF a partagé avec eux les informations de mesures de qualité de réceptions sur les lignes, les tunnels, mais aussi des données de fréquentation des lignes, en vue d’une hiérarchisation de l’installation de relais. Ainsi Orange a récemment annoncé la couverture de la ligne TGV Paris – Lyon. La SNCF, de son côté, devra équiper l’ensemble du parc TGV, plus de 300 rames, d’antennes satellites et de répétiteurs Wi-Fi dans chaque voiture, installation nécessitée par la vitesse des trains qui rend difficile le « saut » d’une cellule à l’autre. Si Guillaume Pepy avait évoqué, avant le plan Digital, le coût d’équipement d’un million par rame, Yves Tyrode ne confirme pas cette somme à cause de l’appel d’offres en cours. Mais elle pèsera forcément sur le budget global du plan Digital, de 400 millions d’euros, étalés sur trois ans, étrangement, alors que le plan, lui, court sur un an et demi seulement.

En parallèle d’un déploiement des réseaux, le plan Digital prévoit l’équipement des agents en tablettes. 14 000 ont été distribuées en quatre mois, à commencer par les agents de maintenance de Réseau SNCF, notamment ceux qui sont sur le terrain. Suivront les agents des technicentres, au cours de la saison 2. Elles permettent d’une part de transmettre plus rapidement qu’avec des outils « papiers », les informations entre les agents, mais servent aussi à alerter les équipes concernées par tel ou tel événement.

L’implication des agents est un enjeu majeur pour Yves Tyrode. Il a notamment créé une communauté du digital, qui compte un site et un réseau social internet, et rassemble 9 000 agents inscrits de leur propre chef parce qu’ils se sentent concernés par la transformation digitale de la SNCF. Chaque semaine, Yves Tyrode prend le pouls de cette communauté, grâce à un chat. Une occasion de connaître le ressenti, les demandes ou les difficultés rencontrées par ces utilisateurs du quotidien qu’ils soient agents de gare, chargés de la maintenance ou conducteurs.

Mais ces tablettes ne seraient rien sans les applications qu’elles font tourner. Depuis le lancement du plan, la SNCF travaille sur deux fronts en même temps. D’abord l’ouverture de données. Pas moins de 70 jeux de données ont été ouverts, comme les coordonnées GPS des gares par exemple, celles des ascenseurs notamment destinés aux PMR, ou les horaires théoriques des trains et même en temps réels. Aujourd’hui, 2 200 start-up ont fait une demande pour utiliser ces données, à des degrés divers. On peut citer notamment la société Aldebaran qui a conçu le robot humanoïde Pepper, testé par la SNCF depuis décembre dernier, dans trois gares TER des Pays de la Loire, Saumur, Sables-d'Olonne et Nort-sur-Erdre. Après quelque mois de recul, la SNCF constate que 40 % de ces entreprises intéressées par les données SNCF l’utilisent pour des applications clients, 40 % en font des outils de productivité, et 10 % l’utilisent pour du management. Parmi ces start-up, 65 sont des sous-traitantes. Avec le plan Digital, la SNCF peaufine ses relations et apprend à discuter avec elles autrement. Car on ne parle pas à RogerVoice, une entreprise qui a créé une application qui permet aux sourds de téléphoner (et qui est installé sur voyages-sncf.com), comme on parle à Thales ou Cap Gemini. La SNCF a engagé une réflexion en interne, notamment avec les Achats, pour permettre de les payer plus rapidement, d’être plus souple, de régler les questions de propriété intellectuelle. L’autre volonté du plan Digital, c’est de développer un écosystème autour de ces entreprises numériques, en investissant financièrement dans ce domaine, à travers un fonds d’investissement SNCF Développement associé avec Hi Inov, doté de 30 millions d’euros qui a lancé, début février 2016, le « recrutement » de 100 start-up, à l’occasion de cinq ans d’existence.

Au cours de la saison 2, le plan Digital va s’atteler à l’Internet industriel des objets. Cela concerne le déploiement des capteurs autonomes, capables de relayer des informations utiles à la maintenance, principalement prédictive. Parmi les informations capables d’être recueillies, on trouve par exemple, la mesure de la tension de la caténaire, celle de leur température, ou celle des rails. Ces données peuvent être transmises de façon automatique et régulière, ou sous forme d’alarme à partir d’un certain seuil. Pour la transmission de ces données, qui pourraient représenter plusieurs téraoctets, la SNCF étudiera plusieurs technologies, Sigfox, mais aussi la solution ouverte LoRa ou encore la narrowband LTE. Yves Tyrode promet des annonces très prochainement, en association avec des partenaires, à propos du déploiement de ces capteurs.

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