Les bagarres de la maison France outre-Atlantique

En France, ils ont été accusés et condamnés pour entente illicite il y a presque dix ans. A l’étranger, on leur reproche class= »rtejustify »>
de donner une image déplorable de la « maison France ». Quel serait le juste milieu permettant de garantir la concurrence, tout en respectant un code de bonne conduite, sans pour autant signer de pacte de non-agression ? Et qui serait susceptible de se transformer en arbitre pour décider de la stratégie française lors des gros appels d’offres internationaux ? Autant de questions qui risquent d’agiter les groupes français qui sortent d’une bataille peu glorieuse outre-Atlantique.

L’appel d’offres – un marathon de deux ans – pour l’exploitation des trains de la banlieue de Boston aux Etats-Unis remporté par Keolis allié à la SNCF au détriment de Transdev, le sortant, laissera sans nul doute des traces.

« La maison France, c’est nous qui la portons, la presse américaine a titré “Les Français ont gagné “ ! », fait-on remarquer côté Keolis, étant donné que le sortant, Massachusetts Bay Commuter Railroad company (MBCR), réunissait Veolia Transportation (la filiale américaine de Transdev), Bombardier et Alternate Concepts Inc. C’est le PDG de la RATP, Pierre Mongin qui avait lancé le débat fin 2012 en déclarant que « trois candidats français contrôlés par l'Etat qui partent à l'assaut des mêmes marchés à l'étranger, ça fait un peu désordre ».

Interrogé par Ville, Rail & Transports début 2013, le patron de Transdev, Jean-Marc Janaillac, répondait humblement : « La question a une certaine pertinence, je ne sais pas complètement y répondre. Il faut trouver des réponses qui assurent à la fois aux entreprises l'autonomie nécessaire à leur développement et qui font en sorte que la maison France ne se trouve pas en opposition frontale sur des marchés lointains. » Mais ce ton policé n’est plus de mise aujourd’hui. Sans remettre en cause le développement de la filiale de la Caisse des dépôts en Amérique du Nord – où elle réaliserait encore 1,4 milliard de dollars de chiffres d’affaires « hors Boston », selon sa direction – la perte du contrat bostonien est un rude coup. Transdev contre-attaque par voie de communiqué… plutôt cinglant.

« Quelle est la légitimité d’une entreprise publique dont plus de 60 % du chiffre d’affaires est protégé par des monopoles de s’attaquer à l’international, en sacrifiant ses marges, à un autre groupe français dont la quasi-totalité des contrats est périodiquement soumise à la concurrence [près de 95 % est-il précisé plus haut, ndlr] ? », s’interroge-t-on ainsi chez Transdev. L’opérateur a calculé qu’entre les lignes TER et les lignes exploitées par Keolis en Ile-de-France, le tandem représentait majoritairement une situation monopolistique. D’où sa requête de réciprocité. « Transdev appelle à une concurrence à armes égales dans le ferroviaire régional. » En clair, une ouverture à la concurrence des lignes TER françaises sans attendre 2019, pour « que les habitants d’Aquitaine, de Lorraine ou de Rhône-Alpes puissent profiter des mêmes avantages que ceux du Massachusetts », ironise-t-on. Et d’enfoncer le clou par l’exemple de l’Allemagne dont les Länder ont vu leurs charges baisser de 30 % « avec une Deutsche Bahn qui a su se réformer et accepter le jeu de la concurrence ». Une chose est sûre, pour des groupes français, qui avouent qu’une « bonne DSP » en France rapporte environ 2 %, la rentabilité à deux chiffres rencontrée outre-Atlantique, aux USA, mais aussi au Canada, avec des contrats rapportant de 8 à 12 % en moyenne, est devenue le Graal. La guerre des copropriétaires de la maison France n’est pas près de s’arrêter…

Cécile NANGERONI

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