La vidéosurveillance est-elle vraiment efficace contre la délinquance ?

Souriez, vous êtes filmé ! En 2004, seuls 40,8 % des bus, métros et tramways étaient équipés de caméras en France (hors SNCF et RATP), selon l’Union des transporteurs publics et ferroviaires (UTP). Les attentats survenus en juillet 2005 à Londres ont déclenché leur déploiement à grande échelle. Deux mois plus tard, Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur à l’époque, présente un projet de loi antiterrorisme dont l’un des volets autorise leur développement massif dans les transports en commun. Cette loi est adoptée dans la foulée, fin 2005. Aujourd’hui, pratiquement 70 % des transports collectifs sont équipés de caméras de surveillance. Et l’Etat ne souhaite pas en rester là. Selon la lettre d’information professionnelle sur la vidéosurveillance de l’Association nationale des villes vidéosurveillées (AN2V), Nicolas Sarkozy, désormais président de la République, souhaiterait que le projet de loi d’orientation et de programmation pour la performance de la sécurité intérieur (Loppsi II) prévoit des moyens pour l’Etat d’imposer des caméras dans les villes où les maires sont réfractaires à la vidéosurveillance. Le débat parlementaire de ce texte a été reporté à 2010.

Une aide de 20 millions d’euros

En attendant, François Fillon a présenté, le 2 octobre dernier, le plan de prévention de la délinquance réclamé quelques mois plus tôt par l’Elysée. Une aide de 20 millions d’euros va être débloquée « pour aider les communes qui sont les principaux acteurs de la mise en œuvre des systèmes de vidéoprotection », a indiqué le Premier ministre. L’Etat veut déployer cet outil de façon conséquente en 2010, parce que « l’action policière ne peut suffire à elle seule à faire reculer la délinquance de façon durable », a souligné François Fillon. Mais difficile de mesurer l’efficacité de la vidéosurveillance. L’Observatoire national de la délinquance (OND) n’a, pour le moment, évalué qu’une fois la délinquance dans les transports en commun, et uniquement dans le périmètre de l’Ile-de-France. Cette étude, publiée en décembre 2008, se base sur les 20 000 plaintes collectées en 2007 par le Service régional de la police des transports (SRPT). Elle montre que la majorité des infractions dans les transports collectifs sont des vols, la plupart perpétrés sans violence (69,2 %). Les portables font le plus souvent l’objet de la convoitise des cleptomanes, suivis de près par les cartes bancaires, les papiers d’identité et l’argent liquide. Les victimes sont en majorité des hommes et des jeunes. Un tiers des plaintes font référence à la tranche horaire 17h-21h. L’Observatoire national de la délinquance dans les transports (ONDT), créé par arrêté en juillet 2008, a pour mission de fournir des audits plus précis sur les phénomènes de délinquance. Objectifs : mieux les prévenir et mettre en place des mesures de sécurité adaptées.

Trop d’infos tue l’info

Si les rues de Paris sont encore peu surveillées, son sous-sol est truffé de caméras. Arrivée à la RATP dans les années 80, la vidéo sert d’abord d’aide à l’exploitation. Elle permet, par exemple, au conducteur de contrôler le quai avant d’enclencher la fermeture des portes. « Ensuite, elle s’est étendue à la gestion des flux dans les stations, à la sécurité et à la supervision des équipements », explique Jacques Laffay, du département de la sécurité de la Régie. Aujourd’hui, dans les couloirs du métro parisien, 8 000 caméras fournissent des images en temps réel au poste de commandement sécurité, qui fonctionne en parallèle avec celui de la police régionale des transports. Quant à la vidéo embarquée, elle équipe 4 200 véhicules de la Régie et représente plus de 20 000 caméras. Un seul train TER comporte 140 caméras. Alors, à raison de 72 heures d’enregistrement conservées par appareil, « cela fait des quantités énormes d’enregistrement, souligne Jacques Laffay. Comment retrouver par quelle caméra tel individu est passé ? C’est extrêmement compliqué ».  D’autant plus que 10 millions de voyages sont effectués sur le réseau chaque jour. « Trop d’infos tue l’info », commente Dominique Legrand, le président de l’AN2V. Mais si cela reste complexe pour une grande ville comme Paris, « c’est parfaitement gérable dans de plus petites municipalités ».

Pas une solution miracle

A Grenoble, par exemple, la Société mixte des transports de l’agglomération grenobloise (Semitag) dispose de 1 619 caméras embarquées dont l’enregistrement est conservé 96 heures. Tous les bus et tramways sont équipés depuis juillet 2009. L’installation de la vidéo en « loge tram », c’est-à-dire couvrant le champ de vision du conducteur, a permis de diminuer de façon significative les jets de pierre et donc les bris de vitres, fléau de la préfecture de l’Isère. En 2008, le vandalisme dans son ensemble avait coûté 320 000 euros à la municipalité. Si le caractère dissuasif des caméras permettra certainement d’alléger la facture, l’installation du système de surveillance reste onéreuse pour la ville, avec un coût total de 120 000 euros, la moitié ayant été prise en charge par le Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD). Alain Aichoun, responsable service contrôle, sécurité et prévention de la Semitag, ne croit pas que la vidéo puisse être la solution miracle à la délinquance, « il faut impérativement allier moyens techniques et humains ». Même sentiment pour Florent Montillot, pour qui « la vidéosurveillance est un dispositif qui fonctionne à condition qu’il soit servi par l’humain et au service de l’humain ». Néanmoins, l’adjoint au maire d’Orléans délégué aux questions de prévention et de sécurité « n’imagine pas qu’au XXIe siècle on ne [l’]utilise pas ». Pour lui, c’est un élément « incontournable ». Dès 2001, l’ensemble des tramways de la préfecture du Loiret étaient équipés. Aujourd’hui, tous les bus le sont également. La ville a vu diminuer les dépôts de plainte de moitié sur les lignes de tram depuis huit ans. Uniquement grâce à la vidéosurveillance ? Pas seulement en tout cas. L’agglomération, sous l’impulsion de Florent Montillot, a mis en place une police de proximité des transports intercommunale. Mais selon l’adjoint au maire, la vidéosurveillance est dissuasive, notamment grâce à l’inscription « sous vidéosurveillance », obligatoire sur tous les sites filmés.
 

Louise ALLAVOINE