Evry-Courcouronnes, un modèle d’intermodalité

En grande couronne, les deux tiers des utilisateurs des bus franciliens se rabattent vers une gare et poursuivent leur trajet vers Paris en train. Parallèlement durant la pointe du matin, soit de 6 à 10 h, plus d’un client sur cinq des lignes Transilien vient en bus à la gare. C’est dire si l’amélioration des facilités de correspondance est une nécessité. Pour ces voyageurs multimodaux, un pôle d’échanges digne de ce nom doit tout miser sur l’intermodalité. En la matière, le pôle gare d’Evry-Courcouronnes (Essonne) sur la ligne D du RER, inauguré le 23 mars, est un modèle du genre. En Ile-de-France, il devient même le site pilote, la référence pour les 142 autres gares dont le réaménagement est prévu dans le Plan des déplacements d’Ile-de-France (PDUIF).
La première amélioration concrète porte sur l’une des attentes les plus importantes des clients : l’information. Ici, une borne Internet et un affichage en temps réel sur de larges écrans donnent désormais les horaires des RER ainsi que ceux des bus urbains, qu’utilisent 15 000 à 20 000 voyageurs quotidiennement. De leur côté, tous ces bus transitant par le pôle sont aussi dotés d’écrans à bord.
Quant à la signalétique fixe, elle a été unifiée par l’Arep. Elle utilise désormais une charte graphique commune pour tous les modes de transports… ce qui la rend infiniment plus claire.
Inaugurée en 1973, la gare était « à l’image de la lente dégradation de la ville nouvelle », a reconnu Manuel Valls, député et maire d’Evry. Elle était également surdimensionnée, car conçue pour 500 000 habitants quand l’agglomération n’en compte aujourd’hui que 110 000.
La ville possède trois gares et celle-ci, qui voit passer 80 trains par jour, devrait prochainement être rebaptisée « Evry-Centre ». Sa récente métamorphose, fruit de deux ans de travaux mais de sept années de préparation en amont avec le comité de pôle installé en octobre 2001, a coûté 14 millions d’euros. « La principale difficulté était de la rendre accessible de plain-pied depuis la grande place côté sud, où la ville s’est développée et où se trouve notamment sa cathédrale », explique Thierry Lafont, l’architecte de l’Atelier des gares d’Ile-de-France. Citant le grand historien médiéviste Georges Duby, qui affirmait que les gares ferroviaires sont les cathédrales du XXe siècle, l’homme de l’art poursuit : « nous avons désormais ici un exemple magistral de gare agora dans la ville […], de gare qui devient un centre-ville. Les commerces ne sont pas encore là, mais ils viendront… ».
En entrant par la grande verrière de la façade, coiffée d’une casquette de verre faisant office de pare-soleil, on se retrouve maintenant dans un espace lumineux et accueillant pour les 34 000 voyageurs du RER. La gare routière, au-dessus (1 700 passages de bus par jour, 23 lignes) est elle aussi transformée : surmontée d’une toile tendue, elle est devenue plus visible, et paradoxalement indépendante de la gare SNCF tout en y étant intimement liée.
Et si, comme le constate Thierry Lafont, les commerces y sont encore peu développés – un Relay, une croissanterie, l’agence SNCF Grandes Lignes et le bureau Transilien –, ils sont prévus. L’intermodalité a déjà, elle, pignon sur gare avec une agence locale de mobilité, en mezzanine. Malencontreusement dénommée « Agence bus », elle a bel et bien la capacité de délivrer des informations commerciales et de répondre aux questions concernant tous les modes de déplacements sur le bassin du Smitec, le syndicat mixte des transports couvrant 300 000 habitants, d’Orly au Coudray-Montceaux.
Intermodal, le pôle d’échanges est aussi très accessible. « Sans parler des personnes en fauteuil roulant, on sait que 30 % des voyageurs ont des handicaps légers ou passagers. Ce pôle est un modèle à développer pour l’ensemble des gares d’Ile-de-France », a précisé Serge Méry, le vice-président chargé des Transports au conseil régional. Tout en reconnaissant que « Le problème de l’accessibilité est encore devant nous ».
Enfin, la transformation d’Evry-Courcouronnes contribue au projet de redynamisation du centre urbain mené par la ville. Elle a d’ailleurs été accompagnée d’une refonte des abords de la gare facilitant les cheminements piétons, de la création d’un parking de 440 places (près de 600 à terme), d’une nouvelle station de taxis et d’une dépose minute. Et ce n’est pas tout. La gare routière interurbaine (autocars), qui y est accolée, doit elle aussi bénéficier d’un profond coup de jeune. Le départ des travaux est prévu début 2010. Il n’y aura alors pas plus multimodal que le pôle d’Evry… Sauf à y ajouter des vélos en libre-service.
 

Cécile NANGERONI