Le Cese appelle à la création d’un Airbus de l’e-mobilité

Le numérique investit tous les secteurs. Les transports et la mobilité n’y font pas exception. Et pour leur plus grand bien. Mais alors que les projets foisonnent, sans cohérence d’ensemble, comment favoriser l’émergence d’initiatives utiles aux voyageurs ? C’est la question que s’est posée le Conseil économique, social et environnemental (Cese) qui, dans un avis voté le 14 avril, recommande de « viser la mise en place d’un Airbus de l’e-Mobilité », explique Olivier Marembaud, corapporteur avec Bruno Duchemin de cet avis sur la révolution numérique et les évolutions des mobilités individuelles et collectives.

« C’est-à-dire une plateforme européenne de services, à vocation d’information en temps réel sur la mobilité, tous modes et de porte-à-porte, avec la volonté de créer un leader européen, car l’économie numérique a vocation à construire des géants par secteur », explicite-t-il. Il en découlerait immédiatement un pass mobilité sur smartphone. Les acteurs concernés ne sont évidemment pas les seuls transporteurs. Tous les industriels, y compris automobiles, le sont aussi. De plus, la plateforme s’élargirait à une offre commerciale et de tourisme, « mais de manière non intrusive ». Le projet est techniquement à portée, seule la réglementation européenne qui interdit les concentrations serait à réviser.

Les sages de la place d’Iéna estiment qu’il faut s’organiser très vite afin d’éviter qu’un des géants de l’Internet ne capte l’ensemble du marché – à l’instar de booking ou Tripadvisor dans le tourisme et l’hôtellerie – et le transforme en galerie commerciale à son profit. Ils souhaitent aussi éviter les dérives du type Uber Pop, avec des services qui contournent la réglementation. Des convictions acquises par les membres de la section de l’aménagement durable des territoires à l’issue de quatre mois d’auditions des acteurs du secteur. Car dans le monde du digital, tout va très vite, « la révolution se refait tous les 18 mois ! », dit encore Olivier Marembaud, qui déplore une tendance à la balkanisation dans l’offre numérique de mobilité, chacun développant son petit produit local dans son coin. De plus, « l’homo digitalus est une nouvelle espèce connectée en permanence et très exigeante en matière de nouveaux services », juge Bruno Duchemin.

Le Cese préconise donc que les autorités organisatrices fixent des objectifs très ambitieux de développement de nouvelles offres de mobilité numérique dans leurs DSP. Il appelle aussi AO et opérateurs à « se mettre ensemble pour édicter des prescriptions à valeur réglementaire ». Car, demain, le voyageur ne sera plus « captif du plan de transport d’un service de transport public, estime Bruno Duchemin. Il donnera ses attentes, sans se poser la question du mode, éventuellement fournira des places de transport dans sa propre voiture, autrement dit on passe d’une offre descendante à une offre remontante ».

Le Cese cite également la voiture autonome comme « la prochaine révolution » et rappelle que Valeo et Safran ont récemment dévoilé un prototype de véhicule se mouvant grâce à un scanner laser, une caméra et une centrale à inertie. Il ne faudrait pas qu’il soit phagocyté par la Google car qui se dirige en utilisant le GPS – d’où des difficultés en tunnel – au prétexte que ses promoteurs sont « deux petites entreprises qui pèsent 15 milliards d’euros à elles deux », peste Bruno Duchemin. Un Google qui – comme Uber d’ailleurs – n’a pas daigné répondre à l’invite du Cese, en affirmant ne pas s’intéresser à la mobilité… Le géant de Mountain View serait pourtant en train de recruter un représentant pour dialoguer avec les AO !

Olivier Marembaud souhaite donc convaincre des avantages d’un montage « à la Airbus ». A savoir : utiliser le savoir-faire très pointu des start-up en y mettant de la régulation publique afin de préserver les libertés individuelles – quitte à créer une Cnil européenne –, et recourir bien sûr à des financements publics et privés. C’est peut-être bien à ce niveau-là, les moyens financiers, que le bât blesse. Suggestions du Cese : se mettre dans une logique d’appel à projets. Rappelant que « le pétrole du XXIe siècle, c’est les données », les rapporteurs, qui déplorent un manque de prise de conscience forte au niveau de l’Etat – pour preuve l’absence de ministre lors du vote de l’avis – insistent sur l’urgence à se fédérer. Avant que les Gafa* ne s’emparent du sujet, à leur manière.

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*Google, Apple, Facebook, Amazon.

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