Cuvillier finalement « Ségo-compatible »

A peine installée, déjà critiquée L'une des premières déclarations de la nouvelle ministre de l'Ecologie, du Développement durable et de l'Energie le 3 avril en faveur d'une « remise à plat » de l'écotaxe a suscité maintes réactions. « Je ne suis pas seule à décider, mais je vais remettre à plat les choses pour voir quelles sont les autres possibilités que nous avons pour dégager des financements pour, en effet, faire les travaux ferroviaires et routiers », a déclaré Ségolène Royal, en rappelant qu'elle n'est pas pour une « écologie punitive ».
La Fédération nationale des associations d'usagers des transports a aussitôt réclamé « de toute urgence » l'instauration de cette taxe. Elle estime que son report par le précédent gouvernement a été une « grave erreur ». Selon la Fnaut, cette suspension « prive le système de transports d’un milliard d’euros par an et bloque les projets de transports urbains en site propre et l’accélération indispensable de la rénovation du réseau ferré classique ».
Pour Lorelei Limousin, chargé de mission au Réseau action climat, « l’écotaxe poids lourd n’est pas un impôt "punitif", contrairement aux propos tenus par la nouvelle ministre de l’Ecologie. C’est l’absence de sa mise en place qui revient de fait à pénaliser l’ensemble des citoyens au nom de la préservation des intérêts d’une partie d’entre eux ».

Dans l'opposition, Bertrand Pancher (député UDI de la Meuse), « tient à alerter le gouvernement sur la nécessité non pas de se précipiter dans des annonces irréalistes mais au contraire de formuler un accord sur la perception de la taxe poids lourds à hauteur de ce qui était prévu pour alimenter le budget de l'Afitf ». Le même député s'était auparavant étonné de voir que le Logement ne figurait pas dans les attributions du « super-ministère ».
De son côté, le nouveau porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll a nuancé les propos de la nouvelle ministre. « Ségolène Royal a rappelé une position qu'elle a déjà évoquée » et « qu'on lui connaissait », a-t-il dit sur BFMTV. « Il y a un débat qui aura lieu dans un cadre interministériel et après ces discussions le Premier ministre rendra un arbitrage, […] et puis il y a une mission parlementaire qui a mené des auditions et devra aussi faire des propositions », a-t-il rappelé, confirmant ainsi le processus qui avait été mis en place lors de la suspension de l'écotaxe par l'ancien chef du gouvernement Jean-Marc Ayrault. Jean-Paul Chanteguet, député socialiste, préside cette mission dont les auditions reprennent le 9 avril.

Pour reprendre la main lors de sa première sortie depuis sa nomination, Ségolène Royal s'est rendue le 5 avril « à titre amical » à l'assemblée générale de France Nature Environnement (FNE), qui regroupe quelque 3 000 associations de protection de la nature. Evitant soigneusement les sujets qui fâchent, la ministre de l'Ecologie a rendu hommage aux militants et plaidé pour « un dialogue constant » avec les associations, qui pourra être « rude, ça ne me dérange pas, s'il est sincère et s'appuie sur des données objectives ».

La présidente de la région Poitou-Charentes, fonction qu'elle devrait abandonner « avant l'été », a par ailleurs affirmé sur RTL le lendemain qu'elle avait demandé qu'un secrétaire d'Etat aux Transports soit rattaché à son ministère. « Les transports sont de toute façon rattachés au ministère de l'Ecologie et du Développement durable », a-t-elle affirmé, soulignant toutefois qu'il s'agit d'un « sujet interministériel ».
Le titulaire sortant, Frédéric Cuvillier, souhaitait selon nos informations conserver son ancien portefeuille. Bien réélu à Boulogne-sur-Mer, apprécié dans les milieux professionnels des transports, il espérait toutefois un ministère de plein exercice. Dans un premier temps, toujours selon nos informations, il a décliné toute offre autre qu'un ministère. Et, en fervent promoteur de l'écotaxe, il a commencé par critiquer vertement les premières positions de Ségolène Royal. « Je m'étonne que l'#écotaxe vienne d'être présentée comme un impôt nouveau. C'est tout le contraire. Alors quelles recettes nouvelles ? », puis : « La remise à plat ? Ça veut dire quoi ? A la veille du rapport que la mission parlementaire doit rendre…», écrivait-il le 3 avril sur son compte Twitter.

Vendredi dernier, on cherchait donc toujours un titulaire qui soit « Ségo-compatible ». Ce qui n'avait pas l'air simple. Le nom d'Annick Lepetit circulait avec insistance. Ancienne adjointe de Bertrand Delanoë chargé des Transports, aujourd'hui députée de la 3e circonscription de Paris, porte-parole du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et membre du Conseil de Paris, elle a notamment porté le projet Autolib'.

Mais revirement ce week-end. Frédéric Cuvillier n'écarterait plus finalement l'éventualité de figurer parmi les secrétaires d'Etat qui seront nommés le 9 avril. « Quelles que soient les responsabilités, si elles sont utiles à Boulogne et à l'agglomération, nous devons les accepter », a-t-il déclaré le 5 avril. Et dans la foulée d'expliquer que ses propos sur Twitter avaient été mal interprétés, ajoutant que Ségolène Royal avait « raison de parler de ces sujets aux Français ».

Frédéric Cuvillier maintenu aux Transports ? La nouvelle serait certainement bien accueillie par les milieux professionnels. L'ancien ministre connaît bien les dossiers et vu la lourdeur de certains d'entre eux (réforme ferroviaire, projets d'infrastructures, et bien sûr écotaxe) et la nécessité d'avancer vite, sa confirmation donnerait du sens à ce « nouveau gouvernement de combat ».

Quant à Ségolène Royal, elle nommait à son cabinet, le 4 avril, Jean-Louis Bianco conseiller spécial, Jean-Luc Fulachier directeur de cabinet et Francis Rol-Tanguy chargé de mission.

Jean-Louis Bianco, ancien ministre de l'Equipement et des transports, est un fidèle soutien politique de Ségolène Royal. Jean-Luc Fulachier était auprès d'elle directeur général des services à la région Poitou-Charentes. Francis Rol-Tanguy lui cède le poste de directeur de cabinet qu'il occupait auprès de Philippe Martin.

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