Le gouvernement annonce sept milliards pour le ferroviaire

Exit le terme “plan”.?Le gouvernement parle d’un “engagement national” pour le fret ferroviaire.?Les 7 milliards d’euros annoncés en faveur du rail “proviennent du budget de l’Etat.?Le financement de ce budget, c’est une autre histoire”, s’est borné à indiquer Jean-Louis Borloo, le ministre de l’Ecologie, en détaillant les grands axes retenus, dont la plupart étaient déjà dans les tuyaux. Ce plan ne vise pas à sauver Fret SNCF mais à renforcer la part du rail conformément aux engagements du Grenelle de l’environnement.?Cette part doit passer de 14 % à 25 % en 2022 (fluvial inclus). De son côté, la SNCF doit investir 1 milliard dans des secteurs d’avenir comme le TGV fret ou les autoroutes ferroviaires.

La suppression des goulets d’étranglement
Pour accélérer les circulations, 4,5 milliards seront consacrés à la suppression des points de congestion. Le contournement ferroviaire de l’agglomération lyonnaise (CFAL) est cité en priorité. L’avant-projet sommaire de la partie nord de CFAL sera approuvé avant la fin de l’année pour une mise en service en 2019. La partie sud est prévue en 2020. De même, l’appel d’offres du contournement ferroviaire de Nîmes – Montpellier doit être lancé avant la fin 2009 et les travaux démarrer en 2011.

Un réseau orienté fret
Le gouvernement souhaite créer « un réseau orienté fret » sur les grands axes structurants de transport de marchandises ; 1,5 milliard d’euros y seront consacrés. Des études sur l’électrification de ce réseau sont également prévues.

Une meilleure desserte des ports
Dans les ports français, où « 92 % des sorties de marchandises se font par camions contre 48 % en moyenne en Europe », explique Jean-Louis Borloo, « il faut doubler la part de marché du ferroviaire ». Cela passe par la création d’opérateurs ferroviaires portuaires, qui devront organiser ces acheminements. Avant la fin de l’année, un opérateur ferroviaire portuaire doit voir le jour au Havre et à La Rochelle.

Le doublement du combiné
« Le transport combiné représentait avant la crise, le segment de fret ferroviaire le plus dynamique », rappelle Jean-Louis Borloo, qui fixe un objectif de doublement du trafic à l’horizon 2020. Le gouvernement demande à la SNCF de créer « un champion français du combiné (3e opérateur européen)”. La prime à la pince sera relevée de  12 à 15,60 euros. En 2011, des trains de 1 000 m sont attendus sur Paris – Marseille.

Des opérateurs ferroviaires de proximité
L’objectif est de voir naître au moins trois opérateurs ferroviaires de proximité avant la fin de l’année. Le projet de loi relatif à l’organisation et à la régulation des transports ferroviaires doit favoriser leur apparition en permettant à RFF de leur confier l’exploitation et l’entretien de voies à faible trafic.

Un réseau d’autoroutes ferroviaires cadencées
Avant la fin de l’année, un appel d’offres franco-italien va être lancé pour l’exploitation de l’autoroute ferroviaire alpine Lyon – Turin. En 2011, l’autoroute ferroviaire Atlantique devrait être mise en service. Le but, pour Jean-Louis Borloo, est de faire monter des camions dans des trains qui devront proposer un service cadencé, « toutes les quinze minutes ». Ce sera aussi le cas sur l’autoroute ferroviaire Perpignan – Luxembourg, où les fréquences vont être doublées, et passer de 6 à 12 trains par semaine. La SNCF est appelée à recapitaliser l’exploitant, Lorry Rail, pour lui permettre cette montée en puissance.

Un TGV fret
L’Etat va participer à hauteur de 170 millions aux travaux de réalisation de deux terminaux ferroviaires dans les plateformes aéroportuaires de Roissy-Charles-de-Gaulle et de Lyon-Saint-Exupéry, raccordés au réseau TGV. L’Etat soutient ainsi le projet Carex, qui vise à promouvoir un TGV fret reliant de grands aéroports européens. Ce projet devrait voir le jour en 2015.

De meilleurs services aux opérateurs
Le gouvernement interpelle aussi Réseau ferré de France pour que les services proposés aux opérateurs soient plus performants. Il réclame la création d’un « véritable service clients » au sein de RFF dès cette année. En 2010, le gestionnaire des infrastructures devra signer des accords de qualité avec les demandeurs de sillons, assortis de pénalités en cas de non-respect des engagements. En contrepartie de son effort financier, l’Etat demande la SNCF, non seulement d’investir dans des solutions innovantes, mais aussi de devenir « plus compétitive », sans entrer dans les détails. A charge pour elle d’assumer ses choix stratégiques, comme la création de filiales par activité ou son retrait dans le transport de wagons isolés, lourdement déficitaire. Elle devrait abandonner quelque 60 % de cette activité. Pour mieux faire passer la pilule aux syndicats et aux élus, elle devrait adopter un échéancier qui permettra de rendre son retrait plus progressif et accompagné. C’est aussi le but de ce plan gouvernemental : montrer que, malgré les restructurations à venir, le rail est privilégié conformément à l’esprit du Grenelle de l’Environnement. La réaction des syndicats a été immédiate.?Si globalement, ils jugent que certaines pistes sont intéressantes, ils estiment que les questions sur l’avenir de l’entreprise SNCF et le sort des salariés du fret attendent encore des réponses.
 

Marie-Hélène POINGT