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Gouvernement Philippe : des pros aux commandes des Transports

Ministre chargée des Transports, Elisabeth Borne fait partie de ces grands spécialistes qu’ont voulu nommer Emmanuel Macron et Edouard Philippe. Ministre de plein exercice et non plus secrétaire d’Etat, comme le demandait la profession elle exerce ses fonctions auprès d’un ministre d’Etat au poids politique important, Nicolas Hulot, nommé à la Transition écologique et solidaire en fonction de ces compétences et de ses convictions. Un tandem extrêmement costaud dans son domaine, qui tranche avec des attelages qu’on a connus, composés souvent de personnalités politiques choisies plus en fonction d’équilibres entre les partis que de connaissance initiale des dossiers. A des professionnels de la politique succèdent des spécialistes de leur portefeuille. Ce côté « pro » est conforté par la personnalité des directeurs de cabinet. Michèle Pappalardo auprès de Nicolas Hulot, Marc Papinutti avec Elisabeth Borne sont des « seniors » du ministère de l’Equipement. Ce qui ne veut pas dire que l’administration prend les commandes. On peut compter sur Nicolas Hulot pour fixer le cap.
« J’ai dédié ma carrière aux sujets de la transition écologique et du transport et j’aurai à cœur d’incarner les grands enjeux de ce ministère dans la lignée de l’accord de Paris », a indiqué Elisabeth Borne en prenant « les clés du camion, de l’avion, du train, du bus, du vélo » que lui a remis le 18 mai Alain Vidalies. En remontant dans les archives de la République, on trouvera peut-être des précédents. Mais la nomination de la patronne d’une entreprise publique de transports au ministère qui en exerce la tutelle n’est pas courante. Dans l’autre sens, on se souvient d’Anne-Marie Idrac, ancienne secrétaire d’Etat aux Transports (1995-1997), devenant cinq ans après patronne de la RATP, puis de la SNCF. Ou de Jean-Cyril Spinetta, directeur de cabinet du ministre de l’Equipement, devenant aussitôt après, en 1990, patron d’Air Inter, ce qui avait surpris. Des concurrents de la RATP se sont un peu inquiétés de la nomination d’Elisabeth Borne. Parmi les dossiers sensibles qu’elle aura à gérer, on cite le projet de liaison ferroviaire CDG Express, un contrat pour lequel Keolis et RATP Dev d’un côté et Transdev de l’autre sont en compétition… Cela dit, la carrière de la ministre ne peut se réduire aux deux dernières années passées à la RATP. Et, pour bien souligner le changement de dimension et de point de vue, elle a réservé son premier déplacement à la SNCF. Guillaume Pepy l’a guidé dans une gare Montparnasse qui se prépare au lancement le 2 juillet, des deux nouvelles lignes à grande vitesse, pour Rennes et Bordeaux.
X-Ponts, 56 ans, Elisabeth Borne a commencé sa carrière au ministère de l’Equipement. Elle a été à partir de 1997 conseillère technique chargée des Transports auprès de Lionel Jospin, Premier ministre. On l’a connue directrice de la Stratégie de la SNCF (2002-2007), directrice des Concessions chez Eiffage (2007), directrice générale de l’Urbanisme à la Mairie de Paris (2008-2013), préfet de Poitou-Charentes (2013), avant de devenir directrice du cabinet de Ségolène Royal.
Auprès de Ségolène Royal, elle a notamment participé aux négociations sur le plan de relance autoroutier. Un dossier délicat où elle a pu être remarquée par Emmanuel Macron et son équipe. Elle a aussi eu l’occasion de travailler à ce poste avec Nicolas Hulot. Et le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire aurait appuyé sa nomination.
Nommée en mai 2015 PDG de la RATP, Elisabeth Borne aura passé trop peu de temps à la tête de l’entreprise publique pour la marquer en profondeur. Elle en a piloté le nouveau plan stratégique, « Défis 2025 », appelé à succéder au « Vision 2020 » décidé sous Pierre Mongin. Mais elle commençait tout juste à le mettre en œuvre. Or, ce plan doit préparer l’entreprise à la concurrence, la RATP perdant le 31 décembre 2024 ses droits exclusifs sur le réseau de bus.
Lors de sa présidence, elle a eu la tâche de négocier et signer le contrat Stif avec la nouvelle direction, nommée par Valérie Pécresse. C’est aussi lors de son mandat que Laurence Batlle a succédé à François-Xavier Perin à la tête de RATP Dev.
Elisabeth Borne a fait de l’innovation et du digital une priorité et en a d’abord confié la responsabilité à Nathalie Leboucher (ancienne d’Orange) avant de nommer en février 2017 Marie-Claude Dupuis directrice Stratégie, Innovation et Développement et membre du Comex. Marie-Claude Dupuis avait d’abord été chargée de mettre en œuvre le plan « Bus2025 » et de le faire passer d’un objectif encore très politique, fixé par Pierre Mongin, à un vrai programme industriel. Lors de cette phase Elisabeth Borne a montré, avec pragmatisme, qu’elle privilégiait certaines options techniques (la recharge de nuit au dépôt) mais sans en faire un dogme.
Sa façon de diriger, jugée assez personnelle, a parfois déconcerté le management de l’entreprise. Cependant certains syndicalistes de l’entreprise l’ont appréciée et l’ont fait savoir. Il est vrai qu’elle n’a pas eu à affronter de conflit social dur, n’ayant pas eu le temps de se frotter à l’échéance majeure pour l’entreprise : l’ouverture à la concurrence.
Elisabeth Borne va-t-elle continuer à porter des revendications du secteur des transports publics qu’elle a elle-même défendues quand elle était présidente de la RATP ? Beaucoup se disent aujourd’hui que leur combat pour une TVA à 5,5 % (contre 10 % aujourd’hui) ou pour des financements pérennes n’est peut-être pas perdu. Un combat qu’ils jugent vital pour le secteur.
F. D. et M.-H P.
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