Avec Wizway, RATP et SNCF proposent l’union nationale de la billettique

Le bonheur, c’est simple comme un coup de fil, nous expliquait France Télécom dans les années 80. Désormais, à l’heure où « le smartphone est devenu la télécommande de nos vies », selon l’expression du PDG d’Orange Stéphane Richard, l’opérateur de téléphonie mobile et ses trois alliés de circonstance – deux transporteurs et un spécialiste de la transaction sans contact – nous promettent « un voyage de porte à porte sans couture » simple comme un mobile NFC !

A l’avenir, le voyageur pourra en effet acheter, payer et valider ses tickets de transports en commun, ses billets de train, ses abonnements aux services de vélos en libre service ou voitures partagées avec son seul téléphone mobile. Et ce, potentiellement, dans toutes les villes de France. Les premières opérations se réalisant en ligne via une appli, et la validation par l’antenne NFC qui fonctionne en toutes circonstances, en particulier même si le téléphone est éteint.

Et ce ne sont pas les fameux Gafa qui sont derrière cette prouesse technologique annoncée en grande pompe le 3 décembre, mais les « Gros », (Gemalto, RATP, Orange, SNCF), ces quatre géants français, tous leaders dans leur secteur, qui travaillaient plus ou moins en secret depuis deux ans pour proposer une solution de e-ticket dite « SIM centrée ». C’est en effet la carte SIM du téléphone qui héberge les données de transports, ce qui doit ainsi lui procurer le même niveau de sécurité qu’une carte bancaire à puce. Orange ne restera pas le seul opérateur de téléphonie à proposer le service, SFR et Bouygues Telecom ayant dès l’annonce signifié leur souhait de rejoindre le consortium.

Car pour promouvoir leur bébé, les partenaires ont créé Wizway Solutions, une joint-venture où chacun est présent à 25 %, Et qui « propose une plateforme mutualisée et ouverte s’appuyant sur la norme internationale Calypso [celle adoptée par la majorité des cartes de transport sans contact en France et notamment le Navigo, NDLR], ainsi que sur la technologie NFC des téléphones mobiles », a expliqué Olivier Piou, DG de Gemalto.

Le NFC, ou Near fiel communication, en Français « communication en champ proche », est régulièrement présenté comme LA solution d’avenir déjà largement déployée en Corée du Sud (T-Money) ou au Japon. Pour autant les initiatives sont peu nombreuses en France. Seules les agglos de Nice, Caen et Strasbourg en ont fait l’expérience dans les transports avec les tags Cityzi. Ou encore Valence et Málaga en Espagne.

Si les quatre entreprises se prévalent du soutien des ministères de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, ainsi que des Transports, grâce au Plan nouvelle France industrielle, il ne s’agit pas d’un soutien financier car les développements, qui ont coûté 8 millions d’euros, somme considérée comme modique, sont sortis de leur poche. 8 millions, c’est aussi le nombre de mobiles NFC actuellement dans les poches des Français… A comparer aux 71,3 millions de cartes SIM en circulation dénombrées par l’Arcep en mars 2015.

Ainsi pour une fois, on ne pourra pas accuser nos industriels d’être à la traîne. Ils devancent la technologie. Apple, qui a fini par intégrer une puce NFC à son iPhone 6, permettant au passage de favoriser l’essor du sans-contact, serait prêt à coopérer. Car précisément la firme à la pomme n’a pas envie de se coltiner les démarches commerciales. Ces démarches que la douzaine de salariés de Wizway, dirigés par Louis Brosse, s’apprête à entamer durant toute l’année 2016 auprès des autorités organisatrices comme des transporteurs. Objectif : un déploiement grand public en 2017. Sachant que depuis trois ans, les SIM d’Orange contiennent le NFC et que plus de la moitié des téléphones proposés en boutiques sont compatibles.

Si Guillaume Pepy, président de la SNCF, a relevé « la possibilité pour les voyageurs d’avoir sur un seul support la totalité de leurs cartes de transports, ce qui rend enfin le porte-à-porte tangible », il n’a pas insisté sur le travail qui reste à accomplir pour l’utilisation ne serait-ce que dans les TER, qui comptent 1 600 tarifs différents. De son côté Elisabeth Borne, PDG de la RATP, y voit « une brique de plus qui s’ajoute à ce qu’on a pu développer ». L’Ile-de-France semble une cible prioritaire. D’ailleurs, le Stif aurait déjà marqué son intérêt.

L’observateur averti se questionne néanmoins sur l’absence de Keolis et de Transdev ? « On a travaillé avec des volontaires, rétorque Olivier Piou, DG de Gemalto. Et ne sont restés que ceux qui avaient du temps à y consacrer. » Tout en insistant sur le résultat : une offre complète, autrement dit « un écosystème avec des coûts optimisés ». Il n’empêche que chez Keolis, tout en étant filiale de la SNCF, on a aussi un produit du même type, récemment présenté sous le nom de Plan Book Ticket et en cours de commercialisation.

Quant au groupe Transdev, beau joueur, il « salue la nouvelle solution de paiement », mais ne parle pas de l’adopter. « Transdev participera à son déploiement », est-il tout de même précisé dans un communiqué envoyé une heure après la présentation de Wizway. Naturellement, on n’aura pas le choix si l’AO décide d’opter pour cette solution… « Tout en poursuivant sa propre stratégie », ajoute-t-on immédiatement. Une stratégie qui repose avant tout sur l’information temps réel et multimodale comme proposée avec l’appli Optimod’ Lyon, une sorte de GPS tous transports, capable de prévoir les bouchons une heure à l’avance ou sa déclinaison canadienne avec « Triplinx » à Toronto. Quant aux solutions de paiement, Transdev les souhaite « universelles quel que soit l’opérateur téléphonique ou le type de smartphone utilisé ». Il rappelle avoir vendu 1,5 million de M-Tickets (titres sur mobile) en 2015 dans huit réseaux.

Faut-il alors souhaiter que la multitude d’initiatives, qu’elles soient fondées sur le mobile, la carte de transport ou la carte bleue, favorise l’essor du NFC ? Barbara Dalibard, directrice générale de SNCF Voyageurs, s’est pour sa part risquée à comparer le NFC avec l’histoire du SMS : très peu utilisé quand il était lié à chaque opérateur, « mais dont le trafic a explosé quand il est devenu multiopérateur ». Dans ce cas, il est impératif que le portail devienne rapidement multitransporteur afin d’obtenir « l’effet viral » que Stéphane Richard n’hésite pas à prédire.

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