Grand Paris. Le prolongement d’Eole en difficulté

Parmi les décisions du comité interministériel que préside Manuel Valls aujourd’hui, on attend notamment celle… concernant le prolongement d’Eole à l’ouest. Un projet dont la convention de financement n’est toujours pas bouclé. Or, certains articles de presse, vendredi dans Les Echos, ou dimanche dans le JDD, ont inquiété les partisans du projet. Les deux journaux ont en effet insisté sur « l’explosion »  des coûts d’Eole. Le JDD affirmant même : « le prolongement d’Eole a l’ouest aurait du plomb dans l’aile ».

On ne s’attend pas à l’annonce claire du report d’un projet confirmé par le Premier ministre dans une communication du 9 juillet portant sur le Grand Paris. Mais on pourrait ne plus trop s’empresser  à faire aboutir le dit projet. De fait, le prolongement est passé de 2 milliards d’euros à 3,3 milliards. Mais c’est une vieille affaire, et le fait qu’elle ressorte ne semble pas dû au hasard. Le coût du prolongement d’Eole avait été établi en 2009, dans le plan de mobilisation de la région, à 2 milliards environ. Mais le chiffre ne tenait pas compte  de divers équipements d’exploitation (ateliers ou dépots), ni de tous les coûts  de la  gare de La Défense sous le Cnit, particulièrement complexe techniquement.  Les coûts ont depuis été intégrés dans le projet, tellement même qu’on était arrivé à une facture  de 3,7 milliards d’euros, qui avait fait bondir le Stif. A sa demande, les coûts avaient été réexaminés  et l’on était parvenu au moment de l’avant projet en 2013, à 3,3 milliards d’euros, enveloppe qui n’a pas bougé depuis.

Le projet, déclaré d’utilité publique en février 2013 et parvenu au stade de l’avant projet, pouvait donc suivre son cours, d’autant que la région en a toujours fait une priorité. Les appels d’offres ont été lancés, l’un pour le matériel roulant et l’autre pour une nouvelle signalisation, dite Nexteo. Le matériel roulant doit être d’un nouveau type, puisqu’il s’agira d’un RER 2N de nouvelle génération.  Et c’est là que tout se complique. La SNCF et le Stif ont été « traumatisés » par la mise en service calamiteuse de la NAT (Nouvelle automotrice Transilien)—même si au bout du compte le train de Bombardier aujourd’hui en service, mieux connu sous le nom de Francilien, est un succès. Aussi ont-ils eu recours, à l’initiative de la SNCF, à un nouveau type d’appel d’offres, censé éviter les déboires de la NAT. Le matériel, nous confie un proche du dossier, n’est plus techniquement jugé selon une appréciation globale, mais selon les réponses fournies à 4500 niveaux de performance. Un premier appel d’offres a été annulé à la demande des industriels, les dits niveaux de performance ne pouvant être atteints partout. Ces niveaux ont été abaissés depuis, et trois réponses ont été apportées : Alstom-Bombardier ensemble, Siemens  et CAF. Mais la procédure semble tellement complexe qu’il va être extrêmement difficile de satisfaire à l’appel d’offres… Depuis cet été, dans les diverses réunions entre les autorités de transport de la région et la SNCF/RFF, on sent, selon Pierre Serne, vice-président du conseil régional, «  un moindre empressement » de la SNCF/RFF sur le prolongement d’Eole. Pierre Serne remarque de plus qu’à la différence du prolongement de la ligne 11 du métro parisien, fortement soutenu par les élus, Eole semble aujourd’hui moins porté.  La grande difficulté politique, cela a toujours été le peu de soutien au conseil du Stif des élus de Paris à un projet concernant surtout la banlieue.  Pierre Serne espérait, avec l’arrivée d’un élu EELV aux transports à la mairie de Paris, Christophe Najdovski, une attitude plus ouverte aux besoins des balieusards. Mais, une fois de plus, on se heurte aux problèmes de financement. La grande affaire de la mairie de Paris, ce sont les 400 millions qui manquent à son budget. Un trou qui conduit les élus parisiens à se montrer beaucoup moins généreux  qu’auparavant au conseil du Stif dans leurs co-financements… Et Pierre Serne reconnaît qu’on entend assez souvent évoquer l’idée d’un phasage dans le prolongement d’Eole.  On ne renoncerait pas au prolongement. Mais on pourrait remettre à plus tard le plus coûteux, le tunnel Saint-Lazare – La Défense, et commencer par les travaux d’amélioration de la ligne classique, et régler en priorité les énormes difficultés d’exploitation du Mantois.

Eole est loin d’être le seul projet que le Premier ministre et les ministres concernés vont traiter dans le Comité interministériel de ce lundi. On s’attend à une accélération des prolongements des lignes 14 au sud, ainsi que  des tronçons communs des lignes 16 et 17 de Saint-Denis Pleyel jusqu’au Bourget RER, de la ligne 17, du Bourget RER jusqu’à Roissy CDG, de la ligne 18 jusqu’à Saclay. L’ensemble devrait être prêt en 2024,dans la . perspective, pense-t-on d’une candidature française soit aux Jeux olympiques de 2024, soit à l’Exposition universelle de 2025, dont on parle de plus en plus. Mais ces diverses accélérations avaient déjà été annoncées par Manuel Valls dans sa communication du 9 juillet sur le Grand Paris. La question à régler, c’est comme toujours la ressource. Le gouvernement n’avait finalement pas voulu d’une taxe sur les nuits d’hôtel fléchée sur les transports et permettant de dégager 140 millions par an. Mais il s’était engagé à dégager une ressource équivalente. Ce pourrait être réglé par un amendement gouvernemental au projet de loi de finances, mettant en place un  panier de ressources, en partie issue des parkings.

Autre grande affaire du Comité interministériel, le logement. Le Premier ministre doit annoncer, selon le JDD « cinq sites prioritaires à fort potentiel de construction de logements », sur une vingtaine de sites identifiés, dont le site du journal donne la liste. La visite faisant suite cet après-midi au Comité interministériel devrait  illustrer  ce volet. Elle a lieu à Créteil l’Echat, future gare du Grand paris en correspondance avec la ligne 8 du métro parisien. Le maire PS de Créteil, Laurent Cathala, a confié à la SGP le soin d’aménager le site autour de la gare avec l’Agence technique et foncière de la région parisienne (AFTRP).

Mais le principal sujet que va examiner Comité interministériel doit être le projet de réécriture de la loi Maptam, créant la Métropole du Grand Paris. Les élus de la mission de préfiguration ont voté un projet qui ne va pas du tout dans le sens de ce que souhaitait le gouvernement. La ligne blanche à ne pas franchir, c’était de doter les futurs territoires de ressources propres. C’est pourtant ce qu a été voté par la plupart des élus, ralliés, depuis Anne Hidalgo jusqu’à Patrock Ollier, à une solution mise au point par Giles Carrez, député UMP, rapporteur général du budget et orfèvre en grand Paris, certaines taxes allant à la métropoles et d’autres aux territoires… Un sujet si complexe et si sensible  qu’on ne s’attendait pas à ce qu’il soit définitivement tranché ce lundi.

 

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