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Zones interdites. Les plans antipollution de Paris et Grenoble

Paris et Grenoble sont les premières à mettre en place une zone à circulation restreinte. Progressivement, les véhicules les plus polluants seront bannis de leur territoire. Un dispositif permis par la loi sur la transition énergétique qui vise principalement à accélérer le renouvellement du parc de transport français.
Enfin, des villes se lancent ! Paris et Grenoble passent au cap en matière de lutte contre la pollution, en mettant en place, les premières, une zone à circulation restreinte (ZCR). Paris l’a fait en juillet 2015, Grenoble en novembre 2016. Sous couvert, jusqu’à présent, d’une action pédagogique.
Ce mois-ci marque une étape supplémentaire : il devient obligatoire pour les automobilistes qui veulent circuler dans ces villes, de montrer patte blanche en arborant sur leur pare-brise l’une des fameuses pastilles Crit’Air. Soit six pastilles dont la couleur change en fonction de la motorisation et de l’entrée en circulation du véhicule. Et qui ont été créées par la loi sur la transition énergétique. Ces pastilles doivent permettre à Paris et à Grenoble d’interdire les véhicules les plus polluants, soit lors de pics de pollution, soit progressivement dans le temps en fonction de leur date d’immatriculation. 20 autres collectivités, qui ont répondu à l’appel à projets « Villes respirables en cinq ans », du ministère de l’Ecologie, devraient prendre des mesures similaires à l’avenir (voir ci-dessous).
Alors qu’il était initialement prévu que ces pastilles soient achetées sur la base du volontariat, Ségolène Royal est finalement revenue sur ce principe en annonçant le 3 décembre que « les élus et les préfets pourront les rendre obligatoires dans les zones couvertes par un plan de protection de l’atmosphère et dans les zones à circulation restreinte ».
Cette possibilité finalement ouverte par la ministre de l’Environnement s’explique par l’épisode de forte pollution aux particules fines connu pendant une dizaine de jours en décembre à Paris mais aussi dans l’ouest du pays et en Rhône-Alpes. Et par la nécessité, pour le gouvernement, de réagir alors que des voix commençaient à s’élever sur l’impuissance des pouvoirs publics à lutter contre la pollution atmosphérique.
Les niveaux élevés de particules fines, liés au trafic automobile et au chauffage au bois et bloqués par les conditions météorologiques, ont finalement donné lieu à des mesures de circulation alternée décidées par le préfet (quatre jours d’affilée à Paris), qui ont été moins respectées que par le passé (la baisse de la circulation a été évaluée à 10 % environ) et donc ont été moins efficaces.
Avec son plan antipollution auquel il a ajouté quelques dispositions nouvelles (notamment un coup de pouce aux artisans pour qu’ils remplacent leurs vieux véhicules), le gouvernement cherche essentiellement à accélérer le renouvellement du parc public de transport et à inciter les ménages et les entreprises à acquérir des véhicules propres.
Si les associations, qui se battent pour une meilleure qualité de l’air, se félicitent de ces mesures, elles estiment toutes qu’il faut les accompagner de solutions alternatives : renforcement des transports publics bien sûr mais aussi développement des mobilités « actives » avec la mise en place de cheminements piétons et cyclables. Certaines associations ont aussi choisi le terrain juridique. Deux d’entre elles, Ecologie Sans Frontière et Respire, ont décidé de soutenir une dizaine de familles franciliennes « victimes de la pollution atmosphérique » qui poursuivent en justice l’Etat pour « carence fautive » compte tenu de son inaction ces dernières années. « Durant l’épisode de pollution, les hôpitaux ont recensé 34 % de hausse de visites pour des problèmes respiratoires d’enfants de moins de 15 ans », précise Franck Laval, président d’Ecologie sans Frontière. De son côté, l’agence Santé publique France estime que la pollution de l’air cause chaque année 48 000 décès prématurés, par cancers ou affections respiratoires. « Un rapport sénatorial présenté en juillet 2015 estimait à 105 milliards d’euros le coût total de la pollution », rappelle Franck Laval. Un fléau que l’on s’apprête enfin à affronter.
Marie-Hélène Poingt