Votre panier est actuellement vide !
L’industrie ferroviaire russe touchée par la crise ukrainienne
On parle beaucoup à propos de la crise ukrainienne de pétrole, de gaz, d’armement ou de coupe du monde de football… Pas de ferroviaire. Cependant, pour les Européens…
et notamment les Français, la Russie, troisième marché ferroviaire mondial après les Etats-Unis et la Chine, était jusqu’à présent extrêmement prometteuse. Officiellement, rien ne change, et Alstom Transport, interrogé sur d'éventuels effets de la crise, se contente d'une réponse prudente et calibrée : « Alstom confirme que la crise ukrainienne n'aura pas d'impact sur l'activité d'Alstom en Russie. Elle continue à collaborer avec ses partenaires sur le marché russe. »
Certes. Mais si on essaye d'entrer un peu plus avant, on voit sans en être surpris que la crise aura des conséquences. Ancien patron d’Alstom pour la CEI, Bernard Gonnet coordonne aujourd’hui les activités de la Fédération des industries ferroviaires (FIF) en Russie. L’activité ferroviaire y est « tellement structurante qu’on ne peut tout faire dépendre de la crise » juge-t-il. Ce qui ne l’empêche pas d’identifier certains effets. Certains sont dus aux liens industriels très étroits entre l’Ukraine et la Russie. Environ un tiers des fournitures ferroviaires russes provient d’Ukraine, héritage de l’ancienne division internationale du travail de l’époque soviétique. Et la plus grosse usine de locomotives diesels ukrainienne, située à Lougansk, ville au cœur du conflit, vendait jusqu’à présent 80% de sa production à RZD, les Chemins de fer russes. De ce fait, TMH, le partenaire stratégique d’Alstom Transport en Russie, se reconfigure pour prendre le relais de l’industrie ukrainienne, qui risque, pour sa part, de se retrouver sans client. Dans l’aéronautique aussi, les liens sont importants et l’énorme avion de transport, l’Antonov AN-225 Mriya (rêve, en ukrainien) est un produit de l’industrie ukrainienne.
Autre répercussion industrielle et ferroviaire du conflit, cette fois entre Russes et Nord-Américains. L’accord entre UralVagonZavod, Caterpillar et Bombardier pour la construction de locomotives diesels a été stoppé par les Russes début septembre. Décision qui peut relever d’une rétorsion aux sanctions occidentales mais qui peut aussi bien être une conséquence directe de l’aspect financier des dites sanctions. A quelque chose malheur est bon et TMH, partenaire d’Alstom, pourrait tirer parti de l’élimination d’un concurrent… D’autant que les Français, remarque Bernard Gonnet, avaient conservé jusqu’à présent une bonne réputation auprès des Russes, tant qu'ils avaient décidé d’honorer la commande des deux bâtiments de projection et commandement Mistral. La décision prise le 3 septembre par le chef de l’Etat de surseoir à la livraison ne va peut-être pas trop détériorer la situation, la position prudente des Français (on repousse pour l’instant d’octobre à novembre la livraison du premier Mistral) laissant la porte ouverte à un rabibochage.
Les besoins de la Russie en grands équipements sont énormes et bien identifiés. Ils ne concernent pas trop la grande vitesse dont on parle souvent mais qui n’avance pas. Le projet Moscou – Saint-Pétersbourg a été supplanté pour des raisons politiques (ou d’aménagement du territoire) par Moscou – Kazan – Ekaterinbourg. Les Russes ont donc renoncé à une ligne reliant les 14 millions d’habitants de Moscou et les 6 millions de Saint-Pétersbourg au profit d’une ligne vers des villes de l’est bien moins peuplées… et pour l’instant rien ne se fait.
Les vrais besoins, qu’on ne peut plus tellement repousser, concernent les déplacements urbains, particulièrement à Moscou, où la congestion automobile est insupportable et où il faut à la fois construire des métros, des tramways, et des trains régionaux.
Le développement du fret ferroviaire s’impose enfin comme une évidence, rappelle Bernard Gonnet, à la différence de l’Europe occidentale. Le transport par camion est hors de question sur des très longues distances et du fait de l’hiver russe. Il y a donc un potentiel de développement très important, dont le symbole le plus connu est la ligne BAM.
Problème, l’économie fléchit. Après 4,5% en 2010, 4,3% en 2011, 3,4% en 2012, la croissance n’a été que de 1,3% en 2013. On attendait le même chiffre en 2014 mais du fait de la crise ukrainienne le FMI en juillet ne tablait plus que sur 0,2% pour l’année. Le pays est même entré en décroissance. Quant à l’inflation, elle grimpe et dépasse les 7%.
Toutes ces incertitudes conduisent certaines entreprises françaises tentées par le marché russe à se demander si elles doivent ou non persévérer. Innotrans, le salon ferroviaire de Berlin, devrait au moins, espère Bernard Gonnet, permettre de resserrer les contacts.
Laisser un commentaire