Votre panier est actuellement vide !
Nantes mise sur l’Urbanway articulé au GNV

Adepte depuis 1997 du gaz naturel pour la propulsion de ses autobus, Nantes confirme son engagement dans la transition énergétique en s’équipant massivement avec le tout nouvel articulé de 18 m au GNV du constructeur Iveco, dans sa gamme Urbanway. La sixième ville de France envisage déjà un articulé tout électrique de 24 m pour son Busway.
C’est sous une pluie diluvienne qu’a été officiellement dévoilé sur les quais du canal Saint-Félix de Nantes, le 23 novembre dernier, le nouvel autobus articulé Urbanway d’Iveco fonctionnant au GNV (gaz naturel pour véhicules). Il est le premier d’une très importante commande ferme de 80 unités, à laquelle s’ajoute une tranche conditionnelle de 50 autres. La signature du marché était intervenue en mai 2016. Le calendrier des livraisons prévoit la réception et la mise en service du véhicule « tête de série » en décembre de cette année et celles du deuxième au dixième véhicule en janvier 2017, le dernier de la tranche ferme devant être à pied d’œuvre au début de l’été. L’objectif de l’opérateur Semitan (Société d’économie mixte des transports de l’agglomération nantaise) est d’équiper en autobus articulés, à terme, les sept lignes rapides dites « Chronobus », ainsi que certaines autres réputées particulièrement chargées, à commencer par la C5 (Quai-des-Antilles – Gare-SNCF-Sud), la C2 (Commerce – Le Cardo), ou encore la ligne 10 (Gare-de-Chantenay – Boulevard-de-Doulon). La commande passée à Iveco représente un investissement de 39 millions d’euros, ce qui correspond très exactement à un prix négocié, par véhicule, de 487 500 euros. L’arrivée des nouveaux Urbanway va permettre de remplacer tous les véhicules en fin de vie, qu’il s’agisse de véhicules au standard de 12 m (les Heuliez GX217 GNV et les plus anciens GX317 diesel), ou bien d’articulés de 18 m (les premiers Heuliez GX417 diesel et les Volvo 7 000 GNV). Dans le même temps, cette arrivée contribuera à augmenter le parc de la Semitan pour répondre à des besoins supplémentaires de capacité, notamment sur les lignes à forte fréquentation.
Les personnels consultés pour l’attribution du marché
Dans cet appel d’offres, l’Urbanway l’a emporté d’une courte tête, face aux véhicules concurrents qui étaient présentés par les constructeurs Mercedes, MAN, Solaris et Scania. Le concept du moteur transversal a été, sans nul doute, l’un des critères décisifs, notamment grâce à la facilité d’accès et à la simplicité de maintenance qui le caractérisent. Ces deux derniers points revêtent d’autant plus d’importance à Nantes que l’exploitant, qui passe pour entretenir particulièrement bien les matériels ferré et routier, a l’habitude de conserver ses autobus pendant 15 à 20 ans, quand ceux des autres villes sont plutôt amortis sur des durées de vie de 10 à 15 ans. Actuellement, l’âge moyen du parc routier s’élève ainsi à 12,3 ans. « Voilà pourquoi il est rare, pour un président de la Semitan, d’accueillir une nouvelle génération de bus ! », s’amusait à l’occasion Pascal Bolo, également vice-président de l’agglomération et qui, en même temps, rappelait fort à propos le rôle fondamental de l’opérateur dans la prise de décision : « Cette capacité que nous avons d’être le délégataire de Nantes Métropole pour le choix de nos matériels roulants permet à tous les secteurs et métiers de l’entreprise Semitan d’être sollicités pour donner leur avis sur les autobus essayés. » De fait, depuis les mécaniciens jusqu’aux conducteurs en passant par les commerciaux, c’est l’ensemble des personnels qui aura été consulté avant l’attribution de ce marché.
Un autre facteur contributif au choix d’Iveco a probablement trait au leadership du constructeur en matière de propulsion alternative au GNV, avec un capital de vingt-cinq années d’expérience en ce domaine. « Nous avons produit, à ce jour, 25 000 moteurs pour le gaz naturel, et construit 5 500 autobus utilisant ce carburant, dont 2 500 exploités en France, commentait Olivier Michard, directeur Commercial France d’Iveco Bus. Nos marques détiennent ainsi près de 95 % du parc national d’autobus au gaz. » De plus, l’Urbanway GNV présente l’avantage d’être 100 % compatible avec le biométhane, carburant issu de la valorisation des déchets organiques provenant de la collecte de porte à porte, des détritus végétaux, ou encore de la restauration collective. Toutefois, l’agglomération nantaise ne dispose pas encore d’installations permettant d’assurer une production locale. « Ces véhicules, construits dans notre usine d’Annonay, bénéficient du label OFG (origine France garantie) créé par l’association Pro France et décerné par Bureau Veritas Certification », tenait à redire Olivier Michard, lors de la présentation du véhicule à Nantes. « Notre site annonéen emploie 1 380 salariés et fait appel à plus de 250 fournisseurs et sous-traitants français. Et un autobus articulé Urbanway au gaz naturel représente environ 1 500 heures de travail, soit l’équivalent d’un emploi direct “temps plein” à l’année sur le site de production d’Annonay… »
Un engagement environnemental confirmé
A Nantes, le choix du gaz remonte à 1997. La Semitan a été l’une des premières entreprises de transport public, en France, à opter pour cette énergie. Le choix s’était fait, au départ, dans un objectif purement environnemental : la ville avait été la toute première à réintroduire le tramway en 1985, aussi paraissait-il alors impensable, après avoir transféré la majeure partie du trafic sur un mode 100 % électrique, de racheter des autobus diesel pour compléter l’offre de transport… Depuis, Nantes Métropole et la Semitan ont toujours confirmé leur engagement environnemental en investissant régulièrement dans des autobus à motorisation GNV. Effectivement, ces véhicules émettent des gaz d’échappement beaucoup moins nocifs pour la santé que leurs homologues en diesel, notamment au niveau des particules fines (-95 %) et du CO2 (-10 %). De plus, leur niveau sonore est significativement réduit, et ils sont pratiquement exempts de vibrations, ce qui améliore le confort des voyageurs comme du conducteur, et diminue les sollicitations mécaniques enclines à fatiguer la structure. Enfin, la pertinence du GNV se confirme plus que jamais sur le plan économique, d’une part – en général – parce que ce carburant bénéficie d’une tarification plus avantageuse et moins aléatoire que celle du gazole, et d’autre part – dans le cas particulier de Nantes – parce que l’autorité organisatrice et l’opérateur ont déjà réalisé les investissements d’infrastructure nécessaires, notamment en ce qui concerne les stations de compression. Ainsi la mutation vers ce mode énergétique s’y est-elle faite progressivement dans le temps. Le premier dépôt (Marcel-Paul) a été équipé dès 1997, et le deuxième (Trentemoult, sur la commune de Rezé) en 2002. Quant au troisième (le Bêle), l’intégration du GNV y a été prévue dès sa construction en 2008. Aujourd’hui, 78 % du parc des autobus nantais roule au gaz.
Un poste de conduite et de l’info-voyageurs à la pointe
L’Urbanway articulé GNV est équipé du moteur Cursor 8 Euro VI. Sur le pavillon, le réservoir de gaz comporte dix bouteilles de 155 l. La capacité du véhicule s’élève à 109 voyageurs, dont 32 assis et 77 debout. Deux emplacements PMR sont prévus, la rampe d’accès correspondante se situant, comme la plupart du temps, sur la deuxième des quatre portes dont dispose le véhicule. Certaines innovations distinguent le nouvel Urbanway des autres autobus nantais. Ainsi le poste de conduite est climatisé, et le conducteur peut instantanément mémoriser sur carte, une fois pour toutes, les paramètres de réglage de son siège qui lui paraissent être les mieux adaptés à sa morphologie, si bien qu’à chaque fois qu’il relèvera ensuite un collègue au volant d’un véhicule du même type, il n’aura plus à régler à nouveau manuellement le siège. Pour l’information des voyageurs, l’autobus est équipé de quatre écrans dynamiques. D’une diagonale d’environ un mètre, ils sont les plus grands actuellement sur le marché ! Ces écrans plats ont été conçus en collaboration avec l’entreprise Lumiplan, qui est justement basée à Saint-Herblain, dans la banlieue Ouest de Nantes. Autre équipementier local de renom à avoir également été mis à contribution, Graphibus signe la livrée extérieure des nouveaux autobus. Un jeu graphique de lignes courbes, entre le noir de la surface vitrée et le blanc de la carrosserie, y casse l’horizontalité des lignes. Il apporte un mouvement fluide aux faces latérales de chacune des deux caisses du véhicule, que vient renforcer encore l’adjonction d’une virgule verte soulignant le sommet ou le creux des lignes courbes. Cette nouvelle livrée, appelée à être ensuite reprise sur tous les autobus nantais, demeure en parfaite harmonie et continuité avec l’actuelle, dont elle reprend l’esprit et les couleurs, si bien que, malgré l’inévitable phase de transition, il n’y aura aucune rupture d’image. Au demeurant, Nantes doit vraiment être félicité, car c’est bien l’une des rares villes de France à avoir su imaginer, puis faire vivre dans le temps, une livrée à la fois sobre, indémodable et très élégante, qui est de surcroît déclinée sur l’ensemble des matériels, qu’ils soient tramway ou autobus. Cette recherche d’unité permet aux véhicules de la Semitan d’être immédiatement identifiés, et de porter haut les couleurs de la marque. A l’intérieur de l’Urbanway articulé GNV, on retrouve la même volonté d’harmonie, de sobriété et de clarté, à laquelle s’ajoute le souci de l’espace et du confort. Les sièges, fabriqués par Compin, sont revêtus d’un tissu spécialement créé par l’entreprise suisse Lantal pour ce nouveau véhicule, en se basant, là encore, sur la couleur-repère de la marque, à savoir le vert. Deux nuances sont ici mises en œuvre, de manière aléatoire : un vert soutenu, qui se trouve majoritaire, afin d’impulser un esprit se voulant « zen », et une variante nettement plus acidulée, pour conférer quelques touches dynamiques à l’ensemble. Le revêtement de sol, produit par Gerflor, est réalisé en imitation parquet, dans le but de réchauffer les habillages en gris clair, écru et beige, qui ont été sélectionnés pour ne pas assombrir l’intérieur, et pour rester faciles à entretenir. L’éclairage principal est modulable entre les différentes zones, et peut varier selon la luminosité extérieure. Des bandeaux LED de couleur verte, montés sous plafond, viennent tamiser la lumière et compléter l’homogénéisation de l’ambiance générale.
Une cure de jouvence pour le centre technique
L’accueil des nouveaux Urbanway articulés GNV a nécessité le réaménagement du Cetex (centre technique et d’exploitation) du Bêle, situé au nord de l’agglomération nantaise. Les travaux ont commencé en mai dernier et s’achèveront au début de l’année prochaine. Pour le remisage des véhicules à l’air libre, la Semitan a fait l’acquisition d’un terrain supplémentaire, connexe aux emprises actuelles. Deux rampes pour le gaz seront créées sur la zone nouvelle. En vue d’assurer la maintenance de ces articulés de 18 m venus remplacer d’anciens standards de 12 m, une extension de l’atelier est par ailleurs prévue sur deux travées. « Au-delà de cette opération, nous avons fait un choix politique résolument volontariste, en assumant d’investir un total de 310 millions d’euros sur les transports publics pendant la mandature 2014-2020 », a insisté Johanna Rolland, présidente de Nantes Métropole et maire de la sixième ville de France, qui annonçait à l’occasion sa décision d’introduire l’électromobilité sur le Busway. Celui-ci, victime de son succès, verra dans le même temps sa capacité accrue de 30 % grâce à l’arrivée d’autobus de type « double-articulé » de 24 m. Après avoir réintroduit en France le tramway, il y a trente ans, avec le succès que l’on connaît, Nantes n’a décidément pas fini de nous surprendre sur ses choix en matière de transport urbain…
Philippe Hérissé