Le vélo n’est pas (encore) une politique sociale

Cyclistes le long de la Seine à Paris.

Quand les aménagements cyclables deviennent les sous-produits du renouvellement urbain. Le vélo fait désormais partie des politiques publiques, porté par une demande croissante. Les choix en sa faveur reproduisent pourtant les inégalités qu’il voudrait corriger.

Daniel Pastor Serrano, Nicolas Louvet, Julia Janke

En quelques années, le vélo s’est imposé comme un symbole fort des transitions écologique et urbaine en France. Porté par des plans nationaux ambitieux et une , son essor semble incarner la réussite des politiques publiques. Pourtant, derrière cette image d’une mobilité durable et accessible à toutes et tous se cachent des réalités plus contrastées : le développement des aménagements cyclables ne traduit pas toujours une politique équitable du vélo – il en révèle parfois les angles morts.

Des politiques ambitieuses, mais centrées sur les infrastructures

Daniel PastorSerrano, Chargé d’études et de recherches.
Daniel Pastor Serrano, Chargé d’études et de recherches.

Depuis le premier , la pratique cycliste connaît une croissance sans précédent, et la . Trois plans nationaux se sont succédé, affichant la volonté de faire du vélo un pilier des mobilités du quotidien. Mais dans les faits, la quasi-totalité des investissements se concentre sur les aménagements cyclables, devenus d’ailleurs l’. Cette approche technique, , a permis d’étendre rapidement le réseau, mais sans toujours répondre à la diversité des besoins des habitants ni à la question de l’équité territoriale.

Une

L’analyse croisée de la base nationale des aménagements cyclables et des données de l’INSEE montre que les quartiers les moins favorisés sont souvent les mieux dotés en infrastructures cyclables. À l’échelle nationale, ces quartiers comptent 1,5 km de pistes cyclables et voies vertes pour 1 000 habitants, contre une moyenne nationale de 0,9 km. Ce constat, à première vue, pourrait suggérer une politique volontariste, cherchant à corriger les inégalités sociales par la mobilité. Mais la réalité est plus nuancée.

Ces chiffres cachent en réalité une dynamique très différente : la concentration d’aménagements cyclables dans les quartiers populaires urbains est moins le fruit d’une volonté explicite de justice sociale que la conséquence indirecte de politiques ambitieuses de renouvellement urbain. En effet, le la création d’aménagements cyclables dans les opérations de requalification. Le vélo devient alors un , plutôt qu’un outil délibérément pensé pour l’inclusion.

Des territoires oubliés

Nicolas Louvet,directeur de 6t.
Nicolas Louvet, directeur de 6t.

À l’inverse, dans les , les infrastructures cyclables dépendent de politiques locales volontaristes – souvent modestes. Et lorsqu’elles existent, elles profitent davantage aux . Ainsi, le vélo reste une , et qui peine à s’adresser à la diversité des territoires et des publics. Ce déséquilibre révèle un : la France a su construire une , mais pas encore une .

Pour un vélo vraiment universel

Le vélo est aujourd’hui promu comme une solution universelle, mais son déploiement reproduit – voire accentue – les inégalités qu’il prétend corriger. Pour qu’il devienne un véritable outil de justice territoriale, il faut passer d’une , capable de tenir compte des contextes locaux, des usages et des publics.

Julia Janke,Cheffe de projet.
Julia Janke, Cheffe de projet.

Finissons-en avec les politiques d’aménagements cyclables qui plutôt qu’en équité. Construisons une politique du vélo fondée sur les usages, la justice sociale et la complémentarité des mobilités. Le vélo doit redevenir ce qu’il aurait toujours dû être : un , accessible à tous, et un .