Le prolongement de la ligne 14 avance

Les travaux de prolongement de la ligne 14 avancent et devraient permettre sa mise en service à temps pour les JO de 2024. « 14 km de voies posées en 14 mois pour le prolongement sud de la ligne 14, à partir de Maison-Blanche, c’est un défi relevé », résume Éric Lebrun, chef de projet système de transport de la ligne 14, lors d’une visite de la gare en construction de Kremlin-Bicêtre-Hôpital, le 8 juin.
Commencée en janvier 2021, la pose de la voie s’est terminée en avril 2022. « Cela fait un linéaire total de 172 km », si on compte les rails, les profilés pour le guidage et les rails d’alimentation, soit 6 éléments par voies, le tout multiplié par deux voies et par 14 kilomètres plus quelques centaines de mètres supplémentaires pour rejoindre l’atelier. 40 000 traverses bétons biblocs ont également été posées.
« Ce qui est compliqué dans cet environnement contraint, c’est l’approvisionnement, avec seulement 7 puits d’accès suffisamment larges », explique Éric Lebrun. Le travail a donc été réparti sur 7 fronts simultanément. Entre 300 et 400 compagnons ont travaillé sur ce chantier au plus fort des travaux, en 2 postes de jour.
Les soudures étaient réalisées la nuit, une opération qui provoque toujours des dégagements de fumée. Même s’ils restent évidemment contrôlés, il est toujours préférable de réaliser ces opérations à un moment où les agents sont moins nombreux. « Il reste 500 mètres de voie à poser entre l’arrière station d’Olympiades et Maison-Blanche », reprend Eric Lebrun. À cet endroit, le tunnel a été creusé de façon traditionnelle, sans tunnelier, ce qui a pris plus de temps et s’est fait indépendamment du reste du percement.
Si le gros œuvre est terminé, il reste à installer les équipements de sécurité, comme les cheminements, l’éclairage ou un système de téléphone fonctionnant sans électricité destiné aux pompiers et associé aux colonnes sèches. Il faudra aussi déployer l’approvisionnement en énergie pour les rames. « 130 km de câbles haute tension vont être tirés et nous allons installer les quatre derniers postes de redressement, parce qu’au-delà de la station MIN-Porte-de-Thiais, la tension devenait trop faible. La mise sous tension est prévue en octobre prochain », indique encore le chef de projet.
Pour faciliter la future exploitation de la ligne, deux communications simples vont être posées à Maison-Blanche et Villejuif-Institut-Gustave-Roussy et trois communications croisées, une à Pont-de-Rungis et deux avant le terminus Aéroport-d’Orly, où le long tunnel d’interstation permettra le stationnement du matériel. Elles assureront aussi la « disponibilité » de la ligne grâce à l’isolation des sections en cas de situation perturbée.
Mi-juin, les premières façades de quai devaient être installées à la gare Villejuif-Institut-Gustave-Roussy. Comme sur toutes les gares du prolongement, elles seront “toute hauteur“. S’élevant jusqu’au plafond de la station, elles permettent d’isoler aérauliquement les stations de la voie elle-même et d’éviter la propagation de fumée d’un espace à un autre en cas d’incendie.
Autre gros chantier, l’automatisation. Son installation va s’accompagner d’une remise à niveau du système automatique dans le tronçon central, âgé de plus d’une vingtaine d’années.
Le matériel va aussi être renouvelé par des MP14 à 8 voitures. « On va passer d’un intervalle entre chaque train de 95 secondes à 85 voire 80. Il faut s’imaginer qu’avec l’arrêt en station, c’est quasiment un train continu sur toute la ligne. À peine une rame a-t-elle quitté une station, qu’une autre arrive », souligne Éric Lebrun. La modernisation de l’automatisation est en effet indispensable au regard de la fréquentation attendue : un million de voyageurs par jour (550 000 aujourd’hui), dont 40 000 rien que pour le tronçon central. Le temps de parcours de cette ligne de 27 km, sera de 40 minutes, avec une vitesse d’exploitation de 40 à 45 km/h. Au rythme actuel du chantier, le prolongement nord de la ligne vers Saint-Denis -Pleyel, et sud, entre Olympiades et Aéroport-d’Orly, devrait être livré en juin 2024, soit quelques semaines avant les Jeux Olympiques qui commenceront le 26 juillet.
Yann Goubin
Un geste architectural pour la gare
Pour construire la gare de Kremlin-Bicêtre-Hôpital, la RATP a dû « mordre » dans une petite partie de l’hôpital du Kremlin-Bicêtre. « On a dû démolir deux bâtiments dans la phase de travaux préparatoires », explique Stéphane Garreau directeur d’opération du prolongement de la ligne 14. Et réduire les emprises de l’hôpital.
La “boîte gare”, autrement dit la construction souterraine qui accueille les quais et les voies, mesure 125 m de long sur 25 m de large. « Les rails sont à – 21 m », précise Adrien Queille, chef de projet du chantier de Kremlin-Bicêtre-Hôpital. Au-dessus, se trouvera une vaste salle des échanges pour les voyageurs et des locaux techniques. Au niveau de la rue, un hall d’accueil, ouvert, sera seulement couvert d’un toit très caractéristique en forme de W renversé « comme le pictogramme avec lequel on symbolise habituellement les usines. C’est un geste“ architectural du cabinet Viguier, qui a dessiné la gare. Avec une spécificité, les pans du toit les plus longs ne sont pas tournés vers nord comme pour les usines. mais vers le sud pour faire entrer le maximum de lumière directe », indique encore Stéphane Garreau.