Une chapelle pour les fidèles du Grand Paris

La chapelle de l’ancien couvent des Récollets était bondée. Mercredi 5 avril, à la Maison de l’Architecture en Ile-de-France, la SGP lançait son cycle de conférences, les Architectes du Grand Paris Express. Chaque premier mercredi du mois, les architectes présenteront leurs projets de gares. Premiers à plancher devant un public pour l’essentiel très jeune : Elisabeth de Portzamparc, Philippe Gazeau et, pour l’agence Scape, Ludovica di Falco.

On n’a pas échappé aux charmants petits travers des architectes, qui aiment parfois décrire leurs projets à l’aide d’images moins rares qu’ils ne semblent le croire ou de concepts déjà polis par les années. Ludovica di Falco baptise les futures salles de la gare de Bondy des stanze, soulignant que le mot italien désigne la salle et la strophe. C’est un lieu commun depuis Dante. Au moins est-il beau. Cela fera-t-il de sa gare un poème ? Espérons-le. Elle promet des matériaux doux et chaleureux, et compte utiliser des briques faites, naturellement, de matériaux recyclés. Cela tombe bien, l’un des lauréats du récent appel à projets de la SGP sur la gestion des déblais propose cette technique. La solution conduira les matériaux de l’enfer du déchet au paradis mobile et lumineux du Grand Paris Express.

Au Bourget, Elisabeth de Portzamparc souhaite « produire une signalétique inconsciente ». Le voyageur sera naturellement guidé là où il veut aller. Programme maintes fois exposé depuis bien des années. Souhaitons qu’il soit réalisé. Elle promet une gare conçue, certes, d’abord pour le Grand Paris Express mais assez flexible pour abriter au fil du temps les autres moyens de transport. La gare sera « total-flex ».

Quant à Philippe Gazeau, il annonce, à Fort d’Issy-Vanves-Clamart une véritable plongée dans le monde souterrain. L’espace sera piranésien, image que l’on récusera pas, pour l’avoir utilisée. Gazeau souligne le contraste avec la gare plus petite de Villejuif-Aragon, que signalera dans la ville une halle vitrée.

Des gares et non des stations, chacune dotée de sa personnalité, selon le lieu, selon la ville. C’est depuis le début le choix de la SGP, qui va donner au Grand Paris Express une allure nouvelle, différente du métro classique. Au-delà des gares, il y a une idée que Philippe Gazeau expose inlassablement. Fermer le périphérique aux voitures et l’habiter enfin. Aucune autre métropole, souligne-t-il, n’a eu l’idée de bâtir un « égout à voitures » si près du centre : 5 km de Notre-Dame ! Une fois le périph revisité, les pénétrantes A4 et A6 sont promises à un avenir peu radial, plus radieux : piétons, végétation, habitations. Gazeau voudrait que le périphérique soit prêt pour les JO. On peut en douter, d’autant que le projet n’est pas sorti des cartons… A suivre. En tout cas, alors que les politiques en campagne font peu rêver (mais parfois cauchemarder), au moins, les images que présente Philippe Gazeau, Elisabeth de Portzamparc ou Ludovica di Falco donnent envie d’y être. Vivement demain ! On ne se le dit pas tous les jours.

Cette effervescence – au moins ce frémissement – donne raison à Philippe Yvin, le président du directoire de la SGP. Sa conviction est faite : après Haussmann et les grandes percées, après Delouvrier et les villes nouvelles, la capitale vit sa troisième grande révolution urbaine. Le Grand Paris a traversé victorieusement une alternance politique, de Sarkozy à Hollande. Il est à l’abri de prochains aléas électoraux. Le projet fait l’objet d’un consensus, exception faite, remarque-t-il, d’un seul parti qui veut l’arrêter (parti qu’il ne nomme mais qui n’est tout de même pas le plus mal placé). La DUP de la ligne 18 signée le 28 mars a dû conforter Philippe Yvin dans ses certitudes. Le réseau tout entier est maintenant d’utilité publique. Et c’est le réseau tout entier qu’il faut selon lui réaliser pour en tirer les bienfaits.

Un signe parmi d’autres, au-delà des Récollets, de l’engouement suscité par le projet grand-parisien : le succès de l’appel à idées « Inventons la métropole du Grand Paris ». Lancé au pavillon Baltard de Nogent, dans la foulée du « Réinventer Paris » d’Anne Hidalgo et Jean-Louis Missika, il a reçu quelque 400 propositions pour les 57 sites retenus et va mobiliser 6 milliards d’euros d’investissements, soit 1 % de la richesse produite chaque année dans la région. De quoi densifier l’espace compris entre le périphérique et l’A86. Lauréats à la rentrée.

F. D.

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