Grand Paris Express numérique. Et maintenant ?

« Nous sommes partis d’une vision un peu technique, avec une promesse peut-être un peu prétentieuse, celle d’inventer le métro le plus digital du monde. Ce que vous nous avez renvoyé, ce n’est pas de la technique, ce sont des voyageurs et des territoires, permettant de préparer la métropole la plus intelligente du monde… » Devant un parterre d’entrepreneurs, Jérôme Coutant, responsable numérique de la Société du Grand Paris (SGP) a exprimé sa satisfaction et sa surprise d’avoir reçu « un gros millier de pages, 115 contributions émanant de 170 organisations publiques, privées et associatives », suite à l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en décembre 2013. Avec un résultat encore plus ambitieux qu’imaginé : « L’infrastructure numérique sera une sorte de moelle épinière de ce que serait la métropole du Grand Paris », estime Jérôme Coutant. Les postulants sont des acteurs du numérique, des transports et de la ville, avec une forte présence de ces derniers « au travers d’utilities et autres qui présentent des choses très pertinentes ». Il est l’heure pour la SGP d’en tirer les premiers enseignements.

L’une des plus grosses difficultés ? Prévoir les services qui seront adulés par la génération C… dans dix ans, quand roulera le métro automatique. Et « l’angoisse du créateur, c’est de rater sa cible en travaillant sur un objet qui devient obsolète avant d’être totalement déployé », rappelle Didier Bense, membre du directoire de la SGP. Un des moyens de contourner l’obstacle : prévoir un socle d’infrastructures évolutives et garder des espaces en friche. Et déjà, la SGP a pu « alimenter le travail des maîtres d’œuvre dans les tunnels et locaux techniques, prévoir les espaces techniques », précise Didier Bense. Au programme : ultra haut débit, data centers et espaces de coworking. Un sujet en tout cas a grandement mobilisé les startuppers et autres entrepreneurs : la gare. Les 57 gares nouvelles seront tout sauf des hubs ! Elles ne devront pas être des lieux de passage, mais des lieux où « travailler, innover, coworker, des living-labs ».

Quelques exemples de propositions : la gare devient le cerveau de son quartier (Schneider Electric) ; utiliser les données du mobile et le crowdsourcing pour que le voyageur connaisse la composition et la fluidité des rames (Orange) ; un système d’aide au déplacement pour les malvoyants (Inria) ; sélectionner ses achats et trouver son panier à sa dernière station (IBM)… Finalement, le but est aussi que le voyageur puisse rester connecté en haut débit tout au long de son parcours. « Grâce à une gestion intelligente de la bande passante, on assurera une vraie continuité, dans la rue, en aérien, en souterrain. On pourra ainsi écouter la radio ou regarder la télé dans la perfection et en continuité », prédit Pierre Bellanger, le PDG de Skyrock.

Assez paradoxalement, on espère que le numérique permette que « la mobilité réelle redevienne un objet de plaisir et de désir autant que le fait de naviguer dans le monde virtuel, et non une contrainte », a conclu Philippe Lemoine, président de la Fondation Internet nouvelle génération (Fing). Il faut donc impérativement que le temps du déplacement soit « du temps actif, utile, choisi », énumère Philippe Yvin, président du directoire de la SGP. Et alors que le Grand Paris Express (GPE) sera outre un moyen de transport performant, « un canal d’irrigation numérique des 163 communes desservies et 160 000 emplois » localisés à proximité, la SGP a identifié « 250 points de sortie possibles de la fibre optique ». Cependant, dans les prochaines semaines, elle engagera le travail finalisant le cahier des charges pour la partie génie civil (fibre, réseaux mobiles, data centers), puis définira, avant la fin de l’année, la forme juridique la mieux adaptée pour concevoir, mettre en œuvre et exploiter le réseau numérique et les services. Au même moment, elle mettra à disposition un premier jeu de données sur le GPE.

« Nous lancerons un programme de soutien à l’innovation et à l’expérimentation », a aussi annoncé Philippe Yvin. D'ailleurs, des locaux viennent d’être loués à Saint-Ouen au cœur d’un écoquartier en construction pour y loger le futur laboratoire d’expérimentations numériques. Enveloppe que la SGP prévoit d’investir dans le numérique ? 30 à 40 millions d’euros, avait précisé Jérôme Coutant au lancement de l’AMI.

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