Ligne H : une batterie de nouveaux services dans le sillage de Francilien

Voici quelques années, la ligne H, avec des taux d’irrégularité de 12-13 %, était l’une des plus mauvaises, voire la pire, du réseau Transilien. Il faut bien reconnaître qu’elle cumule les handicaps, avec notamment le matériel le plus ancien, une trentaine d’années de moyenne d’âge, et le plus hétérogène : cinq types de matériels – RIB, 6100, 20500, 20900, VB 2N –, soit des rames à un ou deux niveaux, dotées ou non de l’équipement à agent seul, tractées ou non. D’où une réelle difficulté à obtenir un entretien performant. C’est pour toutes ces raisons que cette ligne a été choisie pour accueillir les nouvelles rames du Francilien. La première sera mise en service le 13 décembre, la deuxième déjà livrée servant à la formation des conducteurs. Le terrain avait été préparé. Malgré la vétusté du matériel, les résultats en termes de régularité se sont déjà nettement améliorés, plaçant la H en première position des 14 lignes Transilien en 2007, avec 93,4 % de trains à l’heure en pointe, puis en troisième position en 2008, avec 91,4 %, derrière la N et la E à 93,3 %. Elle revient de loin puisque c’était le plus mauvais score des lignes Transilien en 2001, avec 86,2 % de trains à l’heure. Pour Frank Gervais, directeur de la ligne, cette très nette progression tient aux performances du Technicentre de Joncherolles, permettant une meilleure fiabilité et disponibilité du matériel. Et puis, les roulements sont plus « robustes », il y a davantage de maintenance préventive sur les infrastructures, en particulier sur les « zones critiques » comme entre Paris-Saint-Denis et Epinay. La présence de la Suge a été renforcée de 5 % par an, des médiateurs sociaux interviennent, tout comme des « régulateurs de flux » gare du Nord, pour empêcher l’obstruction des portes aux heures de pointe. Tout un ensemble de « petites choses » qui fait déjà la différence. Parallèlement, la H se classe seconde en termes de qualité de service, prenant en compte la régularité, l’information… Ce 8 décembre, elle devrait d’ailleurs être certifiée Afnor. Et pourtant, Frank Gervais le reconnaît : « Les clients n’étaient pas satisfaits, ils estimaient que les choses n’avaient pas assez changé. L’arrivée du Francilien doit permettre une traduction simultanée de ces améliorations auprès des clients, là où la mauvaise qualité du matériel masquait le reste. » Dans trois ans, l’ensemble des branches de la ligne devrait être équipées de matériel Francilien. Et ses responsables misent sur une régularité de 95 %, « même si deux tiers des incidents sont dus à des causes externes. Nous pensons pouvoir rattraper les retards pris sur la ligne. » Pour le directeur de ligne, l’arrivée de ce matériel sur un terrain déminé doit permettre de capitaliser rapidement sur l’ensemble des progrès de fond. A condition de ne pas s’arrêter là. « Le matériel est nouveau, révolutionnaire, mais au service de quoi ? Comment accompagne-t-on son arrivée ? Ce sera avec des services humains, l’aménagement des gares. » « Cela doit devenir la ligne du futur. » Patron de la SNCF, Guillaume Pepy explicite la démarche : « Franck Gervais est parti du cahier des charges donné par l’autorité organisatrice et par nous. C’est, en résumé : est-on capable en Ile-de-France de faire, la vitesse en moins, un niveau de qualité de service qui ressemble à celui du TGV ? Il est reparti de tous les éléments du service et les a tous retravaillés. » Un « bouquet » de 50 actions a été établi afin d’accompagner l’arrivée du Francilien. Très concrètes, elles se déclinent au tour de cinq thèmes. Voici les principales.

L’info d’abord
Sur les quais et en gares, les écrans d’information des voyageurs sont remplacés. Plus esthétiques et plus lisibles, ils peuvent être pilotés à partir du centre opérationnel Transilien, centre unique qui peut donner simultanément une même information à bord et sur le quai. En cas de perturbation, une prise de parole « spécifique et attentionnée » est prévue en permanence, en particulier dans les « points infos » des gares. Un flash info va aussi être proposé, toutes les 15 minutes pour informer sur la fluidité des circulations ou les travaux en cours. Des afficheurs lumineux sont également prévus aux guichets.

Ambiance, ambiance
Outre la signalétique, les gares sont rénovées, y compris les « petites », les lointaines, où sont installés des abris, avec davantage de places assises… La vidéo-protection va progressivement être déployée en gares, celles de Deuil et Epinay d’ici la fin de l’année. Et puis, dans un premier temps sur Paris – Luzarches – Persan, une « nouvelle ambiance » est déclinée soignant le visuel, les lumières, les équipements clés… Des diffuseurs de parfum seront même mis en place dans certaines gares. Tout cela doit en faire « la plus belle ligne d’Ile-de-France ».
Initiative originale, expérimentée mi-novembre, Voyager ensemble vise à regrouper des gens autour de thèmes précis. « Le train va concurrencer Facebook avec un outil de mise en relation », s’amuse Franck Gervais. Une semaine par mois, on pourra se retrouver à des points de rendez-vous indiqués sur des quais – avec distribution de stickers roses et verts pour se reconnaître, en gares de Domont, Montsoult, Bouffémont – pour un voyage « thématique. » Des thèmes chaque fois renouvelés constituant un sujet de discussion commun : les bons plans pour les cadeaux de fin d’année, la préparation du jardin avant l’hiver, les cuisines de Noël dans le monde, les sorties pendant des fêtes et, demain peut-être, les mangas ou les fans d’X Files…

Défibrillateurs, massages et tenues Lacroix
Ce sera la première ligne d’Ile-de-France à être équipée, de Paris à Luzarches, de défibrillateurs dans toutes ses gares. Et la première à recevoir, pour ses agents, les nouvelles tenues grises avec bande carmillon signées Christian Lacroix. Le service Accès plus, pour la prise en charge des personnes à mobilité réduite, sera mis en place dans quatre gares d’ici à la fin de l’année, quatre de plus dans les deux ans. Des bornes Internet dédiées à l’intermodalité permettront, en gare du Nord et d’Ermont, de connaître toutes les « solutions transports », tous les services pour se rendre à la gare, tous les horaires… Enfin, nouveauté à tester : un espace massages gratuit sera ouvert gare du Nord de 16h à 19h tous les premiers mardis du mois.

Vert sur toute la ligne
Un « bilan carbone » de la ligne est en cours pour comparer son « empreinte carbone » avant et après l’arrivée du Francilien. Côté promesses concrètes : huit fois moins de consommation d’éclairage, 20 % d’économies pour la climatisation et le chauffage. De quoi inciter à une remise à niveau comparable en gare. Le tri sélectif est mis en place sur toutes les gares avec des collecteurs de piles. L’arrivée en vélo est privilégiée. Un éco-comparateur prenant en compte tous les critères, de la consommation aux déchets en passant par l’entretien du matériel, sera proposé sur le site Transilien. Il y a également la mise en œuvre du covoiturage, dans trois gares dès le démarrage, cinq autres d’ici à la fin de l’année, avec des marquages pour signaler les espaces de stationnement qui lui sont réservés. Le site Internet est conçu pour favoriser ces rencontres. Et puis, un test sur l’impact de l’entretien des rames en cours de parcours est actuellement effectué entre Saint-Denis et Sarcelles. Enfin, un « Ecolabel gares » en fonction des résultats sera attribué en 2010. Avec les « corridors écologiques », il s’agit enfin pour la mairie de racheter à RFF des espaces, souvent en friches, pour les valoriser par des cultures, des aménagements paysagers.

Sauter sur son vélo, prendre le bus…
Pour chaque gare, des abris à vélos seront protégés et vidéo-surveillés. Quant à la correspondance garantie, entre dernier train et dernier bus, elle est effective sur Domont et Persan et sera progressivement étendue. Et puis, les « substitutions routières », nécessaires notamment pour permettre des travaux, seront « mises en qualité » avec un régulateur de flux routiers, un repérage du trajet par les conducteurs de bus…
 

Pascal GRASSART