Développement de la voiture électrique : question de stratégie

Avec trois véhicules de la série ZE (comme zéro émission) présentés au Grimaldi Forum de Monaco, dont la Fluence proposée en essais et la Twizy avec ses allures de gros scooter à quatre roues, Renault affirme clairement son option pour le véhicule électrique « de masse ». Ce que confirme son responsable du développement des véhicules électriques, Christophe Chevreton : « L’objectif de Renault-Nissan est d’être capable de produire 500 000 véhicules électriques à l’horizon 2015, pour le marché des particuliers et des flottes. » Un marché qui devrait représenter, selon lui, 10 à 15 % des ventes de Renault grâce à une gamme complète et, surtout des prix abordables. La Zoé, absente à Monaco, mais présentée lors du mondial de l’automobile de Paris, devrait représenter deux tiers des volumes. « Les modèles électriques seront vendus au prix des thermiques, hors location de la batterie. Tout compris, leur coût sera celui d’un véhicule thermique », assure Christophe Chevreton. L’intérêt ? « La voiture électrique est la seule solution pour réduire significativement les émissions de CO2, répond-il. Avec la voiture électrique le bilan global d’émission du puits à la roue, c’est-à-dire de la production de l’électricité à son utilisation est de 12 g de CO2 par kilomètre. Là, on parle véritablement de rupture ! »

D’autres constructeurs, comme Mercedes-Benz avec la Smart, jouent aussi la carte électrique. Si la Smart ED équipe des flottes d’entreprises depuis 2010 (1 500 véhicules produits depuis 2009 dont moins de 200 pour la France), celle qui sera commercialisée à partir de 2012 devrait rapidement être produite à 15 000 ou 20 000 véhicules par an, assure-t-on chez Smart. Toute la gamme Smart doit d’ailleurs être proposée avec des moteurs thermique ou électrique. C’est donc un marché de masse que vise la petite deux places : grand public, autopartage et flottes… Le groupe BMW, a présenté une Mini électrique actuellement testée par des entreprises et des particuliers. La Mini E ne sera commercialisée qu’en 2013 mais une BMW Série 1 électrique doit être présentée dès 2012 et la firme allemande a aussi en projet une petite berline électrique, la Megacity. Bien qu’exposant une C-Zéro et un Berlingo électriques, Pierre Laromiguière, responsable Véhicules utilitaires et énergies nouvelles chez Citroën, se montre plus prudent sur le développement de la voiture électrique. « L’intérêt du véhicule électrique ? C’est avoir une offre la plus large possible, en complément, pour des usages spécifiquement urbains. Chez Citroën, nous croyons plus au développement de l’hybride. La DS5 sera d’ailleurs commercialisée à la fin de l’année 2011 », annonce-t-il.
Citroën estime de 4 à 5 % la part de marché du véhicule électrique vers 2015 et à 10 % celle de l’hybride. « La commercialisation de nos véhicules électriques commence par les flottes d’entreprises et de collectivités. Les AOT représentent une offre complémentaire. Il y aura quelques Berlingo en libre service à Nice. A La Rochelle, nous venons de livrer 20 C-Zéro pour le renouvellement de la flotte et nous avons d’autres projets en Bretagne. L’autopartage est un des axes de développement du véhicule électrique. Pour les particuliers, je pense que le démarrage passera par le marché de l’occasion », estime Pierre Laromiguière
L’analyse est la même chez Peugeot, dont la iOn va constituer la flotte de l’Auto Bleue, le système de location en libre services de voiture électriques mis en place à Nice à partir du 9 avril. « Il n’y a pas encore un marché de masse pour la voiture électrique, estime Isabelle Javary, de la direction de la communication. Les premiers intéressés sont les collectivités et les flottes d’entreprises et d’administrations. Chez Peugeot nous avons une approche globale multimodale qui ne va pas privilégier que l’électrique. »

La iOn (proposée essentiellement à la location, 500 euros par mois, batterie, assistance, garantie compris) doit néanmoins être produite à 3 500 exemplaires en 2011 en France. Et toute la production du premier semestre serait déjà écoulée.
Si Honda se place du côté des constructeurs qui visent le marché des particuliers, il a choisi, lui, le moteur hybride. A Monaco, le japonais a ainsi exposé trois modèles à moteur essence assisté par un moteur électrique : Insight, CR2 et Jazz. Celle-ci est présentée comme la première citadine hybride. Son prix : de 18 900 à 21 000 euros. Mais Honda ne néglige pas l’électrique pour autant. « La volonté de Honda est de développer les véhicules électriques. La Jazz électrique, présentée au dernier salon de Genève, arrivera fin 2012, annonce Christophe Lefêvre, du service qualité de Honda. L’idée est d’avoir un véhicule électrique pour tous pas seulement pour les flottes. » Enfin, Toyota reste fidèle au moteur hybride (plus de 3 millions de véhicules depuis 1994). Mais la mythique Prius, n’est pas son seul atout. A Monaco, le japonais tablait aussi sur sa filiale haut de gamme, avec la Lexus CT 200H, commercialisée depuis mars 2011 entre 29 000 et 43 000 euros. C’est l’entrée du moteur hybride chez les « premium » compacts. Ni flottes, ni masse, elle suit une autre voie.

 

José SOTO

 

Louis Nègre, premier vice-président du Gart : « Il y aura 13 villes pilotes, dont Monaco »

VR&T. Est-ce que l’électricité est l’avenir du transport public ?
Louis Nègre.
Un moteur électrique est un moteur très bien adapté au milieu urbain parce qu’il ne fait pas de bruit et le bruit est la nuisance numéro 1. Malgré les inconvénients dus au poids des batteries et à une autonomie insuffisante, avec des véhicules de transports publics moins polluants, moins bruyants, et plus confortables, parce que les véhicules électriques sont plus confortables, on aura trois avantages non négligeables pour attirer les gens vers les transports en communs.

VR&T. A quand alors des BHNS électriques ?
L. N.
Les constructeurs y travaillent d’arrache-pied. Un moyen porteur devrait prochainement sortir, mais j’attends de voir. J’espère que cela viendra le plus tôt possible, mais je demanderai à voir d’abord comment cela fonctionne.

VR&T. Allez-vous inciter les AOT, les collectivités à s’équiper davantage en véhicules électriques ?
L. N.
Il y a déjà des agglomérations qui ont du transport en commun électrifié avec le métro, le tramway, les trolleys… Nous avons fait un pas considérable dans ce sens. Il nous faut continuer et le Premier ministre m’a confié une mission : un rapport sur les bornes de recharge de véhicules électriques. Il est prêt et j’attends de pouvoir le remettre officiellement au gouvernement. Il y aura 13 villes pilotes, dont Monaco. Des bornes de recharge permettront à tous ceux qui possèdent un véhicule électrique de n’avoir aucun souci à se faire sur l’autonomie à l’intérieur d’une agglomération.