Sans hausse des recrutements, les suppressions de trains vont durer sur le moyen, voire le long terme, selon Sud Rail

Erik Meyer

Le 31 août,  Christophe Fanichet « réfutait » dans nos colonnes le chiffre de 1200 conducteurs manquants à la SNCF, avancé par Sud Rail. Le syndicat, par la voix d’Erik Meyer, a souhaité réagir. Selon le délégué syndical, seuls 700 postes de conducteurs sont prévus dans le budget 2022.

La Vie du Rail : Vous contestez le chiffre de 1200 conducteurs formés en 2022 pour être opérationnels en 2023. Pourquoi?
Erik Meyer : Nous maintenons qu’il manque 1200 conducteurs à la SNCF. Nous ne comprenons pas d’où sort le chiffre de 450 personnes déjà recrutées cette année, cité par Christophe Fanichet car il ne figure pas dans les budgets. Les documents présentés très officiellement par la direction de la SNCF en date du 12 août recensaient 252 personnes recrutées et non pas 450.
Dans ces conditions, vouloir recruter 1200 conducteurs cette année quand, à ce jour, on n’en a recruté que 252 semble mission impossible car il faut compter un an de formation pour devenir conducteur. De plus, la SNCF ne dispose pas de moyens de production lui permettant de former aussi rapidement autant de conducteurs. Nous en concluons que les conducteurs de trains vont encore être en sous-effectifs pendant au minimum 18 mois, votre deux ans. J’entends Christophe Fanichet dire que c’est juste un mauvais moment à passer, mais ce moment temporaire risque de durer jusqu’à la fin 2023.

LVDR : Quels sont les autres métiers touchés par un sous-effectif?
E. M. : Il y a des sous-effectifs à tous les niveaux. Il manque 300 personnes à la maintenance et 800 aiguilleurs au niveau national. Ces chiffres ont été reconnus par la SNCF lorsque trois organisations syndicales ont mené une action et menacé d’une grève des aiguilleurs le 25 mai dernier.
Les causes sont multi-factorielles. Mais il y a avant tout un manque d’anticipation de la part de l’entreprise. La direction de la Stratégie ne s’attendait pas à une reprise aussi rapide mais avait anticipé la reprise seulement à partir de la mi-2023. Il y a donc eu un déficit énorme de recrutements en 2020 et 2021 (année du Covid,ndlr). Dans le bilan social, on voit qu’entre 2019 et 2021, plus de 3000 postes ont été supprimés à la production des trains, alors qu’on se retrouve cet été avec des niveaux de trafics de + 10 % sur les grandes lignes comparés à 2019. Et avec un trafic équivalent sur les TER.
Nous demandons à se mettre autour de la table dès septembre pour revoir les budgets emplois 2022.

LVDR : 1200 conducteurs manquants représentent 10 % de l’effectif total des conducteurs. Si c’est le cas, la circulation des trains devrait être considérablement perturbée…
E. M ; C’est le cas! En région Auvergne-Rhône-Alpes, 50 trains sont supprimés chaque jour. En Ile-de-France, c’est le cas pour 20 trains par jour sur la ligne du RER C, et entre 20 à 30 trains par jour sur la ligne D (sur 531 trains par jour sur la ligne C et 562 trains quotidiens sur la D). On l’entend même dans les annonces sonores sur la ligne D : « il y aura, pendant tout le mois de septembre, des allègements des plans de transport pour cause d’absence de conducteurs ». La SNCF ne peut pas assurer aujourd’hui tout le service qu’elle effectuait en 2019.
On lit dans la presse que la SNCF pourrait être obligée de supprimer des trains cet automne sous prétexte écologique. Cela pourra servir à justifier des suppressions de circulations. Nous n’avons jamais vu cet été autant de congés refusés aux conducteurs parce qu’il fallait assurer la production. Mais à un moment, il va bien falloir accepter ces congés… S’il n’y a pas de bougé sur l’emploi, il y aura encore des suppressions de trains sur le moyen-long terme.

Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt