Ixxi invente le compteur de fraudeurs

Sur le papier, ça paraît simple, pourtant personne n’avait songé à le faire. Ixxi, la filiale technologique de la RATP, a présenté à l’UITP de Montréal le démonstrateur de son nouveau produit phare, baptisé « Urban Flows », qui sera opérationnel…

à l’été. Un outil de big data qui analyse à la fois les flux de voyageurs et la fraude en automatisant les croisements de données de comptage et de validation. « L’outil repose sur l’identification en temps réel et la géolocalisation en entrée et en sortie d’un bus, d’un tram ou d’un métro, ainsi que sur les données des valideurs, elles aussi géolocalisées, les deux étant “matchés“ en temps réel afin d’en déduire un taux de fraude », explicite Pascal Auzannet, le président d’Ixxi.

Taux de fiabilité ? Au moins 99 % assure-t-on chez le fabricant de ce soft, sachant qu’il s’est allié à un grand industriel qui vend des systèmes de contrôles d’accès aux réseaux de transports publics dans le monde entier. On admet en effet qu’éventuellement deux personnes qui passent en même temps ou bien un enfant dans les bras pourraient être mal comptés. Tous les compteurs et caméras disponibles peuvent être mis à contribution. Urban Flow permet ensuite de « générer une cartographie détaillée du trafic voyageurs et des zones de fraudes, station par station, en fonction des jours et des heures », continue-t-il.

L’analyse de ces cartes fournit une formidable aide à la lutte contre la fraude car cet outil prédictif permet d’optimiser les circuits des agents chargés du contrôle. Et, sur le long terme, il devient un facilitateur pour la prise de décisions stratégiques dans le cadre d’une politique antifraude. « Moyennant un investissement relativement faible, l’opérateur obtient un important taux de retour, estime encore Pascal Auzannet. Car il récupère ainsi des recettes perdues. » L’outil fonctionnera dans tout réseau, dès lors qu’il comprend un système de comptage et a imposé la validation obligatoire des titres.

L’enjeu est de taille sachant que l’UTP estime en gros à 500 millions d’euros par an le manque à gagner dû à la fraude en France, dans les réseaux urbains, les TER et TET, dont 300 millions d’euros pour la SNCF et 100 millions pour la RATP. Soit un taux moyen de 5 % de perte de recettes. Sachant que le taux de fraude réel moyen est de 10 % dans les réseaux à tram et qu’à Strasbourg par exemple, récupérer un point de fraude représente 500 000 euros de plus dans les caisses…

Les opérateurs mettent aussi régulièrement en avant le fait que la triche nuit sensiblement à l’image des transports publics parce qu’elle est liée au sentiment d’insécurité et qu’elle suscite un important sentiment d’injustice parmi les voyageurs qui payent. Ixxi qui a misé six millions d’euros de son plan d’investissement dans ce volet de lutte digitale contre la fraude a déjà démarché plusieurs clients en France comme à l’international et escompte les premières signatures à la rentrée de septembre.

De quoi terminer en beauté une année commencée sur les chapeaux de roues par la filiale de la RATP, qui a obtenu coup sur coup des marchés importants à Caen (SAEIV), Abidjan (billettique), Acapulco (conseil) et dans le Morbihan (SAEIV dans l’interurbain), et candidaté sur les trois lots du marché de l’Ile de la Réunion. Si l’année se poursuit sur le même trend que le premier semestre, elle devrait s’achever sur un chiffre d’affaires de 30 millions d’euros, soit 20 % de mieux qu’en 2016.

Cécile NANGERONI

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