Dans le cadre de son Plan de transformation de l’économie française (PTEF), The Shift Project veut faire de l’emploi « l’un des moteurs d’une décarbonation organisée et réussie, plutôt qu’une variable d’ajustement ». Le volet de son plan que le think tank a publié mi-décembre estime que quatre millions d’emplois seront les plus directement concernés par la décarbonation. Leur transformation aboutirait à « une croissance nette de la demande de main-d’œuvre à horizon 2050 (de l’ordre de 250 000 emplois), cachant de fortes créations (1,1 million) et destructions (850 000). »
Les transports font évidemment partie des secteurs les plus impactés. L’industrie automobile (qui a déjà fait l’objet d’un rapport particulier, La transition bas carbone : une opportunité pour l’industrie automobile française ? ) serait la plus touchée négativement avec plus de 300 000 emplois perdus, baisse due à la fois à un recul de l’usage et à l’électrification des véhicules. En revanche, le think tank présidé par Jean-Marc Jancovici compte sur un essor des mobilités actives ainsi que des véhicules électriques légers. « Le vélo se distingue par la plus forte augmentation relative parmi les secteurs évalués avec une multiplication par 20 dans l’industrie et par 12 dans les services aval de vente/entretien/réparation (+ 45 000 et + 18 500, respectivement) », compte tenu de la très forte hausse de la pratique du vélo, et par le « redimensionnement de la production au niveau des besoins du marché national ». Le secteur aérien perdrait 38 000 emplois, ce qui serait compensé par l’essor du transport ferroviaire longue distance (+ 37 000 emplois). Dans le fret, la perte dans le routier (-112 000) serait compensée par la croissance du cycle (+ 111 000), le secteur étant bénéficiaire par la création de 16 000 emplois dans le ferroviaire et le fluvial.
L’un des « piliers » du PTEF est de « ne pas reposer sur le pari de la croissance économique (ce qui semble particulièrement adapté à la période), ni sur des évolutions technologiques supposées advenir mais encore non éprouvées ». Cette sagesse n’empêche pas les « shifters » de faire deux paris très optimistes ou volontaristes : un très fort report modal sur le ferroviaire ou le vélo, et un redéploiement industriel national.
