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Comment SNCF Réseau tente d’éviter les collisions avec les animaux

« En raison d’une collision avec un animal sauvage, le trafic sur la ligne est suspendu… » Cette annonce faite en gare contrarie immanquablement les voyageurs qui attendent leur train. Les collisions avec du gros gibier – chevreuil, sanglier, biche, cerf – sont un véritable casse-tête pour la SNCF.
L’année dernière, plus de 1 900 heurts avec des animaux sauvages ont été recensés sur le territoire national, « un chiffre en hausse en raison de la prolifération des sangliers partout en France », indique SNCF Réseau. Les conséquences sont désastreuses, pour les animaux bien sûr, mais aussi pour les rames accidentées nécessitant de coûteux travaux et pour la régularité des circulations.
Chaque accident a provoqué au moins cinq minutes de retard, soit un total d’environ 200 000 minutes perdues dans l’ensemble du trafic ferroviaire. En moyenne, le coût moyen d’un heurt atteint 100 000 euros. Une facture élevée qui comprend les frais de réparation et d’immobilisation du matériel, de dédommagement des clients, mais aussi ce que représente la perte de temps pour les conducteurs et les contrôleurs.
Pare-chocs sur les locomotives
Depuis des années, la SNCF cherche des parades. Intercités a par exemple équipé des locomotives BB 26000 avec des « pare-chocs » pour protéger les robinets de frein situés sur les faces des locomotives. En effet, en cas de choc, la destruction de ces robinets peut conduire à une immobilisation longue en ligne et donc à d’importants retards.
Des solutions sont aussi testées sur les infrastructures comme Faun’Trap, une sorte de cage placée le long des clôtures, qui permet d’évacuer les animaux hors des emprises. Citons aussi le Sangli Pass, un système de trappe permettant aux sangliers de sortir d’une emprise clôturée sans possibilité de retour. Ou encore le Strail Grid, un revêtement anti-intrusion, doté de pointes en caoutchouc pour empêcher les animaux de poser leurs sabots dessus et donc de s’introduire sur la voie. Enfin, les clôtures des LGV sont renforcées au moyen de panneaux extérieurs et enterrés dans le sol contre les animaux fouisseurs comme les blaireaux qui, en pouvant extraire plusieurs mètres cubes de terre, déstabilisent les talus.
Effaroucheurs sonores
En Bourgogne-Franche-Comté, où 150 incidents de ce type se sont produits en 2022 (entraînant 400 heures de retard, 6 jours d’immobilisation en moyenne pour une rame et 1,20 M€ de réparations), SNCF Réseau a entrepris depuis décembre une expérimentation sur la ligne Dijon – Saint-Amour, dans le cadre d’un partenariat noué avec la Fédération régionale des chasseurs. Ensemble, ils testent le premier « dispositif d’effaroucheurs sonores adapté au ferroviaire », codéveloppé avec la société Bestwarden, spécialiste des leurres sensoriels.
En pratique, sur 1,5 km en amont et en aval de la zone à sécuriser, des capteurs détectent l’arrivée d’un train et son sens de déplacement, et transmettent l’information à des balises qui sont espacées de 300 m le long de la zone à protéger. Trente secondes avant le passage du train, elles émettent des sons, une simulation de battue, destinée à effrayer les grands animaux et à les dissuader de rester aux abords de la voie ferrée. L’effet dissuasif dure environ quinze minutes durant lesquelles un corridor de sécurité est ainsi créé pour le passage du train. « Avantage supplémentaire, le système permet de recueillir des informations concernant le nombre d’animaux détectés et leurs heures de passage », indique Jérôme Grand, directeur territorial de SNCF Réseau en Bourgogne-Franche-Comté.
Caméras thermiques
L’effaroucheur sonore est testé à la hauteur de Thorey-en-Plaine, un secteur de 3,6 km de long, identifié après un diagnostic établi par les chasseurs. En février, le dispositif a été complété par des caméras thermiques afin de pouvoir identifier le type d’animaux et localiser précisément les points de passage. Cette innovation sera évaluée fin 2023 en vue de son éventuel déploiement en Bourgogne, mais aussi partout en France. Les effaroucheurs, qui, par définition, sont bruyants, ne devraient toutefois pas être utilisés en zone très urbanisée.
L’expérimentation actuelle, d’un coût de 170 000 €, est financée intégralement par SNCF Réseau. Au total, 4,60 M€ sur cinq ans ont été provisionnés pour installer le dispositif et réaliser des aménagements comme, par exemple, des obstacles dans la végétation visant à limiter les accidents. De plus, 540 000 € seront consacrés chaque année à l’entretien des installations. L’efficacité du dispositif sera suivie sur une période de cinq ans.
Anne JEANTET-LECLERC