La Fnaut dénonce le retour de la voiture dans le discours politique

« Le routier n’est plus tabou », avait dit Jean-Marc Ayrault. Non seulement il n’est plus tabou, mais il fait un joli come-back qui n’est pas tellement du goût de la Fédération nationale des usagers de transports (Fnaut). « Sommes-nous à la veille d’une régression avec cette revanche de la route ? », s’interroge son président Jean Sivardière, qui constate que sur trois sujets d’actualité – les TCSP, les CPER, l’écotaxe –, « on a presque l’impression d’être revenus à l’ère Pompidou du tout-voiture ». Le réchauffement climatique ? « Tout le monde s’en moque ! », constate-il mi-amusé, mi-amer en relatant la réflexion récente du président d’Air France : « mais enfin pourquoi voulez-vous taxer le kérosène ? »

En effet, d’abord, les nouveaux élus municipaux, de droite comme de gauche, sont nombreux à remettre en cause les précédents projets de TCSP – tram, trolleys, BHNS – jugés trop coûteux ou trop gênants pour la circulation, comme à Aubagne, Avignon, Angoulême, Caen, Amiens, Pau, etc. Les édiles ont d’ailleurs souvent fait campagne sur le thème du retour de l’automobile en ville. « On réentend le vieux discours éculé : "la voiture, c’est la liberté", "la restreindre, c’est porter atteinte au commerce et au développement économique" », note Jean Macheras, responsable du réseau déplacements urbains de la Fnaut, qui veut croire que ces discours de campagne vont tomber aux oubliettes : « parfois on dit n’importe quoi juste pour contrer l’équipe sortante… », ajoute-t-il. Car enfin, il subsiste bien une tendance de fond à privilégier les déplacements durables, dans les très grandes agglos, à Paris et un peu partout en Europe. Reste que si le tramway avait en quelque sorte gagné les élections municipales de 2008, il a perdu celles de 2014…

Il y a ensuite les contrats de plan Etat-région 2014-2020. Même si c’est « le black-out total en termes de communication », dénoncé par Jean Sivardière, car « l’Etat n’a pas un sou et vu le redécoupage administratif envisagé, certains pensent qu’il faut reporter » les CPER. La réintroduction du volet routier est déjà une situation inquiétante. D’autant qu’elle va de pair avec l’abandon de l’entretien du réseau ferré et la disparition de certaines lignes. « Les élus restent persuadés des bienfaits économiques des travaux routiers, mais si construire des routes suffisait à supprimer le chômage, il n’y aurait plus de chômage en France ! », poursuit le président de la Fnaut. L’association d’usagers a relevé trois régions particulièrement mauvaises élèves : l’Auvergne qui refuse d’inscrire plusieurs rénovations de sections de lignes ferroviaires, Poitou-Charentes qui réclame des investissements routiers « massifs » et espère l’A831 qui saccagerait le marais poitevin, et Rhône-Alpes qui ne s’est pas encore engagée financièrement alors que cinq lignes régionales sont menacées de fermeture.

Il y a enfin le feuilleton de l’écotaxe et « les critiques incompréhensibles de la ministre de l’Ecologie ». Les multiples déclarations de Ségolène Royal sont en effet perçues comme autant de « contresens » (considérer l’écotaxe comme un impôt), contrevérités (les transporteurs routiers n’ont pas d’alternative crédible) ou propositions difficiles à mettre en œuvre (obliger les camions à prendre les autoroutes). Finalement, « l’objectif du report modal vers le fer et le fluvial semble complètement perdu de vue », estime encore Jean Sivardière qui regrette que les propositions qu’il a soumises au député Jean-Paul Chanteguet n’aient pas été retenues dans son rapport. Il s’agissait de limiter la perception de la redevance poids lourds en première étape aux plus de 12 tonnes (au lieu de 3,5 t), qui représentent 82 % du parc ou encore d’exonérer les camions participant au transport combiné. Bref, l’association appelle à ne pas céder aux sirènes des lobbies (routiers, travaux publics) et s’étrangle en entendant la ministre parler d’écologie « punitive ». « Pour l’instant c’est le report qui est punitif, pour les usagers des transports avec le blocage des TCSP et pour les riverains des axes de transport routier », plaide Jean Sivardière. D’autant que lorsqu’on brandit ce terme, c’est « généralement, comme ça a été le cas avec les Zapa, parce qu’on ne veut rien faire… »

Cécile Nangeroni

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