Pécresse à ses opérateurs : « peuvent mieux faire »

RER B - Magenta

Neuf lignes ferroviaires, sur un total de 36 RER, lignes du Transilien, de métros, et de tramways, doivent faire des progrès, c’est le constat qu’a dressé le 8 novembre Valérie Pécresse à l’issue de l’audition annuelle des principaux opérateurs franciliens. Exercice rendu difficile cette année par la grève contre la réforme de la SNCF, dont il a fallu « faire abstraction » pour s’en tenir à ce qui est « structurel ». L’année a de plus été marquée par des incidents sérieux : panne de signalisation gare Saint-Lazare en juin, incendie d’un poste électrique alimentant la gare Montparnasse en juillet, nouvelle panne électrique à Montparnasse en août, pannes de la ligne 1 du métro début août et de la ligne 14 fin août…

On a déploré aussi de fortes intempéries, Valérie Pécresse employant l’adjectif « paroxystiques » : événements dont on ne peut cette fois faire abstraction puisque le réchauffement climatique promet plutôt leur reconduction.

Neuf lignes ont donc été prises en défaut, qu’Ile-de-France Mobilités (IDFM) a rangées sous deux rubriques : six au « bilan mitigé » et trois qui sont « en grande difficulté ». Commençons par les six qui vont cahin-caha.

• Le RER B connaît de nombreux incidents, malgré un redressement de la ponctualité cette année (88,2 %). Et il n’y a pas que le nord de la ligne, le sud souffre aussi. Pour améliorer la situation, IDFM compte sur une refonte de l’offre des branches de la partie sud, des aménagements de ces branches et veut veiller particulièrement à la gestion des nombreux travaux à venir, au nord particulièrement. La gestion est si complexe d’ailleurs sur tout l’axe ferroviaire nord de la région – franchissement Pleyel, refonte de la gare du Nord, réalisation du CDG Express, interconnexions avec les futures gares du métro du Grand Paris – que le préfet Cadot a été chargé par l’Etat d’en assurer la coordination.

• Faiblesse aussi du RER C, dont la ponctualité reste faible (88,7 %) malgré un léger redressement. IDFM compte notamment sur une refonte du SA (service annuel) 2020, et sur la mise en service du tram-train Massy-Evry qui remplacera le RER C entre Savigny et Massy. Il faudra attendre 2023 pour que soit effectif ce débranchement, option en vogue aujourd’hui.

• Sur le RER E, la baisse de la ponctualité est continue. A 91,3 %, la ligne a perdu trois points en quatre ans. La SNCF et IDFM comptent sur le RER 2N NG (à partir de 2021), sur le système de signalisation Nexteo pour le tronçon central (2024) et sur le futur site de maintenance de Vaires-sur-Marne pour inverser la tendance.

• Pour la ligne P, malade de ses branches La Ferté-Milon et Coulommiers, la ponctualité a diminué de 1,6 point en 2018. L’électrification de la section Gretz – Provins permettra le déploiement du Francilien sur Provins à l’horizon 2021, les AGC allant pour leur part sur La Ferté-Milon.

• La ligne J est en recul aussi, et ce sont particulièrement les branches J5 (Mantes via Poissy) et J6 (Mantes/Gisors via Conflans) qui sont à la peine. On compte notamment sur le Francilien pour la J6 et, plus généralement, sur la refonte de TER Normands, mais pas avant le SA 2020.

• La ligne U a très fortement baissé en 2018 : -2,5 points par rapport à 2017 qui déjà s’inscrivait l’année précédente à la baisse. IDFM compte sur la fiabilisation des lignes L et N, dont les faiblesses sont les principales causes de dysfonctionnement de la U, hors météo.

A côté de ces lignes aux résultats qu’on dira mitigés, trois autres lignes vont vraiment mal.

Le RER D,dont la ponctualité n’est plus que de 83,5 %, ayant baissé de près d’un point en 2018. Un remède de cheval va être administré à la ligne. En décembre de cette année, début du SA 2019, le tronçon pour Malesherbes sera débranché du RER. Y circuleront, en 2019 mais plutôt à la fin de l’année, des Regio 2N flambant neufs. On compte aussi beaucoup sur l’arrivée des RER 2N NG sur le tronçon central, mais ce sera plus tard. Puis viendra, fin 2025, Nexteo sur le tronçon central, entre Saint-Denis et Villeneuve.

La ligne R, dont la ponctualité s’est dégradée, de 5,1 points en quatre ans, doit profiter de l’arrivée du Regio 2N, déjà en cours de déploiement.

La ligne N, enfin, qui a perdu 5,8 points en 2018, est fortement impactée par les conditions météo, causes de 38 % de la non-ponctualité.

A ces lignes, on peut ajouter aussi, pour faire bon poids, l’ensemble des lignes de bus à Paris, à la limite de la congestion, la ligne 13 du métro qui atteint ses objectifs… mais reste sérieusement saturée, la ligne 7 que la branche de Villejuif fragilise. Autant d’exemples qui sans être directement dans la liste, permettent de montrer que la RATP, plutôt épargnée si l’on excepte la ligne B qu’elle exploite avec la SNCF, a elle aussi ses « emmerdes », selon le langage fleuri qu’affectionne sa présidente, Catherine Guillouard.

Cela n’empêche pas Valérie Pécresse de tirer un bilan plutôt positif de l’action de ses opérateurs. Car, si neuf lignes laissent à désirer, les autres sont en progrès. A commencer par le RER A, dont la ponctualité a progressé de 5,7 points ces deux dernières années, tendance accentuée en 2018 grâce à une nouvelle grille horaire, la branche de Cergy restant cependant à la traîne (80 %). Les 14 lignes de métro, malgré certaines faiblesses constatées ci-dessus, sont dans les clous des objectifs qui leur sont fixés : taux de réalisation global de 98,2 % en 2017 de 99,3 % fin août 2018.

Pour la présidente de région, le cap qu’elle a fixé est le bon : arrivée de matériels nouveaux ou rénovés (252 rames livrées fin 2018, sur un total de plus de 700 attendues à la fin de son mandat) ; refonte des horaires, comme en témoigne parmi d’autres le plan bus pour Paris, « jamais revu depuis 70 ans ». Valérie Pécresse proteste évidemment contre le non-paiement par l’Etat de 80 millions au CPER. Insiste sur la priorité absolue que la région accorde au transport quotidien de voyageurs. Et si SNCF Réseau, à la demande de l’Etat doit rogner 200 millions de travaux dans la France entière, s’agissant de l’Ile-de-France, c’est simple : tout ce qui concerne le fret passera après. Serqueux – Gisors, ce sera pour plus tard.

Il faut dire que le réseau ferroviaire doit faire face à une augmentation continue de la fréquentation de voyageurs : 18 % de croissance depuis 2013 sur les lignes du Transilien, dit Alain Krakovitch, en rappelant qu’un point de fréquentation en plus égale 0,2 point de régularité en moins. Autant dire que la simple non-dégradation tient déjà de la prouesse.

F. D.