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« On n’a pas vu arriver la révolution du digital »

Entretien avec Arnaud Rabier, secrétaire général d’Agir.
Centrées sur le seul développement de l’offre, les politiques ont montré leurs limites pour favoriser le report modal, estime Arnaud Rabier. Selon lui, la véritable innovation se trouve dans la poche des usagers : le smartphone a simplifié l’accès aux transports. Ville, Rail & Transports. Qu’est-ce que le secteur des transports publics a particulièrement réussi ?
Arnaud Rabier. Les collectivités ont gagné en indépendance. Elles ont en effet renforcé leur expertise, en intégrant dans leurs équipes de véritables experts de la mobilité, à la faveur de l’émergence de formations spécialisées et d’un accompagnement par les associations d’élus comme le Gart et Agir ou encore par des consultants indépendants. Cette expertise leur a notamment permis d’être moins tributaires des groupes de transport. Ainsi, une meilleure lecture des contrats a permis des baisses significatives des coûts et a parfois abouti au choix de la gestion directe, SPL ou régie. Depuis 15 ans ce sont près de 30 réseaux qui ont choisi la gestion directe au détriment de la DSP, permettant une meilleure maîtrise financière et une plus grande souplesse de gestion.
Autre signe de maturité des collectivités, la volonté de mieux acheter : réduire les coûts d’investissement, imposer aux fournisseurs la distribution de solutions moins complexes et davantage standardisées, bénéficier de conseils indépendants, etc. La Centrale d’achat du transport public créée en 2011 a permis cette mutualisation et cette expertise qui révolutionnent la manière d’acheter. Au final, les collectivités sont plus fortes et indépendantes, ce qui leur permet de disposer d’alternatives et de s’adapter au contexte budgétaire actuel.
VR&T. Y a-t-il eu des échecs?
A. R. Ce qui a échoué, c’est le report modal. Les politiques de transport centrées sur le seul développement de l’offre de transport public pour favoriser le report modal ont montré leurs limites.
Alors qu’elles ont fait leurs preuves dans les grandes villes, elles ont coûté très cher aux villes moyennes et petites villes : en matériels et logiciels surdimensionnés au bénéfice des industriels, ainsi qu’en kilomètres parcourus, au profit des exploitants. Pourtant, elles étaient vouées à l’échec là où le transport public ne peut rivaliser en performance avec la voiture, dans les périphéries, les zones peu denses, etc.
Désormais, qu’elle soit en autopartage, à la demande, ou individuelle, la voiture n’est plus diabolisée, mais souvent considérée comme un maillon assumé de la chaîne des déplacements.
VR&T. Et des surprises ?
A. R. Ce qu’on n’attendait pas : le digital. Alors que la recherche et les investissements étaient centrés sur le véhicule du futur, la révolution du transport public est arrivée par le digital. Les experts voulaient refaire les villes, réinventer les modes de transports, modifier les modes de vie et c’est dans la poche des usagers qu’a émergé la véritable innovation. Avec un smartphone, chacun peut désormais accéder à l’information sur les différents modes, en temps réel, les comparer, échanger avec d’autres usagers ou avec les réseaux, acheter et valider des titres, etc. L’accès aux transports publics et aux modes alternatifs devient plus simple, la mobilité évolue réellement.
Propos recueillis par M.-H. P.
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