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Les syndicats oscillent entre critique de l’attitude de l’Etat et rejet du management à l’anglo-saxonne de Luc Lallemand

Luc Lallemand, le PDG de SNCF Réseau, devait être limogé aujourd’hui au cours d’un conseil d’administration extraordinaire. Nous avons demandé aux syndicats représentatifs à la SNCF de réagir à cette décision de l’Etat de mettre fin aux fonctions de ce patron qui a cherché à agir conformément à la feuille de route confiée par les pouvoirs publics au moment de sa nomination. Matthieu Chabanel doit lui succéder.
« Des injonctions contradictoires de l’Etat »
Fabien Villedieu, délégué syndical SUD-Rail
« Tout ça, ce sont des histoires entre politiques et grands patrons ! Ils sont changés au gré du vent. À ceci près que Luc Lallemand semblait respectueux de la règle d’or de la réforme de 2018 sur la maîtrise des déficits.
Sans être dans le secret des dieux, il me semble que la réunion houleuse entre IDFM et SNCF Réseau à propos du chantier Eole et du projet Nexteo, qui a été assez médiatisée a révélé, à quelques-uns mais pas à nous SUD-Rail, les difficultés de financement du réseau ferroviaire. Si Luc Lallemand a été limogé pour cela, ce n’est pas un bon signe.
C’est toujours la même histoire, l’État commande des projets, comme des voies nouvelles, et veut faire porter les déficits sur la SNCF. Tout en lui reprochant ensuite sa dette. Ce sont des injonctions contradictoires. Après la réforme de 2018, il y avait eu une volonté de stopper ce genre de dérive. Il me semble même que Luc Lallemand avait été recruté pour cela. Mais le réseau appartient à l’État, pas à la SNCF ou SNCF Réseau. C’est donc à l’État de payer pour le réseau ».
«Nous ne le regretterons pas»
Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots
« Luc Lallemand n’a jamais voulu nous rencontrer, donc nous ne le regretterons pas. Mais il est débarqué parce qu’il voulait forcer l’Etat à assumer une position cohérente : face à l’inflation, il faut soit une augmentation des péages, soit une augmentation de la subvention publique, soit une baisse des travaux. L’Etat veut à la fois maintenir le niveau des travaux et refuse que SNCF Réseau dispose des ressources adaptées par la hausse des péages (ou une subvention). Autrement dit, l’Etat veut que la dette augmente. Or, nous savons que les salariés payent toujours la note lorsqu’il n’y a pas les ressources pour produire ce qui est nécessaire… donc nous ne sommes pas ravis de cette situation ».
« Un changement de stratégie ? »
Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots
« Est-ce que le départ de Luc Lallemand est le signe d’un changement de stratégie de l’État vis-à-vis du ferroviaire ? C’est ce que nous espérons en tout cas à la CFDT. Car, l’objectif du cash-flow positif en 2024 que suivait Luc Lallemand, n’était pas la solution que nous voulons pour le ferroviaire. Pour faire rouler des trains, il faut un réseau en bon état, entretenu, et qui se développe. Il y a donc une nécessité de financement mais il faut aussi des agents pour faire circuler les trains.
Quant à Matthieu Chabanel, il connaît bien Réseau et il a jusqu’à présent montré un intérêt pour le dialogue social ».
« Matthieu Chabanel, c’est l’homme de la situation »
Didier Mathis, secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire
« Nous, pour être franc, nous n’avons vu Luc Lallemand que deux ou trois fois seulement. C’est peu. Nous avions surtout eu des entretiens avec le directeur des Ressources humaines. Luc Lallemand n’était pas à la recherche de contacts avec les syndicats. C’était plutôt un partisan du management à l’anglo-saxonne.
Ce n’est pas le cas de Matthieu Chabanel. C’est l’homme de la situation. C’est un ingénieur qui est à Réseau depuis 2012, qui connaît bien la technique et qui a très vite appris nos méthodes de travail. Lui saura négocier avec les politiques pour obtenir le financement des projets comme Nexteo, qui sont indispensables pour augmenter la fréquence des trains en Île-de-France. J’avais d’ailleurs suggéré son nom au ministre Jean-Baptiste Djebbari lorsqu’il m’avait demandé qui je verrais à la tête de Réseau en 2020. J’ai eu raison trop tôt ! »
Y. G. et MHP