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« Il est évident que Keolis souhaiterait racheter la Saemes »

Interview d’Alain Devès, directeur général de la Saemes.
Alain Devès, directeur général de la Saemes (Société anonyme d’économie mixte d’exploitation du stationnement de la Ville de Paris) dresse le bilan de sa société et dévoile sa stratégie sur le marché convoité du stationnement en Ile-de-France.
Ville, Rail & Transports. Quels sont les résultats affichés par la Saemes ?
Alain Devès. Nous avons réalisé en 2017 un chiffre d’affaires de 43,7 millions d’euros. Notre activité est assez stable depuis deux ou trois ans, mais sur le long terme, nos résultats s’affichent en baisse car les collectivités locales nous demandent de plus en plus de serrer les prix, au fur et à mesure qu’elles renouvellent les contrats.
VR&T. Quelles sont vos spécificités par rapport aux autres gestionnaires de parkings ?
A. D. La Saemes, qui a été créée en 1979, est une société d’économie mixte, dont le capital est détenu à 50 % par la Ville de Paris. Depuis 2016, le tour de table de la Saemes a en effet évolué, avec l’arrivée d’un partenaire important : Effia a pris 33 % des parts après la revente par la Ville de Paris d’une partie de ses actions et après la sortie du capital du CNPA (Conseil national des professions de l’automobile).
La Saemes emploie aujourd’hui 250 personnes et gère un grand nombre de parcs résidentiels à Paris. C’est un peu notre spécificité.
Pour augmenter l’offre de stationnement pour les Parisiens, tout particulièrement dans les zones où il n’y a pas de parkings sous les immeubles, nous avons développé notre activité pour proposer des places dans les parcs publics. Nous gérons 90 parkings principalement dans Paris intra-muros mais aussi en Ile-de-France. Ce qui représente 25 000 places de parkings. Nous voulons être un acteur parisien mais aussi francilien.
VR&T. Quelle est votre stratégie ? Et celle de la Ville ?
A. D. Notre stratégie consiste à être présent sur tous les créneaux, de la construction et la réhabilitation de parkings, à l’exploitation et au stationnement en voirie. Depuis quelques mois, Chatou (où nous gérons aussi des parkings) nous a confié le contrôle du stationnement payant. C’est aussi le cas à Gentilly.
Nous avions aussi participé à l’appel d’offres sur le contrôle du stationnement à Paris avec Effia et Parkeon. Mais c’est Indigo qui a remporté le marché, essentiellement pour des raisons financières. 70 % à 75 % de la note était liée au prix et Indigo était beaucoup moins cher que nous. Leur proposition financière nous avait d’ailleurs surpris. Nous assumons cet échec. Mais si on veut répondre aux conditions du contrat et au nombre de contrôles demandé, il faut respecter les règles et avoir du personnel en conséquence.
VR&T. Comment éviter à l’avenir, selon vous, les dysfonctionnements enregistrés dans le contrôle du stationnement payant ?
A. D. Les budgets des collectivités locales sont de plus en plus tendus, tandis que les opérateurs se battent pour avoir des références dans le contrôle du stationnement payant. Certains ont avant tout des stratégies de gains de marchés. Sans que la rentabilité soit forcément au rendez-vous. Arrive un moment où on ne peut lutter contre des groupes qui vous promettent monts et merveilles.
Certains captent leur rentabilité à l’étranger où les marges sont plus importantes. En Ile-de-France, le stationnement n’est pas aussi rentable qu’ailleurs dans le monde, même si à Paris les prix sont plus élevés qu’en proche et moyenne banlieue et bien sûr qu’en grande couronne.
Quelle sera la stratégie de la ville ? C’est une question qu’on peut légitimement se poser. Christophe Najdovski répond que pour le moment, l’Hôtel de Ville n’entend pas se désengager. Pour la mairie, la Saemes représente un outil intéressant. Elle est représentée au conseil d’administration, elle connaît exactement la situation et a de la visibilité. Nous sommes transparents. Mais la question qui peut se poser à terme, c’est : quelle est l’utilité pour Paris de rester au capital de la Saemes ?
VR&T. Qui sont vos principaux concurrents sur le marché parisien ?
A. D. Si la Saemes n’était pas là, je ne suis pas sûr qu’il y aurait des concurrents face à Indigo. Keolis a essayé de pénétrer le marché parisien quand il n’était pas encore entré dans le capital de la Saemes et s’est rendu compte que ce n’était pas facile. D’où leur arrivée dans notre capital.
Sur le marché du stationnement, nous sommes une PME face à des gros opérateurs eux-mêmes adossés à des groupes puissants comme Keolis, Transdev ou Indigo. Il est évident que Keolis souhaiterait nous acheter. Ses dirigeants attendent le jour où Paris se désengagera.
Le stationnement est aussi une activité extrêmement bouleversée par les évolutions réglementaires et les nouvelles technologies. Aujourd’hui, la concurrence, c’est le pure player du Net qui offre des places de stationnement un peu partout. C’est aussi la concurrence d’Uber même si elle est indirecte. Les usages de la voiture ont beaucoup changé et les acteurs traditionnels ont été bousculés.
VR&T. Quels sont les prochains appels d’offres sur lesquels vous travaillez ?
A. D. Une bonne trentaine de DSP sont attendues, comme le parking de la porte Maillot. Ces appels d’offres concernent des parkings importants sur lesquels nous sommes en offensifs. Si nous gagnons, ils nous permettront d’augmenter notre périmètre d’activité.
VR&T. Comment évolue le marché ?
A. D. Aujourd’hui, à Paris, un ménage sur trois possède un véhicule alors qu’ils sont sept sur dix à en avoir un en Province et en grande couronne. Depuis quelques années, on observe une baisse régulière de la fréquentation mais après 2015 (et les attentats), on a constaté une baisse encore plus marquée de la fréquentation des parkings souterrains. De septembre 2017 à avril 2018, on a enregistré une reprise réelle. Est-ce aussi lié à la dépénalisation ? On peut s’interroger car dès lors qu’il y a plus de rotations en surface, on peut aussi penser qu’il est moins nécessaire d’aller en souterrain… De multiples effets sont possibles On peut toutefois affirmer que la dépénalisation n’a pas eu d’effets dramatiques sur la fréquentation des parcs parisiens. Au contraire.
VR&T. Comment continuer à vous développer à l’avenir ?
A. D. Nous cherchons à proposer des solutions innovantes pour les parkings. Notre site d’open data par exemple recueille des informations statiques sur la fréquentation mais aussi des informations dynamiques comme le nombre de places disponibles en temps réel qui sont ensuite reprises sur différents types d’applis. Notre objectif, c’est que nous puissions donner ces informations sur l’ensemble de nos parkings.
Nous proposons aussi toute une gamme de services, comme la révision de la voiture ou le contrôle technique assurés par notre partenaire Click Click Car. Nous avons aussi noué un partenariat de conciergerie pour les voitures de luxe qui sont gardées dans un milieu très sécurisé. Nous permettons également aux loueurs ou aux sociétés d’autopartage de s’implanter dans nos parkings
Depuis septembre, nous proposons à nos clients professionnels (artisans, commerçants…) un passe multiparc permettant de stationner dans neuf parcs. En association avec la Ville, nous allons aussi créer un passe multiparc motos permettant de stationner dans différents parkings quel que soit l’opérateur. Aujourd’hui, les motos peuvent stationner gratuitement sur la voirie. Mais on voit bien que lors de la prochaine mandature, il pourrait y avoir des changements de ce point de vue là. Je pense qu’à terme, les motos vont revenir dans les parkings. Nous travaillons aussi pour que les porteurs de passe Navigo puissent stationner dans nos parkings aux portes de Paris (à Bercy, porte de Charenton et Charlety) pour utiliser ensuite les transports en commun. Ce projet est porté par la Ville et la région.
Toujours avec Paris, nous nous engageons à développer des bornes de recharge électrique. Cela demande des efforts d’investissements très importants. A l’horizon 2024, il est prévu le déploiement d’environ 10 000 bornes dans les parkings souterrains. Dans les appels d’offres, il est en général demandé entre 30 et 50 % de bornes de recharge par rapport au nombre de places.
Enfin, nous nous posons beaucoup de questions sur l’utilisation des parcs souterrains et leur conversion à d’autres utilisations. Comme l’implantation de fermes urbaines et de nouveaux business models, d’autant plus que le loyer en souterrain est très modeste.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt