L’inquiétude monte à l’usine Alstom de Crespin

Vue aérienne du site Bombardier de Crespin.

En attendant la remise du rapport indépendant sur les perspectives économiques du site, prévue en janvier, les salariés de Crespin s’apprêtent à partir en congés de fin d’année inquiets. Ils redoutent qu’Alstom « laisse tomber Crespin », comme l’expriment leurs délégués syndicaux depuis des semaines. « Nous sommes le plus grand site ferroviaire d’Europe et le plus ancien de France, et nous n’avons pas de réponse quant à notre avenir », s’alarme Karim Khatari, représentant Sud, première organisation représentative du site.

L’ancienne usine Bombardier, devenue Alstom lors du rachat du Canadien par le Français il y a cinq ans, emploie aujourd’hui 1800 salariés pour un effectif total proche de 2500 personnes avec les sous-traitants. Ils produisent un train par semaine : le Regio 2N. En avril, Alstom a annoncé la commande de dix nouvelles rames de la part de la Région Auvergne-Rhône-Alpes pour compléter son parc de 59 rames Omneo Regio2N. Leur livraison s’étendra jusqu’à fin 2027. Mais après, le plan de charge de l’usine est incertain.

Un remplaçant pour le Corail

La présentation officielle du Regio 2N remonte à mi-2010. Le constructeur Bombardier dévoile alors sa toute nouvelle plateforme, conçue pour répondre aux besoins de renouvellement de matériel des réseaux TER et de ceux de la SNCF pour les trains Intercités ou trains d’équilibre du territoire (TET). Ce remplaçant du train Corail permet à Crespin d’afficher un carnet de commande de 5 milliards d’euros.

Le site participe aussi à la fabrication du métro MF19, comme Valencienne-Petite Forêt et Le Creusot, actuellement mis en service par la RATP et à celle des rames RER NG. Un contrat portant sur 96 rames supplémentaires a d’ailleurs été annoncé par l’industriel en juin.

Discrimination commerciale et sociale

Mais cela ne suffit pas à rassurer les salariés de Crespin qui craignent que l’obligation de courbe de charges de l’usine qu’Alstom devait assurer prenne fin. Pour les syndicats, l’ancien site Bombardier fait même l’objet d’une discrimination commerciale. Ils estiment que la direction du groupe ne leur a confié aucune nouvelle commande depuis le rachat.

Ils reprochent aussi à leur nouvel actionnaire de ne pas être équitable dans le traitement réservé aux salariés de ses différents sites. « A Crespin, la prime d’intéressement est moindre, la prime de pénibilité est différente et la dotation aux œuvres sociales du CSE est inférieure à celle du site voisin de Petite-Forêt d’Alstom SA », énumère Karim Khatari.

Le syndicat Sud Industrie en appelle aux présidents de régions dans le choix de matériel roulant qu’ils peuvent faire. Il demande aussi au gouvernement de tenir ses engagement en faveur du ferroviaire et de la préservation d’une filière industrielle stratégique.