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Keolis assainit ses comptes et se renforce en Ile-de-France

Après les pertes de 2019 et 2020, Keolis a redressé la barre l’année dernière en enregistrant un léger résultat net de 20 millions d’euros. L’activité a connu une nette amélioration avec un chiffre d’affaires en hausse de 10,3 % à 6,3 milliards d’euros. La fréquentation a été globalement en recul de 30 % sur l’ensemble de l’année par rapport à 2019, mais avec une nette différence entre le premier et le second semestre. « Le premier semestre 2021 a été impacté par les restrictions sanitaires avec une fréquentation en baisse de – 30 %, puis le second semestre a vu le retour à un niveau de service quasi normal avec la reprise de la fréquentation, toutefois encore à – 10 % », souligne Christelle Villadary, la directrice financière. La rentabilité opérationnelle du groupe (EBITDA récurrent), en progression de 30 % à 690 millions d’euros, s’affiche légèrement au-dessus du niveau d’avant-crise.
Un bilan assaini
Ce bilan « assaini », selon les mots de Marie-Ange Debon, la présidente du directoire, a été obtenu notamment grâce à la maîtrise des frais de structure, à des gains de productivité, à l’ajustement de l’offre à la demande ou encore au « soutien des pouvoirs publics de certains pays », particulièrement au Canada, en Suède, aux Pays-Bas.
Le développement commercial est resté soutenu, tant à l’international qu’en France, poursuit la dirigeante. A l’international, qui représente la moitié de l’activité, Keolis cite en particulier ses contrats gagnés en Australie (avec l’attribution d’un nouveau contrat d’exploitation de bus au nord de Sydney, démarré en novembre) ou le contrat à Dubaï (tramway et métro automatique exploités depuis septembre 2021), ou encore en Suède (contrat de bus 100 % électrique à Göteborg notamment). Bernard Tabary, le directeur exécutif International prévoit une activité globalement en hausse en 2022 malgré la fin du contrat Wales and Borders aux Pays-de-Galles et l’arrêt de l’activité en Allemagne dont le chiffre d’affaires avoisinait les 200 millions d’euros mais représentait un gros foyer de pertes.
En France, l’année a été riche en appels d’offres concernant le transport urbain et interurbain, qui ont apporté au groupe 300 millions d’euros de chiffre d’affaires et 65 millions d’euros en solde global positif. Parmi les contrats emblématiques remportés l’an dernier, Frédéric Baverez cite le réseau de Thionville, le contrat PAM 77 ou encore les Alpes Maritimes où le groupe va déployer 120 véhicules électriques, « soit la plus grosse flotte interurbaine électrique », souligne le directeur exécutif France. L’entreprise va devoir défendre tout particulièrement cette année ses positions à Bordeaux et à Dijon, deux gros contrats qui arrivent à échéance. En offensif, il candidate notamment pour les contrats de Perpignan et Valenciennes qui doivent être attribués avant la fin de l’année.
L’Ile-de-France dans le viseur
Les regards sont surtout tournés vers l’Ile-de-France, où 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires sont ouverts à la concurrence depuis 2020 (ce qui représente la moitié du transport conventionné en France). Déjà, 18 lots ont été attribués sur les 37 lots définis par Ile-de-France Mobilités (IDFM). Keolis en a déjà gagné six, soit 36 % de parts de marché, ce qui fait de la filiale de la SNCF « l’opérateur qui a le plus crû sur le marché Optile », commente Frédéric Baverez. L’opérateur de transport public est aussi en compétition pour les lignes 16 et 17 du Grand Paris, et le sera sur la ligne 15, un « dossier moins avancé », note le dirigeant. Sur les lignes ferrées de banlieue, Keolis répond en joint-venture avec Transilien, à commencer par les lignes T4, T11 et P.
Keolis lorgne aussi les bus de la RATP qui doivent être ouverts à la concurrence en 2025 et dont les appels d’offres vont bientôt être lancés. Le groupe sera candidat sauf si, explique Frédéric Baverez, les conditions sociales prévues par la loi n’évoluent pas. « Le gouvernement a mis quelques pilules empoisonnées pour favoriser la RATP. On veillera à ce que les pilules ne soient pas létales », affirme-t-il. La disposition qui permet aux conducteurs de se faire licencier s’ils le souhaitent par l’opérateur retenu pour exploiter des bus RATP est trop risquée, estime-t-il. « Aucun opérateur ne peut raisonnablement répondre à un appel d’offres s’il y a un risque, par exemple, que sur 700 conducteurs, 200 veulent se faire licencier tout en sachant qu’avec leur expérience ils retrouveront très facilement après du travail, explique-t-il. Ce point devrait être couvert par IDFM » Selon lui, finalement, « le législateur a transféré à IDFM la charge de l’improductivité de la RATP ».
Marie-Hélène Poingt