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Monoprix inaugure son nouvel entrepôt robotisé « zéro carbone »

Prologis, une entreprise spécialisée dans la construction et la gestion d’entrepôt logistique, vient de livrer un nouveau bâtiment pour Monoprix, dans le sud de Paris. Avec ce site de 100 000 m2, l’entreprise vise le « zéro carbone » en agissant tout au long de la vie de l’entrepôt de sa conception à son exploitation sur 50 ans.
Réduire son empreinte carbone en tendant vers le zéro émission d’ici quelques années. C’est la promesse de l’entrepôt de 100 000 m2 conçu par Prologis pour Monoprix, à Croissy-Cramayel dans la Seine-et-Marne et inauguré le 12 octobre.
Pour parvenir à cette « neutralité carbone intégrale, ce qui est inédit au monde pour un bâtiment logistique », assure Prologis, spécialiste de l’immobilier logistique – qui gère environ 92 millions de mètres carrés dans 19 pays –, l’entreprise agit sur toutes les étapes du cycle de vie du bâtiment « de sa construction à son exploitation pour neutraliser la totalité de l’empreinte carbone sur une période de 50 ans ». Les 150 000 tonnes de CO2 que génèrent la construction et l’exploitation d’un tel bâtiment seront, dans le cas de cet entrepôt, réduits de 80 % sur les 50 prochaines années. Quant aux 20 % restant, ils seront compensés.
L’entreprise a d’abord choisi un ancien site logistique de sept hectares en déshérence depuis 10 ans. Le Parc Prologis Moissy 2 Les Chevrons, est installé sur un ancien site où Citroën stockait et expédiait des pièces détachées pour ses concessionnaires en France et en Europe.
Le béton des nouveaux bâtiments est en partie constitué des matériaux issus de la déconstruction de l’ancien site de Citroën qui ont été broyés sur place et réemployés pour la nouvelle construction. Un béton à plus faible empreinte carbone a aussi été testé sur une surface de 400 m2, avec Hoffmann Green Cement Technologies. Cette entreprise a mis au point un procédé innovant de fabrication de ciment (le liant du béton) qui ne nécessite pas de cuisson. C’est en effet l’étape qui génère la majorité des émissions de CO2 du béton classique. Dans le secteur de la construction, le béton représente près de 52 % des émissions de gaz à effet de serre, soit 10 % de ces émissions dans le monde.
Pour le chauffage du bâtiment, qui représente généralement la moitié de la consommation énergétique globale d’une plateforme logistique, Prologis a fait appel à Accenta, qui a développé un système de chauffage original s’appuyant sur la géothermie associée à l’intelligence artificielle. L’installation comprend un champ de 100 sondes qui plongent à 100 m dans le sol où la température est constante toute l’année, autour de 10 à 12 °C. « Le fluide qui circule dans le réseau permet, à travers des pompes à chaleur, de réchauffer en hiver et refroidir en été », explique Yann Usseglio, le directeur marketing d’Accenta. « Outre cet échange thermique, le système qui utilise l’Intelligence Artificielle, la Data Science et le Machine Learning, ajuste la consommation aux habitudes constatées, aux prévisions météo, ou aux coûts de l’énergie qui vient compléter les besoins si nécessaires ». Cette solution contribue pour 30 % à la décarbonation totale du projet. D’abord par une réduction de 60 % de la consommation de chauffage et de rafraîchissement mais aussi en diminuant de 71 % les émissions de carbone qui y sont liées.
Côté électricité, le bâtiment est équipé de panneaux photovoltaïques en toiture qui couvrent une surface de 36 000 m². Leur production annuelle est estimée à 1,5 GWh d’électricité, l’équivalent des besoins en électricité de 320 foyers par an. Au quotidien, cette autoproduction d’énergie, couvrira 25 % de la consommation du site.
L’éclairage a aussi fait l’objet d’une attention particulière. Les concepteurs ont opté pour le LED à intensité variable associé à des détecteurs de présence. Cela permet de diviser par quatre la consommation d’énergie par rapport à un éclairage traditionnel. Une étude réalisée sur un bâtiment logistique de 40 000 m² passé en LED montre une économie de 80 tonnes de CO2 par an par rapport à son ancienne installation. De plus, sur le site de Moissy, les LED permettent d’agir sur la modulation de l’éclairage extérieur au bénéfice de la faune nocturne.
Enfin, les eaux pluviales sont récupérées, filtrées et réutilisées sur place, pour les espaces verts et pour les sanitaires. Les besoins en eau potable du site sont ainsi réduits de moitié.
La faune et la flore ont aussi été étudiées, via un contrat confié à ARP-Astrance un cabinet de conseil spécialisé en immobilier. Victor Lavisse, directeur de projet écologue d’Astrance a dressé la liste des espèces protégées présentes autour de l’entrepôt comme les hirondelles de fenêtres (dont la population a baissé de 40 % dans les 10 à 15 dernières années), les faucons crécerelles, ou les pipistrelles (chauves-souris). Pour maintenir un écosystème local, des abris ont été installés, une attention particulière a été portée à l’éclairage nocturne extérieur et il a été décidé de tondre à très petite fréquence les surfaces enherbées pour préserver les insectes, notamment des abeilles.
38 mini-robots circulent à 4 m/seconde

Le nouvel entrepôt loué à Monoprix, pour 12 ans renouvelable, est équipé d’une nouvelle technologie de stockage qui fait appel en très grande partie à la robotisation grâce au système développé par la société française Exotec. Il utilise une flotte de minirobots – ils sont 38 pour l’instant dans l’entrepôt – qui se déplacent de façon autonome, dans un périmètre qui leur est réservé, pour aller chercher des marchandises dans des bacs empilés sur une structure métallique.
L’autre particularité des robots Skypod est d’évoluer en trois dimensions. Non seulement ils circulent au sol à la vitesse de 4 m/seconde, sans se heurter les uns les autres, mais ils sont aussi capables de monter dans la structure de stockage, jusqu’à 12 m de haut pour aller chercher les marchandises. Ils sont même programmés pour recharger seuls leur batterie, en venant se coller quelques minutes contre une borne puis repartir remplir une autre mission.
Les Skypod, selon les commandes lancées par les opérateurs, rapportent les bacs de marchandises vers des points de préparation, située en bordure de la zone réservée. Là, les préparateurs prélèvent le ou les produits dont ils ont besoin pour la commande. Le robot repart ensuite replacer le bac de produits à son placement initial.
Le système développé par Exotec évite aux opérateurs (400 personnes seront employées sur le site) de parcourir des kilomètres pour récupérer des marchandises, avec l’aide chariots élévateurs lourds. L’entreprise a déjà convaincu de nombreuses enseignes. L’un de ses premiers clients, en 2016, a été CDiscount, filiale de Casino pour internet. Récemment racheté par ce groupe, Monoprix s’est d’ailleurs inspiré de l’expérience de CDiscount.
Au Japon, la marque de vêtements Uniqlo a choisi Exotec pour deux de ses entrepôts dans le pays pourtant connu pour son expertise en matière de robotique. Ce qui séduit aussi, dans la solution proposée par Exotec, c’est sa modularité. « On va augmenter les capacités de commandes en passant à 76 Skypod pour le Black Friday, en novembre », explique Romain Moulin, l’un des deux cofondateurs d’Exotec. A terme, l’entrepôt comptera 116 robots, notamment pour absorber les commandes internet sur le site de Monoprix qui devraient continuer à se développer. Expédier les commandes réalisées via Internet est en effet la principale mission du nouvel entrepôt qui réunit en un même lieu, les marchandises non alimentaires de trois entrepôts qu’exploitait Monoprix, deux à Lieusaint et un à Combs-la-Ville, pour un total de 87 000 m2. Le parc des Chevrons va non seulement les remplacer, mais surtout offrir une plus grande surface de stockage avec ses 100 000 m2. L’investissement consenti par Prologis s’élève à 60 millions d’euros (développement et maintenance), représentant un surcoût de 10 à 15 % qui devrait être rapidement amorti.
Yann Goubin