« Etre de plus en plus une entreprise internationale, partout chez elle »

Entretien avec Pierre Verzat, président du directoire de Systra. Ville, Rail & Transports. Andrew McNaughton est entré au comité exécutif de Systra. Quel est le sens de ce recrutement ?
Pierre Verzat. Frédéric Delorme a rejoint la SNCF. Nous avons recruté pour le remplacer un nouveau dirigeant, Andrew McNaughton, ancien CEO de Balfour Beatty. Le fait qu'il n'y ait pas que des Français au comité exécutif marque notre volonté d'être de plus en plus une entreprise internationale, partout chez elle. Je rappelle que nous employons 5 400 personnes, dont 2 200 en France. Il est donc important qu'il y ait des étrangers, mais ce n'est pas le seul critère. Le design des projets est un point fort des Français. Mais, en project managment, les ingénieries d'Europe du Nord ou des Etats-Unis ont une grande compétence. L'arrivée d'Andrew McNaughton en tant que DGA Opérations est importante pour la maîtrise des méthodes, nécessaires au pilotage de grands chantiers.

VR&T. Où en est l'ouverture du capital aux salariés ?
P. V. Nous commençons. Nous avons ouvert 1 %. 1 000 salariés sont actionnaires, par un Fonds commun de placement en entreprise. La prochaine étape est l’ouverture aux salariés de nos deux principales filiales en dehors de France, Systra India (1 000 personnes) et Ldt en Grande Bretagne (400 à 500 personnes).

VR&T. Vous avez réalisé un CA de plus de 620 millions en 2015. A quand les 800 millions ?
P. V. Nous maintenons notre cap de 800 millions de CA en 2018. Dans cet objectif, nous avons fait des acquisitions. Il ne s'agit pas d'acheter du chiffre d'affaires, mais de s'ouvrir des pays ou de se consolider là où nous sommes présents. En 2014, nous avons acquis SAI en Inde. En 2015, nous avons fait l'acquisition de Tectran au Brésil, qui est déjà dans le top 5 des ingénieries du pays en consulting. Au Royaume-Uni, nous avons acquis SIAS Transport Planners, et JMP Consultants, sociétés qui font beaucoup de consulting, de planification des transports. En Australie, nous avons acheté Scott Lister, très fort en ingénierie des systèmes. Nous avons fait encore l'acquisition en Suède de Daco Elteknik, spécialisée en signalisation. Nous continuons notre recherche de cibles.

VR&T. Dans quelles zones poursuivez-vous votre développement ?
P. V. L'Asie continue à se développer. En Malaisie, ou en Indonésie, par exemple, nous avons vendu 120 km de viaduc. Nous avons également gagné de nombreux contrats dans des villes indiennes pour accompagner le développement du transport urbain. La longue histoire entre Systra et l’Egypte continue : nous venons de remporter un nouveau contrat pour le prolongement du métro du Caire. Nous investissons par ailleurs dans notre filiale britannique : le besoin en transport public combiné au vaste plan de modernisation de son réseau, en font un marché des transports urbains et ferroviaires à fort potentiel.
Dans les pays dépendant du pétrole, en ce moment, c'est plus compliqué. Certains pays arrêtent des projets. C’est le cas notamment de l'Algérie qui a arrêté net son programme de tramways, et notre projet de JV avec le métro d'Alger, ou d’Azerbaïdjan, ou même du Brésil.
Dans les pays de la péninsule arabique, la situation est contrastée. Dubaï ne dépend pas du pétrole et continue, Doha continue aussi. En Arabie saoudite, le métro de Riyad se poursuit mais les projets de La Mecque, Médine, Djedda sont arrêtés.

VR&T. Et en France ?
P. V. Nous sommes très présents dans le Grand Paris, où nous avons remporté en début d'année la maîtrise d'œuvre de la ligne 15 Ouest. Il y a aussi de grands projets comme la rénovation du métro automatique de Lyon, ou Aerospace Express, la ligne 3 du métro de Toulouse.
La France représente aujourd'hui 45 %. Notre objectif, du fait de la croissance à l'international, c'est qu'elle représente à terme 30 %, avec le même volume.

VR&T. Pas facile de maintenir le même volume en France !
P. V. Nous comptons sur les nouveaux projets, mais aussi sur la rénovation du réseau ferroviaire, ou encore sur le digital et les transports innovants.

VR&T. Vous vous intéressez au système de transport ultrarapide Hyperloop. Surprenant ?
P. V. Nous n'avons pas pris de capital dans Hyperloop One, nous sommes partenaires techniques, notamment pour des études de faisabilité, pour la Russie, ou des pays du Moyen-Orient. Nous allons également travailler sur les études de sûreté. En tant que leader mondial de la conception des infrastructures et systèmes de transport, participer à ce projet qui peut révolutionner les transports de demain nous est apparu comme une évidence. Nous pensons que faire par exemple, Dubaï – Abu Dhabi en cinq minutes, ou encore relier les centres-villes à leur aéroport en quelques minutes, cela peut avoir du sens.

Propos recueillis par François Dumont
 

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