Une étude démonte le mythe du covoiturage écologiquement vertueux

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« Le premier bilan du covoiturage courte distance est décevant, on tâtonne : au premier trimestre 2023, deux trajets quotidiens sur 10 000 étaient réalisés via les plateformes de covoiturage (Karos, Klaxit, BlaBlaCar Daily, Ecov, etc NDLR); les trajets covoiturés ne sont pas tous pertinents, ils se font en zones denses, aux heures de pointe, sur moins de 10 km, là où il y a des transports collectifs ou sur des voies routières supplémentaires dédiées qui attirent plus d‘automobiles et ne sont pas respectées; les aires de covoiturage ne sont accessibles qu’en voiture; les subventions publiques se focalisent sur les plateformes d’intermédiation alors que le covoiturage courte distance est souvent informel; le covoiturage n’est pas structurant pour la planification écologique, ce n’est pas une alternative réelle à l’autosolisme ».

La charge est lourde, elle était menée le 12 septembre au soir dans les salons feutrés de la mairie du 11e arrondissement parisien par Géraud Guibert, président du think tank La Fabrique écologique, et Sylvie Landriève, codirectrice du Forum Vies mobiles, et par leurs équipes. Une conférence au titre un peu moqueur, « Y-a-t-il un passager dans l’auto ?« , en présence d’une représentante du ministère des transports, lequel vise trois millions de trajets du quotidien covoiturés d’ici à 2027, et de deux élus, Alain Jund pour Strasbourg, David Belliard, pour Paris.

Pour rappel, l’Etat a débloqué 150 millions d’euros en 2023 (1 euro pour chaque euro d’aide des collectivités locales, prime de 100 euros aux nouveaux covoitureurs à partir de 10 trajets en trois mois, aide aux infrastructures de covoiturage) afin de démocratiser ce mode de déplacement pour aller travailler, chercher les enfants à l’école, faire ses courses etc. « 35 fois plus pour un trajet via plateforme que pour un trajet covoituré de façon informel, insistent dans leur communiqué La Fabrique écologique et le Forum Vies mobiles, les deux think tanks qui viennent de publier une étude sur le sujet.

« Si on ne traite pas le covoiturage sans repenser tout le système de transport, c’est du gaspillage d’argent public », lance Matthieu Bloch, coauteur de l’étude menée sur plusieurs territoires français – Grenoble , Rouen, Plaine de l’Ain, Bretagne, Pays de la Loire, le Genevois, qui subventionnent les trajets de court-voiturage via des plateformes.

Brouillard

« L’action publique est dans le brouillard », selon Géraud Guibert qui appelle l’Etat à faire en des enquêtes régulières pour évaluer l’évolution du covoiturage informel (organisé entre voisins, par des entreprises, des associations), et mesurer l’impact des politiques publiques et l’usage de l’argent public.  Le ministre des Transports, Clément Beaune s’était fait excuser, faisant jouer son devoir de réserve à deux semaines des élections sénatoriales, Claire Baritaud, en charge de la politique de covoiturage au ministère, promet une étude sur « tous les types de covoiturage » dans les mois à venir.

« Un certain nombre de politiques publiques démarrent dans le brouillard, je défends le droit au brouillard, à l’expérimentation« , s’est amusé Alain Jund, vice-président de la métropole strasbourgeoise et délégué aux mobilités actives et partagées au sein de l’association des élus du transport, le Gart.

Dans sa newsletter de septembre (page 5), la Fédération nationale des associations des usagers du transport est tout aussi remontée contre les politiques publiques en faveur du covoiturage du quotidien, considérant qu’il représente « un nouveau danger pour les transports publics ».

Nathalie Arensonas

« Y a-t-il un passager dans l’auto ?  » : la synthèse de l’étude ici