SNCF Réseau : la nomination de Jean-Pierre Farandou suspendue à l’avis de l’Arafer

C'est selon toute vraisemblance Jean-Pierre Farandou qui devrait être proposé demain comme successeur de Jacques Rapoport à la présidence de SNCF Réseau. Prudence toutefois : ce lundi, la communication de la SNCF « ne confirme ni ne commente » cette information publiée dans Mobilettre et dont Le Figaro a eu pour sa part confirmation. Seule indication officielle de l'entreprise publique : un conseil de surveillance extraordinaire de SNCF aura bien lieu ce mardi 22 mars. Sans attendre, la tweetospère s'et emballée. Bénédicte Tilloy, DRH de Réseau, a gazouillé sitôt l'info publiée, le vendredi 18 mars, à 23h07. Message sans ambiguité ni précaution : « Bienvenue à @JPFarandou nommé Pdt de @SNCFReseau.»  Philippe Duron, député du Calavados, se réjouit très vite d'un « très bon choix ». Stéphane Beaudet, vice-président Transports du conseil régional d'Ile-de-France, souhaite un peu plus tard « Bonne chance à @JPFarandou à @SNCFReseau Son expérience sera utile car la première urgence c'est la régénération des infras. »

Cependant, si c'est bien le nom de l'actuel PDG de Keolis que l'on attend, sa proposition par le conseil de surveillance ne vaut pas nomination. La difficulté ne vient pas du gouvernement, l'entreprise publique ne lui proposant jamais que ce qu'il a au préalable décidé… éclairé par les suggestions de la SNCF. Le seul obstacle pourrait être l'Arafer, qui doit donner un avis conforme sur cette proposition.

Selon quels critères va se décider Pierre Cardo, qui revendique le rôle de poil à gratter du système ?
 

Pierre Cardo, interrogé ce matin, précise que si un nom est proposé par le conseil de surveillance mardi, l'Arafer, qui a trois semaines pour faire connaître sa décision, procédera à l'audition du candidat dans les dix jours. Le seul critère de jugement sera l'indépendance du futur PDG vis-à-vis de SNCF Mobilités. Et même si l'Arafer n'a pas à justifier sa décision, l'avis sera évidemment motivé, précise Pierre Cardo. Cela dit, à titre personnel – mais il reconnaît que cela ne doit pas entrer en ligne de compte – Pierre Cardo juge qu'un homme de marketing, comme il perçoit Jean-Pierre Farandou, lui semble moins s'imposer que celui d'un ingénieur. Rappelons que Jacques Rapoport pour sa part souhaitait aussi voir un « industriel » lui succéder. Enfin, contrairement à un sentiment répandu, le président de l'Arafer juge que la nomination n'est pas urgente, Jacques Rapoport étant toujours en place.

Les dossiers qui attendent le nouveau président de SNCF Réseau sont particulièrement difficiles. Situation que résume ainsi Gilles Savary, député de Gironde et rapporteur de la loi de réforme ferroviaire, dans son « face à face » avec Dominique Bussereau à paraître dans le prochain numéro de VR&T :

« L'objectif assigné par la loi de réforme ferroviaire du 4 août 2014, de combler l'impasse annuelle de 1,5 milliard d'euros, n'est pas conciliable avec la simultanéité de quatre chantiers de LGV et le fiasco des plans de financement et des prévisions de trafic des LGV Perpignan – Figueras et Tours – Bordeaux. Ces seuls programmes portent la dérive financière annuelle de SNCF Réseau à trois milliards d’euros, mais il manque par ailleurs 1 à 1,5 milliard d'euros annuel de subventions d'Etat pour prétendre simplement stopper le vieillissement de notre réseau historique d'ici 2025 !

Dans un tel contexte de confusion de l'Etat stratège, prisonnier de la pression d'élus locaux influents et de promesses historiques qui s'accumulent, on comprend que de hauts responsables ne veuillent pas assumer indéfiniment la responsabilité d'ambiguïtés politiques qui s'inscrivent immuablement dans la continuité de l'Etat, et les exposent à des conséquences judiciaires, dont les accidents de Brétigny et de Denguin donnent une idée saisissante.

En matière d'investissements ferroviaires, la prévisibilité, la constance et la fiabilité financière sont absolument nécessaires à la fixation d'objectifs partagés et surtout à leur réalisation.

[…]

Du coup, on attend avec impatience et curiosité les contrats d'objectifs que la loi de réforme ferroviaire prescrit entre l'Etat d'une part et les trois entités de la SNCF d’autre part.

S'agissant de SNCF Réseau, ce contrat, couplé à la règle d'or qui prévoit de contenir l'autofinancement du système ferroviaire dans la mesure stricte d'un endettement soutenable et non maastrichtien, devrait constituer un rendez-vous de vérité sur nos investissements ferroviaires à dix ans. C'est peut-être la raison pour laquelle il se fait attendre.

Mais la dépréciation de 12 milliards d'euros de l'actif du groupe SNCF, dont 9,6 milliards au seul titre de SNCF Réseau, qui tend à renvoyer à l'Etat la dette ferroviaire insolvable générée par ses décisions politiques, devrait l'inviter à mettre un terme à cette fuite en avant politico-financière, qui menace de devenir explosive au moindre regain des taux d'intérêt. »

F. D. et M.-H. P.

 

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