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Brexit : inquiétudes du rail britannique
Sentiment mitigé chez les industriels européens au lendemain du référendum sur le Brexit. Les milieux d'affaires (supposé libéraux) redoutent qu'avec la sortie de la Grande-Bretagne de l'Union européenne tout ce qu'ils attendent d'une ouverture du marché ferroviaire soit remis à plus tard. Cependant, à l'heure où se dégage de plus en plus un consensus sur la nécessité (peu libérale cette fois) d'un protectionnisme européen (comme en témoigne dernièrement le refus de Manuel Valls du traité Tafta), on observe que la Grande-Bretagne fait partie de ceux qui freinent toute velléité de politique industrielle européenne… Avantages et inconvénients : un partout.
Au Royaume-Uni, on s'en doute, la campagne précédant le scrutin ne s'est guère occupée d'un sujet comme les conséquences du référendum pour le secteur ferroviaire. Conséquences qu'a voulu aborder notre confrère britannique Rail dans son numéro publié deux semaines auparavant, avec un grand dossier dans lequel s’exprimait un panel d’acteurs du secteur ferroviaire. Avec une fréquentation en forte hausse ces dernières décennies et de grands projets (Crossrail, ligne nouvelle HS2), le ferroviaire britannique a connu une véritable renaissance ces dernières années.
A la perspective du Brexit, l’unanimité du panel était presque totale : dans le domaine du chemin de fer comme dans bien d’autres, la Grande-Bretagne a peu à gagner à quitter l’Union européenne, et peut-être beaucoup à perdre du fait des incertitudes qui découleront de la nouvelle situation.
L’incertitude : un mot qui fait peur à l’économie en général et aux investisseurs en particulier. Une baisse de l’activité économique se traduirait très certainement par une baisse des transports ferroviaires et des investissements dont ces derniers bénéficient, y compris pour l’assemblage du matériel roulant. Quid des investissements de Siemens pour Thameslink (dont la mise en service des nouveaux trains Class 700 a été éclipsée par le référendum) ou d’Hitachi pour les nouvelles rames intercités ? Alors que la plupart des spécialistes interviewés par notre confrère britannique Rail laissaient lire entre les lignes pourquoi il fallait rester dans l’Union européenne, Alistair Dormer, PDG mondial de Hitachi Rail Europe, dont le siège a récemment été implanté à Londres, appelait ouvertement à voter « remain ». Hitachi vient en effet d’investir 82 millions de livres dans une usine implantée dans le nord de l’Angleterre, localisation choisie « du fait de sa proximité du marché européen, qui est le plus important du monde ». Et Alistair Dormer de souligner l’importance du programme européen Shift2rail. « L’Union européenne n’est pas parfaite, mais Hitachi a absolument besoin d’une stabilité pour poursuivre ses investissements à long terme », ajoutait le dirigeant d’Hitachi Rail Europe, soulignant enfin le rôle important du Royaume-Uni comme « contrepoids aux points de vue protectionnistes de certains Etats membres de l’UE, par ses encouragements à la concurrence et à l’efficacité ».
Pour autant les acteurs du monde ferroviaire britannique ne cachaient pas leurs réserves quant à l’efficacité des actions de l'Union européenne. Même s'il jugeait relativement peu efficaces les quatre paquets ferroviaires qui se sont succédé sans arriver à enrayer le déclin des trains de voyageurs internationaux en Europe, notre confrère Christian Wolmar souhaitait le maintien dans l’Union européenne. Il estimait que les incertitudes dues à une sortie risquaient de mettre en péril les grands projets, en premier lieu la ligne nouvelle HS2, et que le « chaos général » qui découlerait de ce vote pourrait avoir « toutes sortes de conséquences inattendues », pas forcément favorables à l’avenir de transport ferroviaire.
Patrick LAVAL
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