Stationnement. Les stratégies payantes

L’arrivée de start-up aux méthodes nouvelles est en train de bouleverser le marché
du stationnement. De leurs côtés, les collectivités qui veulent revoir la place de la voiture
en ville réduisent les places en voirie. Tout cela pousse les exploitants de parkings à repenser leurs modèles.

Le marché du stationnement est soumis à un double mouvement inverse. D’un côté, les villes, qui souhaitent reconquérir leur centre et faciliter l’arrivée de nouvelles solutions de mobilité, ont tendance à supprimer des places en voirie. C’est le cas tout particulièrement de Paris, où le nombre de places de parking est passé de 235 000 en 2001 à 142 000 en 2014. Ou encore de Toulouse, dont le plan de déplacements prévoit progressivement la suppression de plus de 3 500 places en surface.
De l’autre côté, de multiples start-up émergent sur le marché, proposant aux propriétaires de parkings de partager leurs places lorsqu’ils n’en ont pas l’utilité avec d’autres automobilistes. Ce qui conduit à réalimenter le système.
Face à ces nouvelles venues, les acteurs traditionnels que sont tout particulièrement Indigo (ex-Vinci Park) et Effia réagissent depuis plusieurs années. Affichant un intérêt accru pour les parkings partagés, ils se définissent comme des acteurs à part entière de la mobilité. En ce début d’année, Effia, filiale de Keolis, a annoncé un partenariat avec OnePark, spécialiste de la réservation en ligne de parkings, tandis qu’Indigo nouait des accords avec des propriétaires immobiliers pour partager des places de parkings, rachetait les activités d’un loueur de véhicules électriques (Wattmobile) et lançait sa propre plate-forme de services en ligne. « Dans un parking, on ne doit plus uniquement offrir du stationnement », expliquait en début d’année Serge Clémente, le PDG d’Indigo, qui estime que les nouveaux services qu’offriront de plus en plus à l’avenir les exploitants de parkings (location de vélos ou de voitures électriques, nettoyage du véhicule pendant son stationnement…) contribueront aussi à rationaliser les déplacements dans les centres-villes et à lutter contre les embouteillages.
Pour Sébastien Fraisse, le directeur France d’Indigo, « l’évolution du secteur est inéluctable. Et elle n’en est qu’à ses débuts ». Selon d’autres, l’offre est encore sous-dimensionnée par rapport à la demande. « Le modèle de parking public tel qu’il existe aujourd’hui est le plus mauvais qui soit, juge William Rosenfeld, le PDG et cofondateur de Zenpark, opérateur de parking partagé. Notamment parce que l’utilisateur n’est pas placé au centre des préoccupations quand les collectivités définissent leurs tarifs. Il faut choisir l’une de ces deux solutions : soit une offre simplissime et unifiée, un peu comme Free l’a fait dans la téléphonie ; soit du yield management. Les opérateurs traditionnels sont au milieu avec des tarifs “yieldés” vers le haut et pas du tout uniformes… » Zenpark, qui a expérimenté en décembre 2015, un tarif unifié dans tous ses parkings, à un euro l’heure et neuf euros la journée, a vu sa croissance passer de 15 à 40 %, permettant, malgré ces bas prix « un très net rattrapage du chiffre d’affaires ». Et si le patron ne sait pas dire laquelle de ces deux options est préférable, il est certain d’une chose : à terme l’une ou l’autre sera privilégiée.
Autre évolution « naturelle » selon lui : le parking mutualisé. C’est ainsi que dans le cadre de Smarseille, l’écoquartier de Marseille, un vaste chantier qui sort de terre sous le pilotage d’Eiffage dans les quartiers nord de la cité phocéenne, Zenpark a été choisi pour gérer l’un des premiers parcs de stationnement mutualisés, qui devrait être 100 % opérationnel en septembre 2017. Comme tout le reste du projet, le parking offrira un concentré de technologies (lecture automatique des plaques, capteurs, conciergerie…). « Le service proposé, c’est l’assurance de toujours trouver une place pour se garer, raconte le patron de Zenpark. Avec son appartement, on achète un droit de jouissance et non pas un emplacement de stationnement. »
A l’en croire, le système aurait le vent en poupe : « Nous sommes impliqués dans 76 projets de smart city autour du parking mutualisé, continue William Rosenfeld. A Toulouse, Montpellier, en région parisienne, à Strasbourg, Lille ou Nantes… Globalement, ce sont 30 % des consultations de promotion immobilière qui prévoient des places de stationnement mutualisées. » Des implantations futures qui pourront venir compléter le réseau actuel de parkings partagés.
L’avenir, c’est aussi l’information prédictive sur les places de stationnement à l’arrivée. Le service « Path to Park » lancé en 2015 par Parkeon (grâce aux horodateurs connectés des places sur voirie) en est une illustration. Omniprésent, Google serait dans les starting-blocks, sans communiquer, comme à son habitude. « Sur la dernière version de Google Maps, on décèle de façon claire plusieurs lignes de code qui définissent une information de probabilité de trouver une place de stationnement dans une zone », fait remarquer le patron de la jeune pousse.
L’avenir, ce sera enfin et bien sûr, les services dédiés aux véhicules spécifiques (électriques, autonomes…) et les espaces de logistique urbaine. Car ces espaces en souterrain pourraient accueillir une multitude de services, et pas seulement de la réparation mécanique ! Surtout au prix du foncier dans les grandes villes, les espaces souterrains devront être rentabilisés…
Cécile Nangeroni et
Marie-Hélène Poingt

 

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