Bruxelles planche sur un marché unique numérique

La Commission européenne, qui vise la libre circulation des données dès 2016, va se doter d’un plan qui définira des priorités en matière de normalisation et d’interopérabilité. Elle a présenté le 6 mai sa « stratégie pour un marché unique numérique ». Soit un catalogue de 16 mesures hétéroclites – on parle en vrac de rendre les livraisons de colis moins onéreuses, d’en finir avec le geoblocking, de faciliter le commerce électronique transfrontière, etc. – censées être lancées d’ici à la fin de l’année prochaine pour mieux « tirer parti de la révolution numérique ».

La commissaire aux Transports, la Slovène Violeta Bulc, a annoncé qu’elle présentera, en 2015, une proposition sur un accès « ouvert et équitable » des données de transport. L’idée n’est pas neuve – son prédécesseur en avait déjà parlé – mais elle avait un peu disparu des radars. Avec la stratégie numérique, elle revient en force, portée en plus par une commissaire qui, avec un passé professionnel dans les télécoms, y trouve un intérêt tout personnel. Les données de transports sont une mine d’informations qui pourraient être mieux exploitées pour mettre en place des systèmes d’information en temps réel et développer des solutions multimodales à la fois pour le passager et le fret.
Longtemps réticents à « partager », les opérateurs adoptent aujourd’hui un discours un peu moins dogmatique – ils n’ont de toute façon pas le choix – mais restent extrêmement prudents. « Le modèle classique du transport public est bouleversé par la révolution numérique. Les opérateurs l’intègrent désormais dans leurs offres », commente Laurent Mazille, directeur Relations institutionnelles du groupe Transdev.
Si le partage des données statiques (horaires théoriques) ne se heurte pas à trop de réticences, il en est autrement pour les données en temps réel, et encore plus pour les données commercialement sensibles comme les grilles tarifaires. La question est : jusqu’où ira l’Europe ? D’autant que si la Commission est prompte à mettre en avant les applications qui pourraient être portées par des petites start-up dans un système ouvert, les opérateurs, eux, craignent plutôt l’ogre. « La Commission ne doit pas être naïve sur les intérêts financiers que certains acteurs déjà dominants peuvent en tirer », prévient Laurent Mazille. Vous avez dit Google ?

Isabelle SMETS

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