Nexteo : un système d’exploitation des trains Siemens pour Eole et l’Ile-de-France

Le 10 février, la SNCF et Siemens ont signé le contrat pour le système d'exploitation Nexteo, destiné à Eole. Le samedi précédent, Manuel Valls en inaugurant

  la gare de Rosa-Parks avait annoncé une contribution exceptionnelle de 500 millions d'euros au prolongement d'Eole à l'ouest, ce qui permet le bouclage financier prochain de l'infrastructure. Les vents tant attendus se sont levés et ils sont favorables à Eole. Nexteo, acquis pour 186 millions d'euros, doit permettre de faire passer, à 120 km/h maximum, 22 trains par heure en un premier temps au lieu de 16, puis 28 trains par heure dans le tronçon central du RER E, entre Rosa-Parks et Nanterre-La Folie.

Ce système est essentiel pour Eole d'abord, mais aussi pour le renouveau des RER en Ile-de-France. Le retrofit des rames existantes étant trop coûteux, le destin de Nexteo sera lié à celui de nouveaux trains. Certes, la commande aujourd'hui en cours d'examen de 71 rames de RER 2N NG est destinée au seul RER E. Mais cette commande, qui sera passée soit à un consortium Alstom/Bombardier soit à CAF, est la prémisse d'un renouvellement plus vaste du matériel souhaitée par la SNCF, le conseil régional et le Stif. Elle doit concerner ensuite les RER C et D, et Nexteo devrait suivre cette expansion au-delà du RER E.

Comme le nouveau train ne doit pas être choisi avant le second semestre, on se demande en quoi il y avait urgence à signer le contrat pour son système d'exploitation. C'est que le futur matériel, qui en est à son troisième appel d'offres, est en retard sur le système d'exploitation. Le contrat Nexteo « tombait » si l'on ne signait pas rapidement. De plus, on dit que les ingénieurs ne vont pas rester les bras croisés en attendant la décision sur le matériel. Les spécifications doivent être précisées. En fait c'est un système à trois industriels qui va être mis au point. Un, le futur constructeur du RER 2N NG. Deux, Siemens pour Nexteo. Trois, Alstom, pour le système dit EVC (European vital computer), ou calculateur de sécurité ETCS. Le contrat entre Alstom et la SNCF a été signé en septembre 2015. L'EVC est un calculateur de bord qui doit assurer le dialogue, d'une part entre la signalisation existante sur le réseau classique parcouru par le RER E (KVB et KVBP) et ETCS, le système de signalisation européen en cours de déploiement, d'autre part entre Nexteo et ETCS.

Essentiel. Les Spécifications techniques d'interopérabilité européennes (STI) prévoient la mise en place de l'ETCS non plus comme initialement sur le réseau transeuropéen (RTE), mais sur tout le réseau conventionnel. Or, les STI ne prévoient pas la technologie de type CBTC (en gros, système d'exploitation pour le Mass transit, dont relève Nexteo)… Il a donc fallu s'entendre avec Bruxelles pour que la commission inclue Nexteo dans la liste des systèmes nationaux autorisés, comme le dit en substance Dominique Deau, directeur du développement de Nexteo. Il faut dès maintenant prévoir la migration vers ETCS… histoire de ne pas avoir à changer un pupitre en cours de route comme on l'a fait sur Thalys pour la modique somme de deux millions par rame. Pour le futur RER londonien Crossrail, les Britanniques ont obtenu une dérogation leur permettant de recourir à un CBTC (fourni par Siemens aussi). En revanche, Thameslink, leur autre RER, en cours de modernisation (avec Automatic train operation), se passe de cette dérogation, puisqu'il est de part en part sur le réseau ferré national, et donc appelé à passer en ETCS. Les Français, pour leur part, ont donc demandé à Bruxelles, et obtenu, l'inscription de Nexteo dans une « liste B » de systèmes nationaux autorisés. Cette reconnaissance est valable, et c'est essentiel, pour l'ensemble de l'Ile-de-France. La future généralisation du système est techniquement d'autant mieux préparée que la RATP, en avance sur les questions d'automatisation, a donné un sérieux coup de main dans la mise au point de Nexteo.

Quant à Siemens, qui avait déjà fait une percée remarquable dans le métro de la RATP (automatismes des lignes 14, 1, 4), il étend ces références parisiennes à l'Ile-de-France. Cela faisait longtemps, a rappelé Guillaume Pepy, le 10 février, que Siemens délivrait à la SNCF un même message : « Nous travaillons bien avec la RATP, mais nous ne faisons rien pour le réseau ferroviaire… » La situation a changé. Il y a eu pour commencer, la livraison des trams-trains Avento pour le T4, mais cette hirondelle déjà vieille n'a fait aucun printemps, Alstom ayant obtenu par la suite un contrat-cadre pour tous les trams-trains en France. Surtout, Eurostar a acheté à Siemens 34 demi-rames e320 pour un milliard, qui « donnent pleine satisfaction », a souligné Guillaume Pepy. Et, maintenant donc, Nexteo.

Guillaume Pepy estime que les Allemands – ou d'autres industriels européens – vont aider à la relance technologique « dont le groupe SNCF a besoin ». Une SNCF qui s'affirme de plus en plus, dit son président « grande puissance exportatrice ». Il venait de parler de cette relance technologique avec son homologue de la DB, Rüdiger Grube. DB et SNCF qui, face aux besoins nationaux et aux promesses mondiales du Mass transit, mettent le cap sur l'Automatic Train Operation.

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