Mise en service sans inauguration pour le téléphérique de Brest

Keolis a pris les clés du téléphérique de Brest le 20 octobre, afin de démarrer ce même jour la marche à blanc. Celle-ci va durer quatre semaines avant la mise en service, le 19 novembre si tout va bien. Si tout va bien car pour « le premier téléphérique de France en milieu urbain », comme se plaisent à le rappeler ses promoteurs, on attend encore le rapport des services de sécurité de l’Etat, qui sont venus inspecter l’ouvrage, pour avoir le feu vert.

Il a fallu aussi réécrire la réglementation puisque les textes qui régissaient jusqu’alors les téléphériques s’appliquaient en montagne, donc avec des conditions de fonctionnement plus restrictives (moindre amplitude horaire, service saisonnier…). « Nous avons travaillé dans avec le Gart, le Cerema, les services de l’Etat et les STRMTG (Services techniques des remontées mécaniques et des transports guidés). Nous avons réalisé une étude des risques pour démontrer que nous maintenons la sécurité à un haut niveau. Nous avons notamment obtenu le droit de ne pas avoir de cabinier et de survoler des bâtiments à moins de 20 mètres de haut, raconte Victor Antonio, responsable de la Mission tramway-téléphérique à Brest Métropole. Cela nous permet d’avoir une maintenance efficace et d’alléger les coûts de fonctionnement en milieu urbain. »

Malgré l’importance de l’événement, la mise en service se fera sans inauguration, certains aménagements de la zone des Capucins, desservie par le téléphérique, ayant pris du retard. Cet ancien site militaire doit être réaménagé et accueillir des commerces et des équipements culturels et de loisirs. L’inauguration est donc repoussée au week-end du 8 et 9 janvier, quand tout sera prêt.

Sans attendre donc, le téléphérique reliera la rive droite à la rive gauche de la ville en traversant le fleuve Penfeld sur 460 mètres. « Le téléphérique peut aller jusqu’à 28 km/h et assurer la desserte en moins d’une minute. Mais la vue est belle, ce serait frustrant pour les voyageurs… », souligne Victor Antonio. La vitesse sera donc plutôt de 15 km/h. « On estime les besoins de transport à 2 000 passagers par jour. Mais c’est une hypothèse de base, nous pensons raisonnablement qu’elle sera dépassée. Nous avons la capacité pour faire face », poursuit le responsable. Conçu et réalisé par le groupement Bouygues Construction et BMF, le téléphérique pourra embarquer 60 personnes. Il pourra transporter jusqu’à 1 600 voyageurs/heure si besoin.

Le matin, l’exploitant sera sur place trois quarts d’heure avant l’ouverture de la ligne pour s’assurer que tout fonctionne. Puis le système basculera en mode de conduite à distance, assurée par le PC tramway qui se situe à 5 km de distance. Le téléphérique sera exploité comme un tramway avec des valideurs sur les quais et des contrôles aléatoires.

Une chose est sûre : il sera très observé par les autres collectivités qui se montrent très intéressées par ce mode et surtout son moindre coût : à Brest, le projet s’élève à 19,1 millions d’euros au total (aménagement de voirie, études et communication compris), dont 14 millions pour le seul téléphérique. Le téléphérique est inséré au réseau de transports publics. « Pour améliorer l’intermodalité avec le tram, nous avons réalisé des aménagements et notamment piétonnisé une rue », précise Victor Antonio.

Grenoble, Toulouse, le Val-de-Marne et Orléans pourraient être les prochaines collectivités à se doter d’un téléphérique. A côté de Brest, elles planchent sur le sujet dans le cadre d’un groupe de travail au sein du Gart. Mais Benoît Chauvin, responsable des questions sur la technologie des transports et l’accessibilité, met en garde : il faut prendre en compte tous les coûts pour ne pas avoir de mauvaise surprise. « Un téléphérique nécessite de prévoir de nombreux aménagements », précise-t-il. Et de ce fait, ajoute-t-il, l’avantage financier peut fortement se réduire.
Marie-Hélène POINGT

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