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Véhicules écolo : sobres et avec passagers !
Pour beaucoup de Français (et d’élus) la voiture écologique se résume à une motorisation électrique. Une acception bien trop… réductrice selon le rapport « Les nouvelles mobilités sereines et durables : concevoir des véhicules écologiques » que viennent d’achever le député de Paris, Denis Baupin (EELV) et la sénatrice du Bas-Rhin, Fabienne Keller (UMP), au nom de l’Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST).
Ce dernier avait été mandaté en septembre 2013 par la commission du développement durable de l’Assemblée Nationale sur les développements technologiques liés aux voitures écologiques. Les deux auteurs ont rapidement décidé d’élargir le spectre, étant donné que « les enjeux dépassent les seules technologies », explique Denis Baupin, qui compare les évolutions de la voiture et de la mobilité « au passage de la machine à écrire à l’ordinateur ».
Les questions techniques sont donc mises en perspective au regard des évolutions sociétales, mais aussi des NTIC (Internet et smartphones, électronique embarquée, voiture connectée, sans conducteur…) ou des nouvelles tendances de mobilité, telles que l’essor des véhicules partagés. Faut-il voir ici la patte de l’ancien adjoint écologiste de Bertrand Delanoë surtout connu pour son activisme anti-voiture… Qui aurait converti une Fabienne Keller qui, de son côté, réclame régulièrement plus de stationnement, plus de contournement routier etc. dans son fief de Strasbourg ? Peu importe après tout, l’essentiel étant qu’à l’arrivée, ils parlent d’une seule voix sur ce véhicule du futur.
Et s’il est un reproche qu’on ne pourra faire à ce rapport, c’est son manque d’exhaustivité ! Extrêmement « riche et foisonnant », de l’aveu même de ses auteurs, qui n’ont d’ailleurs pu le présenter à la presse le 16 janvier qu’avec un long discours, ce document de 250 pages est destiné à éclairer les parlementaires, dans l’optique notamment du vote de la loi sur la Transition énergétique. A l’issue d’un état des lieux détaillé et d’une analyse fine de la prospective (grâce à l’audition d’experts de tous horizons), les deux parlementaires proposent une série de près de 100 recommandations, regroupées sous 9 thématiques (voir encadré ci-contre), chacune d’entre elles déclinant ensuite d’une dizaine à une quinzaine de conseils. Quant au véhicule du futur, s’il faut résumer l’esprit tout de même, Denis Baupin se risque en deux mots : « qui consomme deux litres au cent, même si l’on peut faire mieux, et transporte au moins deux personnes. C’est aussi le message à faire passer dans l’opinion publique ». Avant de conclure en souriant qu’ainsi « véhicule écologique n’est pas un oxymore ! »Au passage, il assure que les constructeurs se sont emparés du message gouvernemental « 2 l aux 100 à l’horizon 2020 ».
Ainsi que constate-t-on aujourd’hui ? Le modèle économique de l’industrie automobile française a atteint ses limites. L’engouement des jeunes pour le permis de conduire et la voiture, c’est fini ! Aujourd’hui l’âge moyen de l’acheteur d’un véhicule neuf, c’est 54 ans ! En gros, « la possession d’une voiture oscille entre 80 et 90 % pour les générations qui se succèdent jusqu’à la crise (ils ont eu 20 ans en 1974). La rupture se produit et s’amplifie avec la génération Internet (nés en 1975) et la génération Euro (les presque trentenaires actuels)», écrivent les rapporteurs. A la place, ils ont compris l’intérêt de l’usage partagé des véhicules puisqu’ils sont les premiers clients des services de covoiturage et d’autopartage. Les parlementaires rappellent le boom de Blablacar, « c’est une réponse aux tarifs trop élevés de la SNCF »,estime Fabienne Keller.
A quoi ressemblera donc la voiture de demain ? En matière de motorisation, ils refusent de privilégier une piste plutôt qu’une autre, d’autant « que les technologies ne sont pas fixées ». Et partent du postulat que les moteurs thermiques (à essence ou diesel) « resteront probablement dominants à court et moyen terme »,écrivent-ils, mais qu'ils seront progressivement associés à des véhicules hybrides. « Aucune technologie aujourd’hui ne se présente comme la solution miracle »,explique la sénatrice. Electricité, hydrogène, air comprimé, gaz, agrocarburants devront se développer, en favorisant « les carburants d’origine renouvelable, comme le bio-méthane ou les agrocarburants de deuxième ou troisième génération », précise Denis Baupin. Et bien sûr « en s’assurant de la compatibilité des calendriers de développement des véhicules et de distribution de l’énergie »,un point essentiel si l’on se réfère aux difficultés de déploiement rapide des bornes de recharge pour l’électrique. De même, la question de la fin de vie des batteries « ne peut pas être reportée »,dit-il.
Par ailleurs, à l’instar du Renault Twizy, le véhicule devra aussi prendre des formats nouveaux, ces modèles modulaires formant « un continuum entre les 2, 3 et 4 roues »,prophétise-t-il.Sa comparse mettant en relief l’aberration qu’il y a à utiliser un objet d’1,5 tonne « comme un gros 4X4 pour déplacer une personne de 50 kg ! »Envisageant ensuite l’avènement massif de « plateformes d’écomobilité grâce à l’open data, qui trouveraient naturellement leur place dans des gares “hub“ de mobilité »,poursuit Fabienne Keller, les auteurs soulignent que la gouvernance et la réglementation doivent évoluer. Avec une question clé : « qui sera demain l’agrégateur de mobilité ? Monsieur RATP, Monsieur Renault ou Monsieur Google ? »,interroge malicieusement le député écologiste.
Dernière remarque : si le mot d’ordre dominant est assurément la sobriété et le qualificatif sobre qui reviennent comme en leitmotiv – y compris trois fois dans les intitulés des recommandations – on cherche vainement une recommandation claire évoquant la sortie du diesel (bien qu’elle apparaisse en creux quand il est question de réformer le système de bonus-malus par exemple). Volonté de ne pas stigmatiser la motorisation chouchou de nos constructeurs auto et des Français ? Non ! répondent en chœur les auteurs du rapport, sans nier l’aspect délétère des particules fines qu’elle émet. « Nous avons tenu compte des explications des organismes de surveillance de la qualité de l’air : on ne peut se focaliser sur un seul polluant, même si les poussières sont un fléau, et puis il y a tous ceux qu’on ne mesure pas encore », répond Fabienne Keller. De son côté, Denis Baupin rappelle : « le message qu’on a envie de faire passer est beaucoup plus ambitieux que la seule question du diesel ».Certes. Une vraie sortie du diesel serait pourtant un objectif pour le moins ambitieux. Et aurait pu mériter un item parmi les cent des recommandations en fin de rapport – au final parfois un peu fourre-tout avec par exemple « étudier les diverses manières de diminuer le coût du permis de conduire » dont on peut se demander ce qu’il vient faire là. Car qui trop embrasse…
Cécile NANGERONI
Pour poursuivre : le blog des rapporteurs
9 grands types de recommandations
– Organiser la mobilité du 21e siècle : sobre, interactive, intermodale, sereine
– Faire évoluer le modèle automobile : sobriété, plaisir, modernité, convivialité, modularité ; un nouvel imaginaire
– Contractualiser avec les constructeurs dans une optique de renouvellement du modèle économique et de pérennisation des emplois
– Donner dès maintenant des avantages aux pionniers (stationnement, circulation, fiscalité, bonus) et orienter les utilisateurs vers les véhicules sobres, peu polluants, de petite taille
– Privilégier les évolutions vers des carburants renouvelables en poursuivant des objectifs plus ciblés et en gardant ouvertes les différentes options techniques
– Favoriser l’usage partagé des véhicules
– Une gouvernance partenariale, un Etat stratège
– Organiser la veille sur les innovations technologiques et sociales de la mobilité
– Promouvoir une politique européenne en faveur de la mobilité sobre.
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