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La pollution coûte cher aux villes européennes

Le cabinet CE Delft vient de publier une étude sur le coût de la pollution dans les villes européennes, réalisée à la demande de l’Alliance européenne pour la santé publique, l’EPHA. Elle fait apparaître, ville par ville, les coûts énormes dus à la pollution de l’air. Et la part très importante qu’elle représente dans le produit intérieur brut.
Paris, 3,5 milliards d’euros par an. Londres, 11,38 milliards d’euros… S’ajoutant aux études qui évaluent la pollution atmosphérique dans les villes, celle-ci s’attache à en chiffrer le coût, ville par ville. L’addition dans les principales villes européennes dépasserait les 166 milliards d’euros par an.
Commanditée par un consortium d’ONG traitant des divers aspects de la santé publique et regroupées dans l’Alliance européenne pour la santé publique (EPHA), l’étude, publiée en octobre, a été réalisée par le cabinet d’audit CE Delft. Ses résultats se fondent sur l’analyse de la qualité de l’air en 2018 dans 432 villes, dont 76 françaises, totalisant 130 millions d’habitants. Elle a été conduite dans trente pays d’Europe (les 28, plus la Norvège et la Suisse). Trois polluants sont pris en compte : les particules fines, le dioxyde d’azote (NO2) et l’ozone. Le rapport est fondé sur les données communiquées par les villes.
Monétarisées grâce à une grille unique d’évaluation, ces données font apparaître un classement. Londres est la ville où le coût annuel de la pollution de l’air est le plus élevé (11,38 milliards d’euros). Elle est suivie par Bucarest (6,35 milliards d’euros), Berlin (5,24 milliards d’euros), puis Varsovie (4,22 milliards d’euros) et Rome (4,11 milliards d’euros), Paris en septième position (3,5 milliards d’euros) n’étant pas loin de ce peloton. Toutes les villes dépassant le million d’habitants se trouvent dans le top 25.
Cependant, rapporté au nombre d’habitants, c’est Bucarest qui prend la tête (3 000 euros par an et par habitant), devant Milan (2 800 euros), Padoue (2 455 euros), Varsovie (2 433 euros), Bratislava (2 168 euros) ; sur la carte de l’Europe établie selon les coûts par habitant, les pays de la façade atlantique sont relativement épargnés. En revanche, la pollution se fait très forte en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Roumanie…
Le coût moyen pour les Européens dans les villes étudiées est de 1 250 euros par an par habitant, soit 3,9 % du produit intérieur brut. Mais dans des villes de Bulgarie, Roumanie et Pologne, la part monte jusqu’à 8 à 10 %. Sur les trois facteurs de pollution retenus, ce sont les particules fines, PM2.5/PM10, qui contribuent le plus et de loin aux coûts (82,5 %). Le NO2 en est responsable à hauteur de 15 % et l’ozone de 2,5 %. Si la pollution automobile n’est pas la seule en cause, elle en est, et très largement, la première cause. On observe qu’une augmentation de 1 % des trajets moyens accroît les coûts des émissions de PM10 et de NO 2 de 0,54 %. Une augmentation du nombre de véhicules de 1 % accroît ces mêmes coûts de 0,5 %.
Cette étude n’est pas la première, reconnaissent les auteurs qui parlent même d’une littérature abondante sur le sujet. Cependant, les études précédentes, menées localement selon des méthodes différentes, donnent des résultats peu comparables. La particularité de celle-ci est d’avoir utilisé une méthodologie commune, mise au point lors d’un travail préalable réalisé en 2019 pour la Commission européenne et faisant apparaître le coût des traitements médicaux, des morts prématurées et des journées perdues de travail.
Les résultats montrent, si l’on en doutait encore, que la réduction de la pollution de l’air fait partie des priorités absolues dans toute tentative d’améliorer le bien-être dans les villes européennes.
La pollution atmosphérique est le quatrième facteur de décès après l’hypertension artérielle, le régime alimentaire et le tabac. En Europe, l’OMS estime le nombre de morts prématurées dues à la pollution à 500 000 personnes par an (400 000 dans l’Europe des 28). Estimation basse, selon les auteurs de la dernière étude. La pandémie en cours, dont l’étude n’a pu tenir compte, ne fait qu’aggraver la situation : les comorbidités sont essentielles dans la mortalité de la Covid-19. Notamment celles associées à la pollution atmosphérique…
F.D.