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Le Paris Autolib’

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Simple, proche, moderne, abordable, avec un modèle économique robuste. Ce sont ces caractéristiques qui ont fait la différence et permis au groupe Bolloré de remporter mi-décembre le contrat Autolib’, le système de voitures électriques en libre-service à Paris et sa banlieue, face à Veolia et au groupement Vinci-RATP-SNCF-Avis, également en lice.
Ce contrat de délégation de service public pour douze ans prévoit, à partir d’octobre prochain, de mettre à la disposition du public des véhicules tout électrique pouvant se garer indifféremment dans l’une des quelque 1 000 stations (dont 700 à Paris) implantées en voirie ou en souterrain. En octobre 2011, seuls 250 véhicules seront mis en service, puis 1 740 en mars 2012. La montée en puissance se fera progressivement, pour aboutir d’ici à 2016 à plus de 3 000 véhicules proposés.
Durant toute la phase de l’appel d’offres, les deux candidats écartés ont plusieurs fois laissé entendre qu’il serait impossible, sinon très compliqué, de gagner de l’argent avec un tel dispositif. Ils mettaient aussi en avant d’autres difficultés, comme la lutte contre le vandalisme ou la régulation des véhicules entre les stations (pour éviter qu’une station ne soit vide ou au contraire qu’un automobiliste ne cherche sans fin une place où garer sa voiture).
Sur toutes ces questions, Bolloré n’a pas lésiné. Le groupe a accepté de s’impliquer financièrement de façon très conséquente en apportant 60 millions d’euros dans la société qui exploitera Autolib’. Il prendra en charge la location des voitures – en fait, il se louera à lui-même via cette société d’exploitation les voitures qu’il va fabriquer –, ainsi que les assurances, l’entretien, le service aux clients. Sur l’ensemble du contrat, le chiffre d’affaires est estimé à un milliard d’euros. Bolloré a même ajouté dans le contrat qu’il supporterait les pertes en cas d’échec commercial jusqu’à concurrence d’une perte cumulée de 60 millions d’euros.
Les prévisions tablent sur 200 000 abonnés pour atteindre le point d’équilibre. Une perspective attendue par Vincent Bolloré, le patron du groupe, « au mieux » dans sept ans.
« Pour remporter le marché Autolib’, il fallait non seulement proposer une voiture et surtout des batteries, qui sont le cœur du véhicule électrique, mais aussi présenter une borne de recharge et un système d’information », souligne l’homme d’affaires, qui rappelle que son groupe a derrière lui quinze ans de recherches pour mettre au point des batteries LMP (lithium-métal-polymère). Il vante aussi la diversité de compétences de son groupe : 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires (sans compter Havas) dont 5 milliards réalisés dans la logistique. « Nous ne sommes pas là par hasard. Nous avons la capacité d’investir et d’innover, sans que des actionnaires nous limitent. »
Autre argument de poids, le groupe Bolloré prévoit la création de 800 emplois affectés au nouveau service. « Il y aura au moins une station humanisée par arrondissement à Paris », précise Sylvain Marty, le directeur du syndicat mixte Autolib’. Les personnels pourront accueillir le public, l’assister et lui faciliter ses démarches administratives. « Ils pourront aider à la prise en main du véhicule, louer des sièges enfants, tandis que d’autres pourront participer à la régulation des stations », poursuit Sylvain Marty. « Nous savons que c’est un challenge difficile. Il faut que le 30 septembre 2011 nous soyons prêts. Et que nous puissions rapidement monter en régime », rappelle Vincent Bolloré.
S’il peut perdre gros, Bolloré a aussi beaucoup à gagner. Le groupe parie sur la formidable vitrine offerte par Autolib’, qui doit faciliter les déplacements de plus de 4 millions de citoyens. Après avoir dépensé près d’un milliard d’euros d’investissements ces dernières années, Bolloré veut vendre sa technologie basée sur le LMP, dont les applications sont prometteuses, notamment dans les bus et les trams. « Notre objectif, ce n’est pas d’être producteur automobile. C’est d’être le plus grand stockeur d’électricité dans le monde », explique Vincent Bolloré, qui espère prendre une longueur d’avance, dans cette compétition, sur ses concurrents.
QUI PAIE QUOI ?
Les collectivités locales vont financer les stations en apportant 50 000 euros par station. Il devrait y avoir au total plus de 1 000 stations en mars 2012. Bolloré reversera aux communes 750 euros annuels par place de redevance d’occupation des sols.
De son côté, Bolloré garantit la livraison des véhicules et des stations à temps, faute de quoi le groupe devrait débourser 20 millions d’euros de pénalités. Il louera chaque véhicule 250 euros par mois. En cas d’un très fort taux de vandalisme et d’une fréquentation du service plus faible que prévu, Bolloré supporterait alors seul une baisse de ses recettes jusqu’à concurrence d’une perte cumulée de 60 millions d’euros. Inversement, si le système gagne de l’argent, une clause de partage est inscrite dans le contrat : un tiers versé au syndicat mixte Autolib’, deux tiers pour Bolloré.
AUTOLIB’, C'EST AUSSI DU TRANSPORT PUBLIC
La « première mondiale » tant vantée par Bertrand Delanoë prend forme. C’est désormais aussi « un sacré défi », selon les mots du maire de Paris, qui présentait le 17 décembre le nouveau service Autolib’. « Ce service est complémentaire des autres. Nous pouvons dire aux citoyens : Vous avez le choix ! », explique Bertrand Delanoë. Et il ajoute : « Ce n’est pas une politique anti-voiture. C’est une politique antipollution. » Un slogan particulièrement adressé aux élus écologistes, qui critiquent de longue date ce projet, estimant que la place accordée aux voitures va augmenter dans Paris.
Pas du tout, répond Sylvain Marty, le directeur du syndicat mixte Autolib’, se basant sur des études concernant l’autopartage, qui démontrent qu’une voiture utilisée en autopartage supprime 5 véhicules du parc privé.
Quand elle a adhéré en octobre 2009, la région Ile-de-France avait défendu sa participation en expliquant que selon un sondage 73 % des Parisiens et 39 % des Franciliens de petite couronne se disaient intéressés par ce dispositif, même s’ils ont une voiture personnelle. Elle estimait aussi qu’à terme les émissions de CO2 pourraient être réduites de 22 000 t par mois. Pour évaluer plus exactement les diminutions des nuisances polluantes, une étude sera réalisée au bout d’un an de mise en service d’Autolib’.
Par ailleurs, l’aménagement des stations sur la voirie, qui comprendront de 4 à 6 places, se traduira par la suppression de quelque 2 000 places en surface à Paris pour les véhicules particuliers. Des parkings souterrains, également prévus, pourront accueillir plus de véhicules : entre 6 et 10. « On peut avoir besoin d’une voiture sans en être propriétaire. Ce n’est pas le même usage que le taxi ou que l’autopartage. Autolib’ trouvera sa justification avec l’usage qu’en feront ses utilisateurs », affirme Bertrand Delanoë, en évoquant un exemple : un aller effectué en transport en commun pour aller faire ses courses, mais un retour au volant d’une Autolib’ pour transporter ses paquets. La tarification a été fixée de manière à favoriser les déplacements courts : peu coûteux la première demi-heure, le prix augmente avec la durée d’utilisation. L’objectif est de faire « tourner » le plus possible les voitures.
BLUECAR, UNE BRETONNE A L'ACCENT ITALIEN
Certains disent que la Bluecar ne sera jamais prête à temps. Cet argument n’a pas fait reculer le syndicat mixte Autolib’. Pour lui, face aux autres offres concurrentes, la Bluecar « était la meilleure ».
Longue de 3,65 m, cette voiture est équipée des batteries Batscap LMP (lithium-métal-polymère). Ces batteries « tout solide », développées par Bolloré au terme de 15 ans de recherche, ont l’avantage d’être peu sensibles aux variations de température comparées aux batteries liquides. D’une capacité de 30 kWh, elles permettent de parcourir 250 km en milieu urbain et de se recharger en 8 heures (4 heures en moyenne).
La carrosserie de la Bluecar a été dessinée par Pininfarina dans le cadre de VEPB, la filiale commune de Bolloré et de Pininfarina. Le modèle retenu pour Autolib’ disposera de 4 places à bord (et deux portes) et sera équipé d’un écran assurant un guidage GPS. Un bouton d’appel permettra d’être mis en relation avec un opérateur.
Les véhicules vont être fabriqués dans deux usines à Turin, tandis que les batteries sont produites dans le Finistère et à Montréal. Le 7 janvier prochain, des travaux vont commencer pour augmenter les capacités de production en Bretagne. Capable actuellement de fournir l’équipement pour 2 500 voitures, l’usine bretonne de Pen-Carn/Ergué-Gabéric, qui va s’étendre sur une surface de 30 000 m2, devrait pouvoir, à terme, en équiper 15 000 chaque année. Une capacité équivalente à celle qu’aura l’usine de Montréal, qui va également monter en puissance. « Nous avons déjà la capacité de produire 7 500 voitures par an. Il n’y a donc pas de problèmes de production », assure Vincent Bolloré. Selon lui, le modèle est sûr : « Nos voitures roulent depuis 5 ans et ont circulé sur des centaines et des centaines de kilomètres. » Et le coût de production (200 000 euros pour une voiture) va diminuer grâce à des économies d’échelle dues à une production plus importante. « Produite à 40 000 ou 50 000 exemplaires, le coût sera comparable à celui d’une voiture à moteur thermique. » Le groupe Bolloré va commencer par produire les Autolib’, puis il honorera les précommandes de bus électriques. Fort de cette expérience, il espère répondre par la suite « à tous les appels d’offres ».
MODE D'EMPLOI
Une prise en mains en moins de 2 minutes
Pour utiliser Autolib’, il faudra forcément être titulaire d’un permis de conduire et s’inscrire pour recevoir une carte sans contact permettant d’utiliser les véhicules. Pour être certain d’avoir une voiture, mieux vaut réserver, ce qui n’est pas obligatoire. Il faut ensuite aller dans une station Autolib’, passer sa carte sans contact sur la borne interactive et taper son code confidentiel. Il est possible de réserver sa place dans la station de sa destination pour une durée de 90 minutes. Après avoir débranché le véhicule et vérifié son état extérieur, la carte sans contact doit être passée sur le lecteur situé sur le pare-brise, ce qui déverrouille la voiture. En cas d’anomalie constatée sur le véhicule, il faut le signaler sur l’écran tactile embarqué. « La prise en mains se fait en moins de 2 minutes », souligne le syndicat mixte Autolib’. Lors de la restitution du véhicule, il faut le rebrancher et passer sa carte sur le lecteur pour verrouiller les portes. La borne interactive de la station délivre un reçu récapitulant la location.
Le coût d’utilisation du service
• Abonnement un an : 12 euros par mois.
5 euros pour la première demi-heure, 4 euros pour la deuxième demi-heure, puis 6 euros les suivantes.
• Abonnement à la semaine : 15 euros.
7 euros la première demi-heure, puis 6 euros, puis 8 euros.
• Abonnement à la journée : 10 euros.
7 euros la première demi-heure, puis 6 euros, puis 8 euros.
« Bolloré travaille auprès des hôtels pour implanter son système et permettre des réservations », explique un des promoteurs d’Autolib’.
Cautions et franchises
La franchise est de 500 euros. Elle peut être ramenée à 250 euros pour les abonnés au bout de six mois sans accident. Les occasionnels peuvent aussi la ramener à 250 euros s’ils la rachètent pour 2 euros par trajet.