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Alliance allemande : le précédent d’Outreau Technologies
Le décret Montebourg sur les investissements étrangers a pour premier objectif Alstom. Mais dans des activités comme l’énergie ou le ferroviaire, il n’y a pas que les très grands groupes qui comptent et qu’il faut protéger de « prédateurs ». Certains combats ont lieu en toute discrétion. Ce fut le cas peu connu d’Outreau Technologies. Taihai, un groupe chinois avait quasiment bouclé – à 99 % disait-on – l’acquisition de Manoir Industries, que voulait céder le fonds de pension américain Sun. Parmi les sociétés du groupe Manoir, Outreau Technologies, usine de 230 personnes, grand leader des cœurs d’aiguille en manganèse. La vente n’a pas eu lieu, du fait, dit-on, d’une mobilisation discrète et efficace du ministre délégué aux Transports, Frédéric Cuvillier, attentif au sort d’une entreprise du Boulonnais, et du ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg. Il s’agissait de maintenir en Europe un savoir-faire peu connu, très spécifique, et considéré comme stratégique pour le ferroviaire. C’est finalement le franco-allemand Vossloh-Cogifer qui a fait en mars 2013 l’acquisition d’Outreau Technologies. Cogifer, la partie d’origine française du groupe, spécialisée dans les appareils de voie, faisait l’acquisition d’une technologie complémentaire de la sienne, et le savoir-faire restait en Europe.
Une nouvelle bataille est en cours, cette fois pour Valdunes et la production de roues et d’essieux. Sur les six candidats qui s’étaient manifestés dans le cadre de la procédure de sauvegarde, quatre ont fait une offre avant la date limite du 22 avril : le constructeur Caf, un groupement helvético-kazakh, le fonds de pension Klesch, et le chinois Ma Steel. Caf souhaiterait ajouter une corde à son arc dans le ferroviaire mais ne part pas favori. Avouons que nous n’avons pas de lumières sur le groupe helvético-kazakh. Klesch, si l’on en croit un article du Parisien de janvier 2012, au moment où le groupe s’intéressait à la reprise de la raffinerie Petroplus de Petit-Couronne, a laissé de mauvais souvenirs en France : la seule acquisition qu’il y ait faite, celle des chaussures Myrys, près de Perpignan, en 1997 « s'est soldée par un démantèlement total et 180 licenciements », rappelait alors le quotidien.
Le candidat qui retient le plus l’attention et qui nourrit le plus les fantasmes aujourd’hui, c’est Ma Steel. Selon un bon connaisseur du dossier, le groupe chinois, qui n’a pas été retenu comme fournisseur par les deux grands constructeurs CNR et CSR, cherche à se développer sur les marchés tiers. Il a fait une offre pour Valdunes ainsi que pour Ascométal, spécialiste d’aciers spéciaux longs (pour l’automobile notamment). L’offre de Ma Steel illustre la nouvelle stratégie arrêtée l’an dernier par les autorités chinoises dans les chemins de fer : la fin des coentreprises et des transferts de technologie au profit de la croissance externe. Le groupe chinois chercherait à se développer, au-delà du ferroviaire lourd, sur le marché des roues de tramway. En faisant l’acquisition de Valdunes, Ma Steel, outre le carnet de commandes du principal fournisseur de roues de la SNCF, ferait l’acquisition d’une entreprise performante dans la technologie des roues et d’un bureau d’études appréciable. Arnaud Montebourg va-t-il brandir son décret ? En tout cas, dans ce dossier, à notre connaissance, on ne trouve ni Siemens ni Vossloh : pas de chevalier blanc allemand. Ou plutôt, il n’y en a plus, car le spécialiste allemand GHH, qui avait acquis Valdunes en 2008, a été vendu fin 2013 à son concurrent tchèque Bonatrans par le fonds d’investissement Syntegra Capital… sans la partie Valdunes.
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